Louis Hébert est le premier apothicaire de Nouvelle-France. Il est aussi l’un des premiers colons, le premier à subsister grâce aux produits de sa terre, et le premier magistrat de la colonie. Né à Paris vers 1575, il est le fils de Nicolas Hébert, propriétaire l’apothicairerie le Mortier d’Or, située près du Louvre.

 Louis-Hébert-peinture

Tableau de Robert A. Thom, intitulé Louis Hébert, First Apothecary in Canada, 1953. Source : Parke Davis & Company. Collection : Images from the History of Medicine.

Apothicaire à Saint-Germain-des-Prés à compter du début du 17e siècle, Louis Hébert est rapidement attiré par le Nouveau Monde, fort probablement en raison de ses contacts avec un parent, Jean de Poutrincourt, qui l’invite à faire partie d’expéditions en vue de trouver de nouveaux emplacements pour la colonie (Dictionnaire biographique du Canada).

Louis Hébert effectuera deux voyages à Port-Royal (aujourd’hui Annapolis en Nouvelle-Écosse) : un premier de 1604 à 1607, et un second de 1610 à 1613, au cours desquels il entre en contact avec Samuel de Champlain. Pendant ces périodes, il se familiarise avec les plantes et les herbes indigènes et les utilise pour soigner les colons et les Amérindiens. Il était d’ailleurs surnommé le « ramasseur d’herbes » par les Amérindiens (Conan L. Louis Hébert, p. 8). En 1613, les Anglais prennent possession de la colonie et Hébert se voit contraint de retourner en France.

Puis, en 1616, Hébert renoue avec Samuel de Champlain qui cherche des appuis pour sa colonie de Québec fondée en 1608. La Compagnie de marchands qui commandite l’établissement, et qui considère la colonisation comme une menace à la traite de la fourrure, accepte que Louis Hébert et sa famille se joignent à l’expédition à condition que leurs activités agricoles ne nuisent pas au commerce. Malgré le faible salaire qui lui est offert, Louis Hébert s’embarque pour la traversée de l’Atlantique avec sa femme, Marie Rollet, et ses trois enfants (Dictionnaire biographique du Canada).

À son arrivée à Québec, Hébert défriche sa terre et y cultive une variété de graines, de plantes, et de légumes qui lui servent autant pour l’alimentation que pour le soin des habitants de la colonie, particulièrement pendant l’hiver. Son terrain, qui porte le nom de fief du Sault-au-Matelot, était situé à l’actuel emplacement du Petit séminaire de Québec (aujourd’hui Collège François-de-Laval) et des rues Hébert et Couillard.

Pendant plusieurs années, Hébert est le seul à cultiver la terre dans la colonie. Son courage est finalement reconnu d’abord en 1620, lorsque Champlain le nomme procureur du roi, puis, en 1623, alors que la propriété de ses terres lui est reconnue et qu’il est fait seigneur. Il aura donc pu réaliser son rêve, qui était de posséder suffisamment de terres dans la colonie pour assurer la subsistance de sa famille, avant de s’éteindre quelques années plus tard.  En 1926, Hébert fait une chute mortelle sur la glace et il meurt des suites de ses blessures en janvier 1627. Il est inhumé le 25 janvier 1627 au cimetière des Récollets et ses restes sont transportés dans le caveau de la chapelle des Récollets en 1678.

L’héritage de Louis Hébert au Québec
De nombreux ouvrages ont été consacré à Louis Hébert au début du 20e siècle, notamment Louis Hébert (1918) et La première famille française au Canada (1906) de l’Abbé Couillard-Desprès et Louis Hébert (1912) de Laure Conan.

Dans sa biographie de Louis Hébert, publiée en 1912, Laure Conan s’interroge à savoir comment sera commémoré l’établissement de Louis Hébert à Québec :

En 1917, il y aura trois cents ans que Louis Hébert traversa la mer pour venir commencer le défrichement du Canada. Ce troisième centenaire sera-t-il célébré?… Espérons qu’il le sera, qu’à la Haute-Ville de Québec – où mûrit la première moisson – on élèvera un monument à Louis Hébert et à Marie Rollet son admirable femme. Jamais le pays n’aura plus belle occasion d’honorer, de glorifier le travail de la terre, la force d’âme et les vertus de nos ancêtres. (Conan L. Louis Hébert, p. 39)

Il semble que l’appel de Laure Conan a été entendu puisqu’un comité de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec est mis sur pied en 1914 pour veiller à la réalisation du projet. Initialement, le monument devait être dévoilé le 4 septembre 1917, mais un incendie survient en juillet 1917 et ravage les ateliers où était confectionné le piédestal du monument (Inventaire des lieux de mémoire de la Nouvelle-France). Le monument est finalement inauguré le 3 septembre 1918 au parc de l’Hôtel de Ville de Québec. Plusieurs personnalités, dont le premier ministre Lomer Gouin et les maires de Québec et Montréal, sont présentes à cette cérémonie grandiose pour rendre un dernier hommage à Louis Hébert et à sa famille.

La Patrie-Inauguration

La Patrie, 4 septembre 1918, p. 2. Source : Collections numériques. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Le monument est constitué d’un socle en granit et de statues de bronze réalisées par le sculpteur Alfred Laliberté. Ces statues représentent Louis Hébert et les membres de sa famille, soit son épouse, Marie Rollet, ses trois enfants et son gendre Guillaume Couillard. De plus, le piédestal est orné d’inscriptions qui incluent les noms des 47 premiers colons de Québec (Département de géologie-Université Laval. À la découverte des pierres de construction). Initialement érigé à la place de l’Hôtel de ville, le monument est déplacé au Parc Montmorency, près de la rue Porte-Dauphine, en 1977 pour permettre la construction du stationnement souterrain de l’Hôtel de ville.

Monument Hôtel de ville
Monument Louis-Hébert-Parc Montmorency

À gauche, le monument de Louis Hébert située à l’Hôtel de ville de Québec.  Source : Marius Barbeau/Bibliothèque et Archives nationales du Canada. À droite, le monument de Louis Hébert situé au parc Montmorency. Source :Répertoire du patrimoine culturel du Québec, ©Ministère de la culture et des communications, Christian Lemire, 2007.

Louis Hébert et les pharmaciens du Québec
Louis Hébert est considéré par les pharmaciens comme le père de leur profession. C’est pourquoi l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) a créé le prix Louis-Hébert en 1983. Ce prix est remis annuellement à un pharmacien pour souligner l’ensemble de sa carrière.

Liste des récipiendaires du Prix Louis-Hébert
de l’OPQ depuis 1983

Année

Récipiendaire

 

Année

Récipiendaire

1983

Janine Matte

1998

Roger Larouche

1984

Diane Lamarre

1999

Jean-François Bussières

1985

Nicole Dubé

2000

Alain Boisvert

1986

Claude Lafontaine

2001

Raymond Chevalier

1987

Céline Plourde

2002

Claude Mailhot

1988

Gilles Barbeau

2003

Régis Vaillancourt

1989

François Schubert

2004

Jean Guimond

1990

Pierre Robert

2005

Christiane Mayer

1991

Marie Pineau

2006

Luc Poirier

1992

Georges Roy

2007

Patricia Lefebvre

1993

Yves Gariépy

2008

Denis Villeneuve

1994

Yves Courchesne

2009

Pierre Ducharme

1995

Dolorès Lepage-Savary

2010

Jacques Turgeon

1996

Judith Choquette

2011

Richard Mayrand

1997

Robert Goyer

2012

Louise Mallet

Source: Prix et distinctions. Site de l’OPQ: http://www.opq.org/fr-CA/l-ordre/prix-et-distinctions/ (page consultée le 5 juin 2013).

Puis, à l’occasion de la tenue du 45e congrès de la Fédération internationale pharmaceutique à Montréal en 1985, une première en sol canadien, un timbre à l’effigie de Louis Hébert est émis par Postes Canada pour souligner les réalisations du personnage.

Œuvre de l’artiste Clermont Malenfant, le timbre illustre des objets familiers de la vie de Louis Hébert. Le mortier, le pilon, la branche de sapin baumier et l’argentine, qui était un tonique astringent, dépeignent son métier d’apothicaire. Le blé et la faux soulignent par ailleurs qu’il a été l’un des premiers agriculteurs de Nouvelle-France et que ses réserves de nourriture ont souvent été utilisées pour assurer la survie de la colonie pendant les longs mois d’hiver (Canadian Pharmacists Association 1907-2007, p. 9 et Société canadienne des postes. Notice de timbre commémoratif).

Timbre Louis Hébert

Timbre émis le 30 août 1985 à l’effigie de Louis-Hébert. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Canada, ©Postes Canada.

Sources :
Bennett EMG. Louis Hébert. Dictionnaire biographique du Canada [en ligne] : http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?&id_nbr=348 (page consultée le 9 avril 2013).

Canadian Pharmacists Association 1907-2007. 100 years of Leadership. Ottawa : Canadian Pharmacists Association, 2007.

Conan L. Louis Hébert. Premier colon du Canada. Québec : Imprimerie de « L’Événement », 1912.

Département de géologie. Université Laval. À la découverte des pierres de construction et d’ornementation du Vieux-Québec: un circuit pédestre – Arrêt 55: Monument Louis Hébert: http://www2.ggl.ulaval.ca/ledoux/accueil.html (page consultée le 5 juin 2013).

Société canadienne des postes. Notice de timbre commémoratif – Louis Hébert. Tiré de Louis Hébert: le timbre canadien. Site Notre Petit monde: http://www.famille-prevot.fr/HebertCouillard/DocumentsHebertCouillardPhilatelie.php (page consultée le 9 avril 2013).

Auteurs: 
Nancy Marando

Création: 9 avril 2013
Publication : 6 juin 2013