Pour l’année 2015-2016, le blogue d’histoire de la pharmacie au Québec fera un retour en arrière afin de mettre en valeur un projet réalisé en 2011 par l’équipe de recherche de l’Unité de recherche en pratique pharmaceutique du CHU Sainte-Justine, soit la publication de l’ouvrage intitulé De l’apothicaire au spécialiste. Histoire de la pharmacie hospitalière au Québec à l’occasion du 50e anniversaire de l’A.P.E.S. Outre cet ouvrage, le projet comprenait aussi la publication en ligne de fiches historiques de plus de 70 établissements de santé du Québec, d’un fil chronologique, d’archives documentaires et d’entrevues réalisées avec des acteurs marquants de l’histoire de la pharmacie hospitalière. Le contenu du projet est disponible sur le site de l’A.P.E.S. à l’adresse suivante : http://apesquebec.org/page?a=899&lang=fr-CA.

Au cours de l’année, des extraits de l’ouvrage seront publiés sur le blogue. Près d’une quarantaine de dates ont été sélectionnées dans le fil chronologique de l’histoire de la pharmacie et chaque semaine, un événement associé à cette date sera mis en évidence. L’entrée de blogue consistera principalement d’extraits de l’ouvrage, qui est disponible dans sa version électronique à l’adresse suivante : http://apesquebec.org/app/media/6433.

Cet ouvrage contient une mine de renseignements sur la pharmacie hospitalière, mais l’analyse des événements qui y sont relatés permet tout de même de mieux cerner l’évolution de la pratique pharmaceutique dans son ensemble au Québec. Nous espérons que ces lectures hebdomadaires sauront piquer votre curiosité et vous en apprendre davantage sur l’histoire de la pharmacie au Québec.


Extrait tiré de l’ouvrage De l’apothicaire au spécialiste. Histoire de la pharmacie hospitalière au Québec, p. 55-57:

« Si les pharmaciens anglo-saxons ont été les pionniers dans l’organisation de la profession pharmaceutique au Québec jusque dans les dernières décennies du XIXe siècle, les pharmaciens francophones émergent alors comme figures dominantes dans le milieu, que ce soit au sein de l’Association des pharmaciens de la province de Québec (APPQ) ou encore du Montreal College of Pharmacy. Ces derniers considèrent que le bilinguisme pratiqué au Montreal College of Pharmacy constitue un frein à l’évolution de l’enseignement en pharmacie. Craignant de nuire à l’institution mise sur pied par les fondateurs de la profession et disposant de moyens financiers limités, ils mettent sur la glace, pendant une dizaine d’années, le projet de fonder une école de pharmacie francophone14.

Immeuble central UL à Montréal

L’Université Laval à Montréal sur la rue Saint-Denis au début du XXe siècle. Source: Archives de l’Université de Montréal.

En 1905, ce projet peut enfin se concrétiser quand les dirigeants de la succursale de l’Université Laval à Montréal proposent de rattacher une école de pharmacie à leur institution15. L’École de pharmacie, qui ouvre ses portes en septembre 1906, offre un programme dépassant les exigences de la Loi de pharmacie et qui mène à l’obtention d’un baccalauréat16. Outre les cours obligatoires selon la Loi de pharmacie, l’École offre aussi des cours de toxicologie et posologie, de physique pharmaceutique, de pharmacie théorique, de pharmacie chimique et galénique, de pharmacie magistrale, de bactériologie, de déontologie et de jurisprudence pharmaceutique. Dès le départ, le programme comprend donc 225 heures de cours, dont environ une centaine est consacrée aux travaux pratiques17.

Au fil des ans, le programme est constamment bonifié pour répondre aux exigences légales et le rendre équivalent aux programmes de pharmacie offerts ailleurs au Canada. Lorsque la Loi de pharmacie est amendée en 1916 et que le cours de pharmacie pratique devient obligatoire, l’École de pharmacie augmente à 400 le nombre d’heures de cours au programme, dont environ la moitié est consacrée aux travaux pratiques. Dans les années qui suivent, le programme passe de 1000 heures de cours en 1926, dont les deux tiers sont attribués aux travaux pratiques, à 1200 à la fin des années 1930, se rapprochant ainsi des moyennes canadienne18.

Dans l’après-guerre, le programme de pharmacie est encore amélioré pour s’adapter aux changements scientifiques, mais aussi pour en faire un programme à l’avant-garde respectant les normes minimales requises. Une réforme majeure du baccalauréat est entreprise en 1948. La révision du cursus, la bonification de certains cours et la prise en charge de l’enseignement de certaines matières par d’autres facultés et départements sont les principaux éléments de cette réforme qui fixe la durée du programme à quatre ans, tout en continuant à offrir une portion de cours théoriques combinés à des travaux en laboratoire19. Des cours sont ajoutés au programme tout au long des années 1950 et une nouvelle révision du cursus est effectuée en 1956. Cette révision porte le nombre d’heures de cours magistraux et pratiques à 2600, forçant l’embauche d’un plus grand nombre de professeurs par la Faculté. Même si le baccalauréat est périodiquement bonifié, il ne devient obligatoire à l’obtention de la licence qu’en 1953, de sorte que plusieurs étudiants se prévalent des dispositions  législatives durant la première moitié du XXe siècle pour obtenir leur licence en complétant des stages mais pas le programme universitaire20.

Au fil des ans, l’École de pharmacie consolide sa position dans la structure universitaire, ce qui lui confère une plus grande autorité dans la sélection des professeurs et l’élaboration des programmes de cours. Après que l’Université de Montréal ait obtenu son autonomie de l’Université Laval en 1919, l’École  de pharmacie y est intégrée en 1920 et obtient le statut  de Faculté de pharmacie en 1943. Dès l’année suivante, elle devient membre actif de l’Association des facultés de pharmacie du Canada et elle fait partie de l’American Association of Colleges of Pharmacy (AACP) à compter de 1964.

À l’automne  2009, la Faculté de pharmacie accueillait 1146 étudiants répartis dans ses programmes de 1er, 2e et 3e cycles. Ces derniers sont répartis ainsi : 818 étudiants de 1er cycle (Pharm.D., B. Pharm. et baccalauréat en sciences biopharmaceutiques), 264 étudiants de 2e cycle et 64 étudiants de 3e cycle. Depuis le début des années 2000, la popularité des programmes de 1er cycle est indéniable, les inscriptions étant passées d’environ 500 en 2000 à plus de 800 en 2009, ce qui n’est certes pas étranger à l’introduction de nouveaux programmes tels le doctorat professionnel en 2007 et le baccalauréat en sciences biopharmaceutiques en 200921. De plus, la Faculté compte 43 professeurs et professeurs de clinique, 9 professeurs associés ou invités, plus de 30 responsables de formation professionnelle, près de 15 cadres professionnels, près de 30 membres du personnel de soutien, une dizaine de chargés de cours, de nombreux conférenciers, plus de 800 cliniciens associés et un réseau de centres de formation composé d’une trentaine de centres hospitaliers, de plus d’une centaine de pharmacies communautaires, de plusieurs entreprises pharmaceutiques et d’organismes gouvernementaux22. En outre, la Faculté soutient huit chaires de recherche, dont cinq avec un volet clinique en milieu hospitalier. »

1906-Tableau doyens UdeM

Références:
14. Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec…, p. 167-169.
15. Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec…,  p. 170.
16. JEW Lecours, Séraphin Lachance, Henri Lanctôt, Alfred J. Laurence, Joseph Contant, Joseph Boutin, Alphonse D. Quintin et Edmond Vadeboncœur font partie des fondateurs de l’École de pharmacie de l’Université Laval à Montréal.
17. AUM, Annuaire de l’École de pharmacie Laval, Année académique 1906-1907, p. 3.
18. Les  programmes  en  vigueur  en  1923  en  Ontario  comptent 970 heures de cours, alors que celui en Alberta en compte 1365. Voir Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec…, p. 215-216.
19. Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec…,  p. 271.
20. Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec…,  p. 219-22.
21. Faculté de pharmacie. Rapport annuel 2009-2010. Université de Montréal, p. 11.
22. La  faculté  en  bref.  Site de l’Université de Montréal  (cité  le 31  octobre  2007)  [en ligne] : http://www.pharm.umontreal.ca/propos_faculte/Documentation/Faculte_en_bref.pdf (page consultée le 12 mars 2011).

Auteur:
Nancy Marando

Création: 14 septembre 2015
Publication: 22 septembre 2015

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