Les pharmaciens et la publicité (Québec Pharmacie, avril 1984)

Contexte
Avant les années 1970, la publicité était un moyen privilégié par les pharmaciens pour attirer les consommateurs dans leur officine. Cette publicité reposait sur la notoriété du pharmacien afin de vendre tous les produits disponibles en officine, autant les médicaments et articles de soins et d’hygiène que les produits n’ayant aucun lien avec le rôle professionnel du pharmacien. Plusieurs pharmaciens offraient des rabais et primes à l’achat de médicaments et publicisaient leurs prix réduits pour des services professionnels offerts, comme l’honoraire pour l’exécution d’une ordonnance.

Selon le Collège des pharmaciens, de telles activités nuisaient à l’image professionnelle du pharmacien. Un premier règlement interdisant toute publicité portant sur les actes professionnels liés aux ordonnances est donc sanctionné par le Collège des pharmaciens en 1969, mais est rapidement contesté par un groupe de pharmaciens. Ces derniers remettent en question la légitimité du Conseil des gouverneurs du Collège des pharmaciens dans l’élaboration de ces règlements et arguent que le règlement interdit une activité légitime, soit la vente d’autres produits que des médicaments. Se disant des professionnels et des commerçants, les pharmaciens de ce groupe, menés par Louis Michaud et Jean Coutu, croient que l’utilisation de techniques modernes de vente, qui incluent la publicité, est un moyen d’augmenter le volume de ventes pour mener éventuellement à une diminution des prix. Dans un mémoire présenté à la Commission permanente des Affaires sociales en 1971, les deux pharmaciens se demandent aussi « en quoi la santé du public serait menacée si on nous permettait d’informer ce [le] public du prix que nous lui chargeons pour remplir une ordonnance médicale. » (Dutrisac : Janvier 1971)

Puis, dans la foulée de la refonte de la Loi de pharmacie en 1973, l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) élabore un nouveau règlement sur la publicité. Dans sa nouvelle mouture, le règlement permet seulement l’utilisation du nom, des titres professionnels, de l’adresse et des heures d’ouverture dans la publicité faite par un pharmacien. Toute publicité à caractère commercial visant à encourager la consommation de médicaments ainsi que les escomptes, cadeaux, ristournes ou autres récompenses aux consommateurs sont prohibés par le règlement.

Ce projet de règlement suscite de vives réactions et amène l’Office des professions à tenir des audiences publiques pour permettre aux opposants de s’exprimer. À la suite de ces audiences, l’Office des professions recommande l’adoption intégrale du règlement sur la publicité. L’OPQ adopte son Code de déontologie en 1981, lequel comprend une section intitulée « Conditions, obligations et restrictions relatives à la publicité professionnelle ». Un des règlements de ce Code de déontologie spécifie qu’un « pharmacien ou une société de pharmaciens ne peut se désigner comme tel dans sa publicité concernant les biens offerts en vente en dehors de sa pharmacie ». (Code de déontologie des pharmaciens, 1981) Le règlemen sur la publcité est dès lors contesté et considéré comme une entrave à la liberté de commerce. Des procédures judiciaires sont entamées par une centaine de propriétaires de pharmacies de grandes surfaces faisant partie du groupe Jean Coutu, et vont se poursuivre jusqu’au milieu des années 1990.

C’est dans ce contexte que se situe l’éditorial de Diane Lamarre en 1984.

Résumé de l’éditorial 

L’éditorial de Diane Lamarre, en avril 1984, traite de l’amendement du règlement de l’OPQ sur la publicité des pharmaciens. Elle s’insurge contre le fait que des pharmaciens profitent de leur statut de professionnels de la santé à des fins commerciales. Le rôle de l’OPQ étant de protéger le public, il se doit d’intervenir et d’adopter un règlement pour mettre fin à cette situation. Par contre, Diane Lamarre doute que l’amendement au règlement sur la publicité ait l’effet escompté. Elle croit que le règlement pourra encore être contesté et que l’OPQ aurait dû le peaufiner avant de le proposer pour éviter des procédures judiciaires onéreuses.

Et aujourd’hui …
En 2008, l’OPQ se dote d’un nouveau Code de déontologie des pharmaciens dont les articles 94 à 107 portent sur la publicité professionnelle. En plus de circronscrire le type de publicité à laquelle peut s’adonner un pharmacien et de décrire les responsabilités de ce dernier en ce qui conerne l’utilisation de son titre, une portion du règlement concerne les liens des pharmaciens avec des entreprises commerciales. Un pharmacien ne peut être identifié comme tel dans une publicité à des fins commerciales et le pharmacien doit faire preuve de transparence et mentionner, dans une publicité concernant les activités qui lui sont réservées, l’entreprise avec laquelle il est affilié. Enfin, à propos de l’utilisation du titre professionnel dans une publicité, le Code de déontologie est explicite : « Le pharmacien doit s’abstenir d’utiliser ou de permettre que l’on utilise son titre professionnel, une abréviation de ce titre ou toute mention indiquant qu’il est pharmacien dans une publicité concernant des biens offerts en vente à l’extérieur de sa pharmacie.» (Québec, Code de déontologie des pharmaciens, 1er janvier 2016).

Au fil des ans, l’OPQ, plusieurs poursuites ont été intentées par l’OPQ pour faire respecter le règlement sur la publicité. L’un des plus connus est celui de la pharmacienne Michèle Boisvert. Après avoir été blâmée dans les 1970, en 2005 et en 2010 pour des manquements en matière de publicité, ce n’est qu’en 2014 qu’elle est finalement exclue de l’OPQ. Madame Boisvert reconnaît entre autres qu’elle avait permis à son entreprise d’utiliser son statut de pharmacienne pour faire la promotion de ses produits (La Presse, 16 décembre 2014).

Références :
Code de déontologie des pharmaciens, RRQ 1981, c P-10, r 5 [en ligne]: https://www.canlii.org/fr/qc/legis/regl/rrq-1981-c-p-10-r-5/derniere/rrq-1981-c-p-10-r-5.html (page consultée le 12 février 2018).

Code de déontologie des pharmaciens. R.Q., c. P-10, r. 16. [En ligne] http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=%2F%2FP_10%2FP10R7.htm (page consultée le 10 février 2016).

Demande d’injonction présentée contre les Pharm’escomptes Coutu. La Presse, 22 février 2016, B13.

Demi-victoire des pharmacies Coutu. La Presse, 14 janvier 1982, A9.

Dutrisac C. La publicité, en pharmacie, est-elle recommandable? La Presse, 23 avril 1971, A5.

La Cour d’appel suspend l’injonction. La Presse, 26 mai 1979, p. A2.

Larouche V. La reine de l’homéopathie chassée de l’Ordre des pharmaciens. La Presse, 16 décembre 2014. [en ligne] http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201412/15/01-4828571-la-reine-de-lhomeopathie-chassee-de-lordre-des-pharmaciens.php (page consultée le 10 février 2016).

Lizotte L. La Cour ordonne de s’en tenir à la publicité « professionnelle ». La Presse, 17 mai 1979, A1.

Auteurs :
Pierre-André Savard
Nancy Marando

Création : 11 février 2016
Mise à jour : 18 février 2018
Publication : 3 avril 2018

 

 

 

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De choses et d’autres (Québec Pharmacie, septembre 1994)

Contexte
Dès les années 1970, les pharmaciens indépendants s’inquiètent pour leur survie face à la percée des chaînes de pharmacies à grande surface comme Jean Coutu, Pharmaprix et Cumberland. En effet, la part de marché des pharmacies à grande surface au Québec explose et passe de 4,4% en 1970 à 40% en 1976 (Source : Collin et Béliveau, 1994). Vingt ans plus tard, les chaînes de pharmacie à grande surface sont bien établies au Québec, mais l’arrivée d’un nouveau concurrent, Wal-Mart, en 1994, qui compte établir des pharmacies dans chacun de ses magasins, suscite bien des craintes dans le milieu pharmaceutique.

En 1994, Wal-Mart faisait l’acquisition des magasins Woolco au Canada. La compagnie comptait ouvrir 122 magasins au Canada, dont 22 au Québec, tous munis d’un comptoir pharmaceutique. Pour se conformer à la Loi sur la pharmacie au Québec, qui prévoit que tout établissement pharmaceutique doit être la propriété d’un pharmacien, Wal-Mart conclut des ententes avec 20 pharmaciens qui installeront leur comptoir dans les magasins.

Plusieurs de ces magasins Wal-Mart avec pharmacie se trouvent dans des centres commerciaux et livrent alors une concurrence directe aux pharmacies du Groupe Jean Coutu qui y étaient déjà établies. Ces pharmacies disposaient d’une clause d’exclusivité dans leur bail, interdisant l’établissement d’un concurrent dans le mail, mais la clause ne peut s’appliquer aux Wal-Mart. Ces magasins signent un bail avec le propriétaire du centre commercial mais peuvent ensuite louer leurs espaces à qui bon leur semble.

Au moment où l’éditorial de Manon Lambert est publié, on compte 21 magasins Wal-Mart au Québec, dont dix avec pharmacie.

Résumé de l’éditorial
À l’approche de l’arrivée de Walmart au Québec, Manon Lambert constate que les pharmaciens propriétaires de pharmacies de grandes surfaces ont récupéré les arguments que propriétaires de pharmacies de quartiers utilisaient jadis contre eux en vantant la qualité de leurs services face aux prix réduits et aux heures d’ouverture prolongées des superchaînes. Désormais, les pharmacies grandes surfaces, telles Jean-Coutu, Pharmaprix et Uniprix entre autres, mettent de l’avant leurs « petites surfaces » et leur service personnalisé pour attirer la clientèle. Manon Lambert voit dans ce changement de discours un paradoxe ironique.

Et aujourd’hui …
À l’époque de l’arrivée des Wal-Mart, nombreux sont ceux qui croient que la bataille face à ce géant du commerce au détail est déjà perdue. Pour certains, cependant, les pharmacies peuvent livrer bataille en redéfinissant rapidement leur modèle d’affaires pour miser davantage sur le service personnalisé et la proximité avec la clientèle. D’ailleurs, face à cette concurrence de Wal-Mart, le Groupe Jean Coutu procède rapidement à des ajustements : rafraîchissement de succursales, meilleure présentation des produits, amélioration des relations avec les clients.

Finalement, l’arrivée des Wal-Mart a eu de moins grandes répercussions que prévu. Des difficultés techniques, l’incompréhension des clients face à la politique de prix de la chaîne et les problèmes de recrutement de pharmaciens ont nui à l’établissement des pharmacies Wal-Mart dans le paysage commercial québécois. Alors que la compagnie prévoyait installer des pharmacies dans chacun de ses magasins, seulement la moitié en comptait une en avril 1995. Puis, en cinq ans, les ventes des pharmacies de Wal-Mart ont progressé de 171%. Elles sont devenues les plus performantes au Québec en termes de ventes au pied carré et toutes les franchises étaient rentables en 1999. En 2000, on compte 29 pharmacies dans les Wal-Mart.

Malgré la présence dans les magasins Wal-Mart, les pharmacies à grande surface ont plutôt poursuivi leur développement dans les années 2000. Elles ont ainsi mieux résisté à l’arrivée de la concurrence américaine en misant sur les faiblesses des géants comme Walmart, qui sont le manque de proximité avec la clientèle et leur absence en dehors des grands centres (La Presse : 16 mai 2002).Certaines chaînes de pharmacie ont aussi élargi la gamme de produits offerts alors que d’autres se sont positionnées agressivement sur le marché des cosmétiques et produits de santé (Les Affaires, 6 mars 2010).

Dernièrement, différentes avenues sont explorées par les chaînes de pharmacies pour mieux faire face à la concurrence. D’un côté, on assiste à une consolidation du marché des pharmacies et celui de l’alimentation notamment avec l’achat du Groupe Jean Coutu par l’épicier Métro, qui possédait déjà la chaîne Brunet, ou l’acquisition de Pharmaprix par le groupe ontarien Loblaws. De l’autre côté, d’autres chaînes, comme Uniprix et Familiprix, misent plutôt sur de nouveaux concepts centrés sur les services professionnels et les médicaments exclusivement pour se distinguer dans le secteur pharmaceutique.

Références :
Angers G. Wal-Mart alimente la controverse avec l’ouverture d’une nouvelle pharmacie. Le Soleil, 11 mars 1995, A11.

Cloutier L. Wal-Mart s’associe à vingt pharmaciens du Québec. La Presse, 10 novembre 1994, C3.

Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec. Montréal : Musée d’histoire de la pharmacie, 1994, 333 p.

Dansereau S. Le comptoir santé Wal-Mart, un concept de Jean Bourcier. Les Affaires, 8 avril 2000, p. 24.

Fournier ME. Uniprix prend le virage santé. Lapresse.ca, 15 août 2017 [en ligne] : https://www.affaires.lapresse.ca/economie/sante/201708/14/01-5124613-uniprix-prend-le-virage-sante.php+&cd=5&hl=fr&ct=clnk&gl=ca (page consultée le 29 septembre 2017).

Leduc G. Familiprix : dehors le chocolat et les croustilles. Le Soleil, 15 mars 2017 [en ligne] : https://www.lesoleil.com/affaires/familiprix-dehors-le-chocolat-et-les-croustilles-924a337c7ee1f0d398bd6ead4f9515ac (page consultée le 29 septembre 2017).

Lefebvre L. L’arrivée des grandes surfaces : la fin des pharmacies de quartier? Québec Pharmacie 1995 (octobre); 42(9) : 799-801.

Rolland S. Jean Coutu-Metro : pas de mariage forcé, mais… Les Affaires, 15 juillet 2013. [en ligne] : http://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/commerce-de-detail/jean-coutu-metro–pas-de-mariage-force-mais/559633 (page consultée le 3 février 2016).

Shoppers Drug Mart ouvrira 25 pharmacies de grande surface en 2002. La Presse, 16 mai 2002, D18.

Turenne M. Les pharmacies en guerre pour conquérir le marché des cosmétiques. Les Affaires, 6 mars 2010. [en ligne] : https://www.lesaffaires.com/archives/generale/les-pharmacies-en-guerre-pour-conquerir-le-marche-des-cosmetiques/511414 (page consultée le 3 février 2016).

Vailles F. Les concurrents de Wal-Mart s’ajustent. Les Affaires, 8 avril 1995, p. 3.

Vailles F. Wal-Mart : un an après son arrivée, la société n’a pas connu les succès prévus. Les Affaires, 8 avril 1995, p. 2.

Auteurs :
Pierre-André Savard
Nancy Marando

Création : 3 février 2016
Mise à jour : 29 septembre 2017
Publication :

 

 

 

Magasins à chaînes VS magasins indépendants (Québec Pharmacie, juillet 1964)

Contexte
Au début des années 1960, les pharmaciens détaillants doivent de plus en plus faire face à la concurrence des chaînes de magasins (épiceries, magasins à escomptes, etc.) qui s’établissent à travers la province. Ces dernières bénéficient d’un pouvoir d’achat supérieur et peuvent donc livrer une concurrence indue aux pharmaciens, qui sont souvent des propriétaires indépendants. En effet, depuis le 19e siècle, le modèle pharmaceutique québécois était principalement constitué de pharmacies ayant pignon sur rue et tenues par un pharmacien propriétaire. En 1917, le Québec comptait 400 pharmacies tenues par 362 propriétaires. La grande majorité était établie en milieu urbain, soit à Montréal et à Québec, dont la moitié à Montréal seulement. Puis, en 1945, on compte 600 établissements pharmaceutiques au Québec détenus par 541 pharmaciens (Source : Histoire de la pharmacie au Québec, p. 227-230).

Pendant plusieurs décennies, ces pharmaciens propriétaires ont dû faire face à la concurrence des épiciers et vendeurs ambulants qui distribuaient les médicaments brevetés – aujourd’hui appelés médicaments en vente libre –, aussi disponibles en pharmacie. La disponibilité de ce type de médicaments ailleurs que dans les pharmacies justifiait, pour plusieurs pharmaciens, la nécessité de vendre une multitude d’articles n’ayant parfois aucun lien avec les soins de santé ou l’hygiène personnelle.

À partir des années 1960, un nouveau concurrent fait son apparition : les chaînes de magasins. Les pharmaciens ont alors pour réflexe d’offrir de « couper les prix » pour faire concurrence à ces nouveaux rivaux, qui souvent bénéficient de ressources beaucoup plus importantes pour attirer les clients.

Plus globalement, le défi d’adaptation des pharmacies indépendantes s’insère dans la révolution commerciale de la société de consommation d’après-guerre en Amérique du Nord et en Europe. Le développement rapide des grandes surfaces dès la fin des années 1950 marque la fin du modèle d’affaires archaïque des commerces indépendants. Un appareil de distribution figé, des circuits commerciaux trop longs et des techniques de ventes dépassées mettront à mal les commerces indépendants (Daumas : 2006). Ce ne sont donc pas seulement les pharmacies de quartier qui éprouvent des difficultés d’adaptation. Les épiciers indépendants doivent faire face aux mêmes défis à cette époque.

Résumé de l’éditorial
Le rédacteur en chef du Bulletin de l’APDM-PQ, Georges Chalifoux, traite de l’implantation des grandes chaînes de magasins au Québec et des stratégies que les pharmaciens indépendants devraient adopter pour y faire face. Selon lui, plutôt que d’attaquer les concurrents avec des prix coupés, les pharmaciens indépendants devraient plutôt miser sur leurs atouts pour attirer la clientèle, c’est-à-dire le service personnalisé, la compétence, les heures d’ouverture, la planification et la publicité.

Chalifoux constate plutôt que les pharmaciens optent pour les « prix coupés » sans avoir établi un plan d’action précis et grugent ainsi une importante part de leurs profits. Les grandes chaînes de magasins comptent pour leur part sur des équipes importantes qui négocient les prix et élaborent les stratégies de vente. Il est donc inutile d’attaquer les concurrents sur les prix seulement. Les pharmaciens indépendants auraient plutôt avantage, selon lui, à bien planifier leurs actions pour accaparer un marché qui leur est ouvert.

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Et aujourd’hui …
Aujourd’hui, les pharmacies indépendantes sont plutôt rares au Québec et ont été éclipsées par les chaînes et bannières. L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) répertoriait, en 2014, 1757 pharmacies faisant partie de bannières et 33 pharmacies indépendantes (AQPP : 2014).

L’essor des chaînes de pharmacies s’est amorcé au Québec au début des années 1970. Leur part de marché est passée de 4,4% en 1970 à 40% en 1976, alors que le nombre de leurs succursales compte pour 14% seulement des pharmacies du Québec (Source : Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie…, p. 308).  Plusieurs pharmaciens propriétaires indépendants craignent alors pour leur survie et proposent divers projets pour éviter la disparition des indépendants, dont un regroupement coopératif (Pharmanagement), en 1975, et la création d’une centrale d’achats, en 1980.

Au cours des dernières décennies, ce sont les pharmaciens propriétaires de bannières qui ont dû faire face à la concurrence des pharmacies établies dans des magasins à grandes surfaces tels Walmart ou Costco. Dans ce contexte, bon nombre de bannières misent aujourd’hui sur les services professionnels offerts par leurs pharmaciens et prennent un virage santé pour attirer leur clientèle… tout comme le recommandait M. Chalifoux il y a plus de 50 ans! En effet, Familiprix et Uniprix ont inauguré de nouveaux concepts axés sur les services professionnels en 2017. Chez Familiprix, les croustilles, bonbons et boissons sucrées, dans les succursales adhérant au nouveau concept, font place à des produits santé et à plus de services professionnels. Sans retirer de ses tablettes tous les produits qui ne sont pas liés à la santé, Uniprix choisit quand même d’introduire un concept misant davantage sur la crédibilité et l’expertise du pharmacien où sont offerts de nouveaux services comme des ateliers, conférences et écrans informatifs.

Références :
Association québécoise des pharmaciens propriétaires. Portrait de la pharmacie au Québec 2014. [en ligne] : http://www.vdocshop.com/doc/aqpp2/portrait_pharmacie_qc_2014_aqpp/2014060501/12.html#0 (page consultée le 15 septembre 2017).

Cousineau JM.  Un conflit moral avec sa clientèle a précipité l’échec de Target Canada, Les Affaires, 15 août 2015, [En ligne] http://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/commerce-de-detail/un-conflit-moral-avec-sa-clientele–a-precipite-lechec-de-target-canada/580877 (page consultée le 4 février 2016).

Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec. Montréal :Musée d’histoire de la pharmacie, 1994, 333 p.

Daumas JC. Consommation de masse et grande distribution : Une révolution permanente (1957-2005). Vingtième Siècle. Revue d’histoire 2006 (no 91) :57-76.

Familiprix veut bannir les gourmandises de ses tablettes. Journal de Montréal, 15 mars 2017. [en ligne] : http://www.journaldemontreal.com/2017/03/15/familiprix-veut-bannir-les-gourmandises-de-ses-tablettes (page consultée le 15 septembre 2017).

Fournier ME. Uniprix prend le virage santé. Site de La Presse.ca, 15 août 2017. [en ligne] : http://affaires.lapresse.ca/economie/sante/201708/14/01-5124613-uniprix-prend-le-virage-sante.php (page consultée le 15 septembre 2017).

Auteurs :
Pierre-André Savard
Nancy Marando

Création : 4 février 2015
Mise à jour : 15 septembre 2017
Publication :

 

Ordonnances et prescriptions (Québec Pharmacie, février 2003)

Contexte
Au début des années 2000, une vaste refonte du Code des professions du domaine de la santé est entreprise afin « de mieux répondre aux besoins actuels de la population en matière de soins de santé » (OPQ, Notre profession sous un autre angle : 2004). Le projet de loi 90 constitue la première réforme visant à redéfinir l’exercice des professions médicales depuis l’entrée en vigueur du Code des professions en 1973. En effet, trente ans après sa création, ce dernier ne reflétait plus les pratiques sur le terrain des divers professionnels du domaine de la santé et le projet de loi 90 permet de légaliser des pratiques déjà en place. Cette réforme avait pour objectif d’accroître l’interdisciplinarité, d’améliorer l’accès aux soins et de favoriser une utilisation optimale des ressources humaines et matérielles disponibles dans le réseau de la santé.

Adoptée en juin 2002 et entrée en vigueur le 30 janvier 2003, la Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions législatives dans le domaine de la santé, communément appelée loi 90, modifie considérablement les champs d’exercice de 11 professions du secteur de la santé, dont la pharmacie. Dès le début des discussions, les pharmaciens réclamaient une meilleure reconnaissance de leur rôle dans le système de santé et une participation accrue dans l’équipe soignante. La Loi 90 a donc permis de répondre aux doléances des pharmaciens. Ainsi, en modifiant l’article 17 de la Loi sur la pharmacie, la Loi 90 permettait de reconnaître six activités réservées aux pharmaciens, dont deux nouvelles, soit l’initiation ou l’ajustement d’une thérapie médicamenteuse, selon une ordonnance, et la prescription de médicaments à des fins de contraception orale d’urgence.

Selon Paul Fernet, ancien président de l’OPQ et avocat spécialisé en droit pharmaceutique, le changement principal pour les pharmaciens est la reconnaissance de la compétence d’évaluer un patient sur le plan clinique (Le Devoir, 12 octobre 2002).

Résumé de l’éditorial,
Selon Hélène Blanchette, la Loi 90 modifie en profondeur l’exercice de la pharmacie, notamment en faisant en sorte que les pharmaciens deviennent des prescripteurs. Elle s’interroge cependant à savoir si les pharmaciens sont prêts à relever le défi et si leurs collègues du secteur médical sauront bien composer avec les nouvelles responsabilités conférées aux pharmaciens.

La nouvelle loi trace cependant la voie de la pharmacie pour les années à venir. Hélène Blanchette invite donc ses collègues pharmaciens à avoir confiance en leurs capacités afin qu’ils occupent la place qui leur revient au sein des équipes de santé.

Et aujourd’hui …
C’est avec l’adoption de la Loi 41 en 2014 que le cadre des activités réservées aux pharmaciens a été élargi pour la première fois depuis l’adoption de la Loi 90. En plus d’octroyer le droit aux pharmaciens d’initier ou ajuster la pharmacothérapie et de prescrire un médicament pour la contraception orale d’urgence en 2003, la Loi sur la pharmacie reconnaît maintenant sept nouvelles activités réservées aux pharmaciens, soit :

  • la prolongation des ordonnances médicales;
  • l’ajustement d’une ordonnance;
  • la substitution d’un médicament prescrit lors de rupture d’approvisionnement;
  • l’administration d’un médicament afin d’en démontrer l’usage approprié;
  • la prescription et l’interprétation des analyses de laboratoire pour suivi de la thérapie (pour les pharmaciens en établissements de santé);
  • la prescription des analyses de laboratoire à des fins de surveillance (en pharmacie communautaire);
  • la prescription d’un médicament lorsqu’aucun diagnostic n’est requis;
  • la prescription de médicaments pour certaines conditions mineures dont le diagnostic et le traitement sont connus.

(Source : Ordre des pharmaciens, Nouvelles activités)

Références :
Application de la loi 41 : Nouvelles activités, Site de l’Ordre des pharmaciens du Québec [en ligne] : http://www.opq.org/fr-CA/pharmaciens/application-de-la-loi-41/nouvelles-activites/ (page consultée le 4 février 2016).

Landry J. Les pharmaciens – Pharmacies sans ordonnance. Le Devoir, 12 octobre 2002. [en ligne] : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/10988/les-pharmaciens-pharmacies-sans-ordonnance (page consultée le 5 février 2016).

Ordre des pharmaciens du Québec. Notre profession sous un autre angle : Guide d’interprétation des nouvelles dispositions de la loi sur la pharmacie et du Code des professions, 2004.  Disponible en ligne : http://www.opq.org/cms/Media/588_38_fr-CA_0_guide_interpretation_nouvelles_dispositions_loi.pdf (page consultée le 5 février 2016).

Vallée P. La loi 90 : Refonte en profondeur du système de santé. Le Devoir, 12 octobre 2002. [en ligne] :  http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/10995/la-loi-90-refonte-en-profondeur-du-systeme-de-sante (page consultée le 5 février 2016).

Auteurs :
Pierre-André Savard
Nancy Marando

Création : 5 février 2016
Mise à jour : 12 novembre 2017
Publication : 20 février 2018

Le monstre d’Halloween (Québec Pharmacie, novembre 2010)

Contexte
Dès le début des années 1990, le gouvernement du Québec envisage d’informatiser les dossiers médicaux afin de les rendre accessibles aux différents intervenants en santé. Un des premiers projets mis de l’avant consistait à consigner les renseignements médicaux des patients à l’aide d’une carte à puce. Au début 2000, la Commission Clair recommande d’ailleurs l’implantation de ce système. Le ministre de la Santé de l’époque, Rémy Trudel, disait avoir bon espoir de doter la majorité des Québécois d’une carte d’assurance maladie à puce d’ici 2003. Le projet est toutefois abandonné deux ans plus tard par son successeur, François Legault.

Ce n’est qu’en 2006 que le gouvernement Charest lance le projet du Dossier Santé Québec (DSQ). La réalisation de cette imposante banque de données contenant les informations cliniques (médication, résultats de laboratoires et d’imageries etc.) devait être complétée d’ici 2010 et coûter  près de 563 millions. Quatre ans plus tard, soit au moment où Hélène Blanchette écrit son éditorial, le gouvernement du Québec est forcé de repousser le déploiement du DSQ à 2015. Le ministre Bolduc reconnait à l’époque qu’après des dépenses de 418 millions, seulement le tiers du travail nécessaire à l’implantation du projet est réalisé. Quelques mois plus tôt, le Vérificateur général du Québec avait également publié un rapport dans lequel il se disait « grandement préoccupé par la façon dont le ministère gère ce projet et les conséquences sur sa mise en place qui en découlent. […] Bien que les coûts du projet aient été révisés, nous notons que certaines des hypothèses utilisées n’apparaissent pas réalistes et que le risque de ne pas respecter ces coûts demeure».  (Source : Vérificateur général, 2010) 

Résumé
La rédactrice en chef de Québec Pharmacie, Hélène Blanchette, revient sur la chaotique histoire de l’informatisation des dossiers médicaux aux Québec. Elle se rappelle pourtant qu’au début des années 1990, les professionnels de la santé avaient déjà espoir d’une nouvelle ère de partage de données. L’informatisation des dossiers patients se présentait comme un outil inouï permettant de réaliser de meilleurs suivis et favoriser une plus grande collaboration entre les professionnels de la santé.

Dans son éditorial, elle déplore toutefois les différentes embuches qui ont retardé le projet. Que ce soit la technologie qui n’était pas à la hauteur des ambitions de l’époque, les différentes chicanes de clocher entre intervenants ou les questions de confidentialité des dossiers et de consentement des patients, ces embuches ont empêché, selon elle, les décideurs d’en arriver à un consensus. Elle déplore qu’encore aujourd’hui, elle perd un temps fou à exécuter certaines tâches que la technologie actuellement disponible permettrait de réaliser en un instant. Devant la hausse des coûts et les reports successifs de la mise en fonction du DSQ, Mme Blanchette urge finalement les décideurs à soit couper court au projet, et ainsi limiter les dépenses des contribuables, ou de retourner à la planche à dessin et aboutir sur un projet à la hauteur des attentes.

Et aujourd’hui …
Le DSQ demeure encore aujourd’hui un sujet d’actualité. En début d’année 2015, Joanne Beauvais, l’attachée de presse du ministre de la Santé Gaétan Barrette, révélait que «malgré les erreurs du passé, la situation est en voie de se corriger, et le déploiement s’accélère. D’ici la fin de l’année 2015, 95% des professionnels auront accès à 95% des outils disponibles. Ceux qui l’utilisent sont encore trop peu nombreux, mais ils sont satisfaits du résultat et affirment que ces outils sauvent du temps et évitent des erreurs ». Encore en 2017, le DSQ est en déploiement  progressif dans toutes les régions du Québec, selon le site officiel de l’outil. De plus, il est prévu accroître les données accessibles dans les prochaines années pour y inclure notamment les médicaments prescrits dans les établissements de santé.

Malgré les dépassements de coûts et les nombreux retards dans la mise en fonction du DSQ, l’informatisation des dossiers patients et l’accessibilité des renseignements à l’ensemble des intervenants en santé demeurent une avancée importante dans la prestation de soins. Il serait désolant qu’en vertu de son passé trouble, le DSQ soit implanté dans l’indifférence. À nous d’optimiser son utilisation au point de (presque?) rentabiliser l’investissement!

Références :
Allard S. Dossiers médicaux : une occasion ratée. La Presse, 20 juillet 2015. [en ligne] : http://plus.lapresse.ca/screens/178579ed-e6e9-4307-9c39-d9941aee0382|BSQW9cCq2RAQ.html (page consultée le 10 février 2016).

Le déploiement. Site Dossier Santé Québec : http://www.dossierdesante.gouv.qc.ca/population/Qu-est-ce-que-le-DSQ/index.php?Le_deploiement#h3_etat_deploiement (page consultée le 30 octobre 2017).

Duchaine G. Le bureau de Barrette admet des erreurs dans l’implantation du DSQ. La Presse, 24 février 2015. [en ligne] : http://plus.lapresse.ca/screens/5f2ad822-9083-46be-91f0-c13bbee70055|WoTfQdPL-N8F.html (page consultée le 10 février 2016).

Lacoursière  A. Dossier clinique informatisé : Barrette choisit un modèle unique. La Presse, 18 décembre 2015. [en ligne] : http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201512/17/01-4932465-dossier-clinique-informatise-barrette-choisit-un-modele-unique.php (page consultée le 10 février 2016).

Lessard D. Pas de réseau informatisé avant 2015. La Presse, 30 octobre 2010,  p. A24.

Vérificateur Général du Québec. Rapport du Vérificateur général du Québec à l’Assemblée nationale pour l’année 2010-2011. Tome I. Vigie relative au projet Dossier Santé du Québec. Mai 2010. [en ligne] : http://www.vgq.gouv.qc.ca/fr/fr_publications/fr_rapport-annuel/fr_2010-2011-T1/fr_Rapport2010-2011-T1-Chap05.pdf (page consultée le 10 février 2016).

Auteur :
Alexandre Sirois

Révision :
Nancy Marando

Création : 10 février 2016
Mise à jour : 30 octobre 2017
Publication : 31 octobre 2017

Heureux qui comme Ulysse, a fait un long voyage (Québec Pharmacie, juin 1972)

Contexte
En 1966, le gouvernement du Québec adopte la Loi d’assistance-médicale qui permet aux bénéficiaires de l’aide sociale d’obtenir gratuitement des soins médicaux et chirurgicaux ainsi que des examens diagnostics dans les services externes des hôpitaux. Cependant, pour plusieurs de ces bénéficiaires, il devenait impossible de défrayer les coûts associés aux médicaments prescrits par le médecin. Un comité interministériel est donc mis en place en 1967 pour évaluer les modalités de mise sur pied d’un régime d’assistance-médicaments pour ces derniers.

Après de nombreux délais, le projet de loi 69, qui assure la gratuité des soins dentaires et des médicaments aux bénéficiaires de l’aide sociale, est déposé en novembre 1970 et sanctionné en juin 1971. Son entrée en vigueur est cependant retardée en raison des délais d’élaboration d’une liste de médicaments par le Conseil consultatif en pharmacologie et de l’absence d’une entente préalable avec les pharmaciens. Les dirigeants de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) ont déposé un mémoire à la Commission parlementaire des affaires sociales en février 1971 et son comité de négociation a tenu plus de 50 rencontres avec les représentants du gouvernement afin d’établir le mode de rémunération des pharmaciens pour les services associés au régime d’assistance-médicaments.

Une entente entre le ministère des Affaires sociales et l’AQPP est finalement conclue le 9 juin 1972. D’une durée d’un an, cette entente s’applique à tous les pharmaciens communautaires ainsi qu’aux 54 médecins exerçant en région éloignée, où aucun pharmacien n’est présent. L’assistance-médicaments entre donc en vigueur le 1er août 1972. Ce programme permet le remboursement aux pharmaciens du prix coûtant d’un médicament parmi la liste de 3000 produits établie par Conseil consultatif de pharmacologie, en plus d’un honoraire pour chaque service rendu.

C’est à la suite de la conclusion de cette entente que le président de l’AQPP rédige son éditorial.

Résumé de l’éditorial
Selon le président de l’AQPP, Yves Comtois, l’entente conclue entre le MAS et l’AQPP reconnaît sans ambiguïté du rôle professionnel du pharmacien dans l’équipe de santé. En effet, cette entente établit une distinction nette entre le bien (le médicament) et le service pharmaceutique, en assurant le remboursement du médicament au prix coûtant et le paiement d’un honoraire pour l’exécution ou le refus d’exécution d’une ordonnance. Selon Yves Comtois, ces gains auront des répercussions sur tous les autres secteurs où évoluent des pharmaciens (universitaire, industrie, hôpitaux, gouvernement, Collège des pharmaciens, pharmaciens salariés). Il incite finalement ses collègues à lutter contre le projet de loi 255 (refonte de la Loi de pharmacie) dans sa forme actuelle et à faire front commun afin que les gains réalisés par l’AQPP avec cette entente historique soient intégrés dans la nouvelle loi sur la pharmacie.

Et aujourd’hui …
Jusqu’à la fin des années 1990, les médicaments étaient fournis gratuitement aux bénéficiaires de l’aide sociale et aux personnes de 65 ans et plus. De plus, les patients atteints de certaines maladies dont le coût des traitements était très élevé pouvaient se procurer leurs médicaments gratuitement, ou en échange d’une légère contribution, dans les hôpitaux de la province en vertu de la circulaire « Malades sur pied ». Ces programmes sont abolis en 1997 et remplacés par le Régime général d’assurance médicaments, qui rend obligatoire pour tous les Québécois l’adhésion à un régime d’assurance médicaments, qu’il soit privé ou public.

Un tel changement nécessitait la conclusion d’une entente avec les pharmaciens propriétaires. À l’automne 1996, l’AQPP s’entend avec le gouvernement pour que les pharmaciens propriétaires fournissent  10 millions de dollars pour financer l’assurance médicaments, en plus d’assumer une partie des frais d’administration associés au nouveau régime. Or, dans un contexte de coupures budgétaires, les pharmaciens propriétaires sont touchés par le projet de loi 104 déposé par le gouvernement de Lucien Bouchard en mars 1997. Visant à réduire les coûts de la main-d’œuvre dans le secteur public, ce projet de loi, qui fera l’objet d’une loi spéciale, impose des coupures de 6% des honoraires des pharmaciens pour les services rendus dans le cadre du régime d’assurance médicaments.

Chaque fois que la couverture pour les médicaments est étendue à de nouveaux bénéficiaires ou que les services rendus par les pharmaciens sont augmentés, des négociations doivent être entreprises entre le gouvernement et l’AQPP afin de déterminer les modalités de rémunération des pharmaciens propriétaires. Le plus récent exemple est celui des négociations entourant les nouveaux actes pouvant être posés par les pharmaciens dans le cadre de la loi 41. Près de 4 ans après l’adoption de la loi, l’AQPP et le ministère de la Santé et des Services sociaux concluent finalement une entente, le 20 juin 2015 – soit quelques heures avant l’entrée en vigueur de la loi –sur les modalités et la rémunération de quatre nouvelles activités cliniques conférées aux pharmaciens. Si cette entente n’est pas aussi « historique » pour l’AQPP que celle de 1972, elle confirme néanmoins le virage clinique entrepris par la profession. Les concessions monétaires faites par les pharmaciens ne plaisent évidemment pas à tous, mais elles mettent la table pour une refonte du mode de rémunération axé sur la prestation de services cliniques à valeur ajoutée et la prise en charge de la pharmacothérapie des patients, au détriment de la distribution et des produits eux-mêmes.

La population n’a d’ailleurs pas tardé à recourir aux nouveaux services offerts, confirmant l’importance du pharmacien comme clinicien de première ligne. En effet, en l’espace de quatre mois, soit du 20 juin au 25 octobre 2015, 63 000 patients du Régime public d’assurance médicaments ont bénéficié des nouvelles activités offertes par les pharmaciens depuis l’entrée en vigueur de la Loi 41. Bertrand Bolduc, président de l’Ordre des pharmaciens du Québec, se réjouit également de l’entrée en vigueur de ces nouveaux actes : « Même s’il est difficile d’interpréter des données après seulement quelques mois d’application, on peut néanmoins voir que les pharmaciens ont pleinement embarqué dans la mise en place des nouvelles activités cliniques ». L’engouement de la population pour ces services cliniques pourrait faire oublier bien rapidement les concessions faites.

Références :
Chalvin S. Le Conseil consultatif de pharmacologie à la défense de la liste de médicaments. L e Devoir, 16 août 1971, p. 11.

Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec. Montréal : Musée d’histoire de la pharmacie du Québec, 1994, 333 p.

Dutrisac C. Plan d’assurance-médicaments universel pour certains malades. La Presse, 15 juin 1973, A1.

Gaumer B. Le système de santé et des services sociaux du Québec. Une histoire récente et tourmentée : 1921-2006. Québec : Les Presses de l’Université Laval, 2008, 282 p.

Leduc C. Nouvelles activités de la loi 41 : 63 000 patients ont bénéficiés des services des pharmaciens. Profession santé, 26 novembre 2015. [en ligne] : http://www.professionsante.ca/pharmaciens/interprofessions/actualites/nouvelles-activites-de-la-loi-41-63-000-patients-ont-beneficie-des-services-des-pharmaciens-33080 (page consultée le 12 février 2016).

Lesage G. Québec s’en  tient à 3000 médicaments. Le Devoir, 13 juin 1972, p. 1-2.

O’Neill PL. Assurance-médicaments et soins dentaires pour assistés sociaux. Le Devoir, 28 novembre 1970, p. 1, 6.

Paré I. Les pharmaciens pourraient aller jusqu’au boycottage. Le Devoir, 6 avril 1997, A1, A10.

 Auteurs :
Alexandre Meunier-Sirois
Nancy Marando

Création : 12 février 2016
Mise à jour : 15 mai 201
Publication : 22 juin 2017

Être ou ne pas être! Voilà où en est la pharmacie québécoise (Québec Pharmacie, février 1972)

Contexte
Au début des années 1970, le gouvernement procède à la refonte de la Loi de pharmacie dans le cadre d’une vaste réforme des professions visant à revoir les activités régies par les corporations professionnelles et réviser les mécanismes d’attribution des privilèges. Pour ce faire, plusieurs groupes de professionnels font des représentations auprès du gouvernement et déposent un total de 153 mémoires entre 1971 et 1973 en vue de l’élaboration du Code des professions et des multiples projets de loi qui en découlent.

Au cours de ces audiences, les pharmaciens de tous les secteurs sont invités à faire des représentations en commission parlementaire pour défendre leur position, soit que le pharmacien est maintenant un conseiller spécialiste du médicament. Au début des années 1970, la Loi de pharmacie définit l’ordonnance comme un ordre d’exécution et le code de déontologie des pharmaciens interdit de fournir des conseils sur les médicaments aux patients. Selon l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), cette définition est réductrice et punit le pharmacien lorsqu’il agit en tant que professionnel du secteur de la santé. C’est pourquoi l’AQPP demande que l’ordonnance devienne, dans la nouvelle loi sur la pharmacie, une autorisation de fournir des médicaments et donc, que le refus d’exécution d’une ordonnance soit reconnu comme un acte pharmaceutique. L’Association souhaite aussi que le droit de pratique et de possession d’une pharmacie soit exclusif aux pharmaciens et que le remplacement d’un médicament par un équivalent thérapeutique soit possible.

Or, les audiences de la commission parlementaire mettent en évidence les divergences d’opinion entre pharmaciens et représentants du gouvernement. Ces derniers ne sont pas convaincus du rôle que les pharmaciens doivent jouer dans l’équipe de santé. Ils semblent plutôt adhérer aux thèses de l’économiste François Lacasse, dont le rapport était déposé à la Commission Castonguay en 1970, qui prônait la libéralisation complète du système de distribution des médicaments afin d’assurer une diminution des prix, en plus de remettre en question la nécessité d’une formation universitaire pour distribuer des médicaments.

Ainsi, lorsqu’une première version du projet de Loi sur la pharmacie est présentée en décembre 1971, les dirigeants de l’AQPP sont furieux. Ils reprochent au gouvernement d’aborder la pharmacie sous l’angle commercial et de considérer le médicament comme une marchandise. Le projet de loi stipule que le pharmacien doit exécuter une ordonnance intégralement et que la substitution de médicaments est permise seulement à partir d’une liste établie par le gouvernement et dont les pharmaciens n’ont pas connaissance. De plus, le projet de loi permet à une corporation de devenir propriétaire et conserve le droit pour les médecins, sous certaines conditions, de vendre des médicaments. Enfin, bien que le projet de loi inclut une liste de médicaments ne pouvant être fournis que par des pharmaciens, il reste que tous les médicaments exclus de cette liste peuvent encore est vendus ailleurs qu’en pharmacie. Si l’exclusivité de la distribution de tous les médicaments n’est pas confiée aux pharmaciens, certains d’entre eux se demandent alors si la profession a toujours sa raison d’être.

La déception des pharmaciens est vive, surtout parmi les dirigeants de l’AQPP. Le président, Yves Comtois, affirme que les pharmaciens se sont fait servir « comme cadeau de Noël, un projet de loi 255 plein de traquenards, qui ravale la Profession et transforme les pharmaciens en techniciens. » (Source : Comtois Y. Québec Pharmacie, mars 1972) On souligne aussi que « [c]elui qui se voulait plus compétent et plus utile, se voit réduit au rôle d’arrière-plan de mini-technicien, qui compte des pilules, écrit des étiquettes, fait des factures. » (Source : Lemoine G. Québec Pharmacie, mars 1972)

L’éditorial présenté ici est rédigé alors que l’AQPP se prépare à déposer un mémoire en commission parlementaire, en février 1972, à la suite du dépôt du projet de loi en première lecture.

Résumé de l’éditorial
Le président de l’AQPP, Yves Comtois, rédige cet éditorial pour faire le point sur la situation et mettre un terme aux rumeurs qui circulent. Il reconnaît que le projet de loi (Bill 255) a créé tout un émoi parmi les pharmaciens d’officine. C’est pourquoi il cherche à rassurer les membres en leur faisant part du plan d’action des dirigeants de l’AQPP.

Il confirme que les négociations ont été momentanément suspendues et ce, pour permettre une étude approfondie du projet de loi avec les avocats de l’Association. Une rencontre avec le ministre Castonguay a été obtenue et les membres de l’exécutif et du comité de négociation se sont mis à l’œuvre pour élaborer des stratégies de relations publiques auprès des collègues pharmaciens, du gouvernement et du public afin de démontrer que l’État veut réduire les pharmaciens à un statut de techniciens, dégradant ainsi tout un secteur de la santé.

Pour que le plan fonctionne, les membres de l’exécutif et du comité de négociation de l’AQPP ont besoin du soutien de tous les membres de l’AQPP puisque l’avenir de la profession est en jeu. Il fait donc appel à la solidarité des pharmaciens propriétaires au cas où des mesures draconiennes devaient être prises dans les semaines à venir.

Et aujourd’hui …
Dans les mois qui suivent, l’AQPP entreprend une opération médiatique afin de faire connaître le rôle essentiel des pharmaciens dans la protection de la santé publique. De nombreux articles sont publiés dans les quotidiens pour faire connaître les revendications de l’AQPP. Après plusieurs rencontres avec les représentants du gouvernement, les dirigeants de l’AQPP obtiennent finalement gain de cause sur certains points.

C’est en juillet 1973 que le Code des professions ainsi que les 56 projets de loi qui en découlent sont adoptés. Finalement, la nouvelle Loi sur la pharmacie consacre l’aboutissement des efforts de professionnalisation entrepris par les pharmaciens au début des années 1960, puisque la pharmacie clinique en constitue le principe central. Cette loi confère des pouvoirs accrus au Collège des pharmaciens, qui devient l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ), afin de réglementer la pratique. De plus, le pharmacien devient responsable du contrôle de la distribution des médicaments. L’exercice de la pharmacie est dorénavant défini comme « tout acte ayant pour objet de préparer ou vendre, en exécution ou non d’une ordonnance, un médicament ou un poison. » Le pharmacien est aussi tenu de communiquer les renseignements sur l’usage prescrit ou reconnu des médicaments ou poison en plus de constituer un dossier pour chaque patient et d’en faire l’étude pharmacologique. (Source : Loi sur la pharmacie, 1973)

Depuis ce temps, le système professionnel a été révisé en profondeur au début des années 2000 afin d’élargir le champ d’activités de plusieurs professions et favoriser une meilleure interdisciplinarité dans le secteur de la santé. Ainsi, de nouveaux actes ont été accordés aux pharmaciens en 2003 et à nouveau en 2011, avec l’adoption du projet de loi 41 (Loi modifiant la Loi sur la pharmacie). Dans ce dernier cas, les négociations entourant la rémunération des nouveaux actes ont retardé la mise en application de la loi jusqu’en 2015. En effet, même si sept nouveaux actes sont reconnus aux pharmaciens, seulement quatre d’entre eux sont rémunérés : la prescription d’analyses de laboratoire, la substitution de médicaments en cas de rupture d’approvisionnement et l’administration d’un médicament pour en démontrer l’usage ne seront cependant pas couverts.

Selon l’AQPP, en «limitant la couverture de certains de ces services et en fixant à 0$ la valeur de certains autres, le gouvernement vient en quelque sorte mettre en doute la qualité et la valeur ajoutée de ces services. Il soulève un questionnement quant à la pertinence même de les offrir». (Source : AQPP, À la recherche de stratégies négociées…) Par de telle pratique, certains concluent que le gouvernement accorde encore une fois plus de valeur ajoutée aux activités de distribution offertes par un pharmacien qu’à ses activités cliniques. Même 30 ans plus tard, M. Comtois s’insurgerait en voyant que l’exécution d’une ordonnance est encore liée à un acte mercantile de distribution. Pour l’AQPP, le fait de ne pas couvrir certains actes cliniques nuit à l’image professionnelle des pharmaciens et remet en doute le virage clinique tant désiré par la profession. Les conditions ainsi imposées auront pour effet de réduire l’accès aux soins de santé pour une bonne partie de la population (réduction des heures d’ouverture des pharmacies, réduction de la main-d’œuvre qualifiée, etc.).

L’OPQ tient pour sa part le même discours que l’AQPP sur cette question. Son président, Bertrand Bolduc, soutient que «le mode de rémunération actuel des pharmaciens, axé sur la distribution et les produits eux-mêmes, n’est plus soutenable. Il faut absolument tenir compte de l’orientation que nous avons donnée à la pratique des pharmaciens, axée sur la prestation de services à valeur ajoutée, l’optimisation et la prise en charge de la pharmacothérapie». (Source :

Être ou ne pas être, même 30 ans plus tard, telle est toujours la question!

Références :
AQPP.  À la recherche de stratégies négociées, porteuses et durables pour le Régime général d’assurance médicaments. Mémoire présenté à la Commission des finances publiques dans le cadre des consultations sur le projet de loi no 28. Janvier 2015. Disponible en ligne : http://www.monpharmacien.ca/wp-content/uploads/2015/01/memoire_aqpp_-_pl_28_-_janvier_20152.pdf (page consultée le 4 février 2016).

Bussières JF, Marando  N. Histoire de Québec Pharmacie (60e anniversaire). Annales de l’Unité de recherche en pratique pharmaceutique, 9 Janvier 2014.

Chalvin S. Les pharmaciens propriétaires veulent être considérés comme professionnels. Le Devoir, 18 février 1972, p. 3.

Chalvin S. Le double objectif des pharmaciens : protéger le public et leurs intérêts. Le Devoir, 23 août 1972, p.9.

Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec. Montréal : Musée d’histoire de la pharmacie, 1994, 333 p.

Comtois Y. Écoeurés? Oui nous le sommes! Québec Pharmacie 1972 (mars);no 207: 7.

Desrochers J. Le statut de techniciens rebute les pharmaciens. La Presse, 18 février 1972, p. A3.

Filteau J. 200 000 ordonnances dangereuses soumises aux pharmaciens chaque année. La Presse, 1er mai 1972, A1, A5.

Giguère M. Les pharmaciens-propriétaires préfèrent l’étatisation aux investisseurs de capitaux. Le Soleil, 18 février 1972, p. 11.

Leduc C. Déplafonnement : « Acceptable seulement si la mesure est temporaire », estime l’OPQ. Site Profession Santé, 3 février 2016. [en ligne] : http://www.professionsante.ca/pharmaciens/actualites/infos-professionnelles/deplafonnement-acceptable-seulement-si-la-mesure-est-temporaire-estime-lopq-33755  (page consultée le 4 février 2016).

Lemoine G. Mirage et déception. Québec Pharmacie 1972 (mars);no 207: 9.

Les pharmaciens propriétaires menacent de fermer. La Presse, 1er mars 1972, C11.

Loi sur la pharmacie, L.Q., 1973, c.51.

Auteurs :
Alexandre Meunier-Sirois
Nancy Marando

Création : 4 février 2016
Mise à jour : 15 juin 2017
Publication : 16 juin 2017

 

 

L’heure de vérité approche (Bulletin de l’APDM-PQ, mai 1964)

Contexte
Au début des années 1960, la pharmacie fait face à une seconde vague de mercantilisme : confrontés à une concurrence accrue de la part de marchands, épiciers  et magasins à rabais, de nombreux pharmaciens utilisent des stratégies commerciales qui font le succès de leurs concurrents (rabais, primes sur l’achat de certaines quantités de médicaments, etc.) et élargissent la gamme de produits offerts dans leur commerce, sous prétexte qu’il leur est impossible de survivre en ne vendant que des médicaments.

Ces pratiques, qui ternissent l’image publique des pharmaciens, sont contestées par certains de leurs collègues, si bien qu’une équipe souhaitant faire la lutte au mercantilisme au profit de la valorisation de la profession, est élue à la tête du Collège des pharmaciens. Pendant plusieurs mois, les dirigeants du Collège des pharmaciens consultent les diverses associations de pharmaciens afin de proposer des amendements à la Loi de pharmacie qui reflèteraient les nouvelles visées du groupe. L’un des éléments-clés du projet présenté par le Collège des pharmaciens est que l’exclusivité de la vente des médicaments brevetés (médicaments en vente libre) et vitamines soit octroyée aux pharmaciens.

Le projet du Collège des pharmaciens est soumis au gouvernement au début de l’année 1963, mais ce n’est qu’en mai 1964 que des audiences ont lieu au Parlement pour étudier les différents amendements proposés. À cette occasion, les pharmaciens sont invités à se déplacer à Québec et à faire preuve de solidarité en assistant aux débats concernant le projet de loi. C’est dans ce contexte que le président de l’APDM-PQ lance un appel à ses membres dans sa chronique.

Résumé de l’éditorial
L’élaboration du projet de modification de la Loi de pharmacie par le Collège des pharmaciens a fait l’objet de nombreuses discussions avec les associations pharmaceutiques, et certaines propositions ont déplu à des groupes de pharmaciens. Les travaux du Collège des pharmaciens ont fait ressortir les dissensions entre tenants du mercantilisme et ceux adhérant à une vision plus professionnelle de la pharmacie. Or, le temps des débats est terminé. Les pharmaciens doivent maintenant s’unir et faire preuve de solidarité face aux décideurs afin d’assurer le succès du projet. Le président de l’APDM-PQ, Paul-A. Lavigne souligne que le projet de réforme présenté par le Collège des pharmaciens représente un bon compromis : il défend les intérêts de la majorité en plus de protéger la santé publique. C’est pourquoi l’APDM-PQ appuie le projet qui sera présenté devant le Comité des Bills publics. Il invite donc tous les membres de l’Association à manifester leur appui au Collège des pharmaciens lors des audiences qui auront lieu le 14 mai 1964 au Parlement.

Et aujourd’hui …
Lors de l’étude du Bill 96 (amendements à la Loi de pharmacie), plus de 600 pharmaciens sont présents à Québec pour appuyer le Collège des pharmaciens. Plus de 700 télégrammes ont été préalablement envoyés par des pharmaciens aux ministres et députés pour défendre leur point de vue et certains ont même fermé boutique, le 14 mai, pour se déplacer à Québec et assister aux audiences du Comité des bills publics.

Une partie des pharmaciens présents à la présentation du projet de loi (Bill 96) au Comité des bills publics, le 14 mai 1964.
Source: Bulletin de l’APDM-PQ, juin 1964, page couverture

Ce contingent impressionnant n’a cependant pas semblé influencer les ministres présents et plusieurs commentaires désobligeants envers les pharmaciens ont été entendus au cours de la journée. Alors que les pharmaciens réclamaient l’exclusivité de la vente de médicaments brevetés et vitamines, leurs opposants répliquent que « la petite employée de 18 ans qui vend chez le pharmacien n’est pas plus qualifiée que celle de l’épicier. » (Source : Payette PE, Bulletin de l’APDM-PQ, juin 1964) Le premier ministre Jean Lesage reproche aussi au Collège des pharmaciens le manque de rigueur de son projet de loi :

« Tant que vous continuerez à vendre des balounes, des bébelles, du chocolat et des clous, nous ne pourrons pas vous donner satisfaction. […] Vous voulez pour tous une législation sévère, mais non pas pour vous-mêmes. Imposez-vous une auto-discipline et, quand ce sera fait, alors revenez avec votre proposition. »

(Source : Lesage refuse de donner satisfaction aux pharmaciens ‘vendeurs de balounes’…)

Ainsi, le monopole de la vente de médicaments brevetés et vitamines est refusé aux pharmaciens. Les ministres se rangent du côté des marchands détaillants, manufacturiers de médicaments brevetés, épiciers et grossistes, représentés par leurs avocats pendant les audiences, qui font valoir qu’un tel monopole entraînerait une augmentation des prix des médicaments. La demande des pharmaciens est donc rejetée afin de ne pas nuire à la liberté de commerce, d’autant plus qu’aucune preuve suffisante n’a été présentée pour démontrer que la santé du public serait ainsi protégée.

Malgré cet échec, plusieurs amendements ont été apportés à la Loi de pharmacie et ont permis l’amorce de réformes souhaitées par les dirigeants du Collège des pharmaciens. Le droit à des honoraires professionnels, la possibilité de réglementer la publicité et la tenue des pharmacies, la restriction du droit de vente de médicaments par les médecins et les changements aux conditions d’admission à l’étude de la pharmacie sont quelques-uns des gains réalisés parmi les 24 amendements suggérés par le Collège des pharmaciens.

Dans les années qui suivent, le Collège des pharmaciens adopte des règlements touchant la publicité professionnelle et la tenue des pharmacies, règlements qui sont contestés juridiquement par certains pharmaciens. Par ailleurs, les médicaments disponibles sans ordonnances peuvent toujours être vendus ailleurs qu’en pharmacie. En effet, le Règlement sur les conditions et modalités de vente des médicaments, adopté en 1998, stipule que « tout médicament qui n’est pas inscrit à une annexe du présent règlement peut être vendu par quiconque, sans restriction. »

Depuis l’amendement à la Loi de pharmacie en 1964, cette dernière a subi une refonte complète et devient la Loi sur la pharmacie en 1973. Reflétant le virage clinique de la profession, cette loi est modifiée périodiquement depuis pour refléter l’évolution de la pratique. Les modifications les plus récentes ont été faites en 2003 (projet de loi 90) et 2014 (loi 41) et ont permis d’élargir le cadre des activités réservées aux pharmaciens. En plus d’octroyer le droit aux pharmaciens d’initier ou ajuster la pharmacothérapie et de prescrire un médicament pour la contraception orale d’urgence en 2003, la Loi sur la pharmacie reconnaît maintenant sept nouvelles activités réservées aux pharmaciens, soit  :

  • la prolongation des ordonnances médicales;
  • l’ajustement d’une ordonnance;
  • la substitution d’un médicament prescrit lors de rupture d’approvisionnement;
  • l’administration d’un médicament afin d’en démontrer l’usage approprié;
  • la prescription et l’interprétation des analyses de laboratoire pour suivi de la thérapie (pour les pharmaciens en établissements de santé);
  • la prescription des analyses de laboratoire à des fins de surveillance (en pharmacie communautaire);
  • la prescription d’un médicament lorsqu’aucun diagnostic n’est requis;
  • la prescription de médicaments pour certaines conditions mineures dont le diagnostic et le traitement sont connus.

(Source : Ordre des pharmaciens, Nouvelles activités)

Références :
Application de la loi 41 : Nouvelles activités. Site de l’Ordre des pharmaciens du Québec. [en ligne] : http://www.opq.org/fr-CA/pharmaciens/application-de-la-loi-41/nouvelles-activites/ (page consultée le 4 février 2016).

Collin J. Changement d’ordonnance : Mutations professionnelles, identité sociale et féminisation de la profession pharmaceutique au Québec, 1940-1980. Montréal : Boréal, 1995, 239 p.

Collin J., Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec. Montréal : Musée de la pharmacie du Québec, 1994, 333 p.

Genois Gagnon JM. Entrée en vigueur de la loi 41 : maux de tête pour les pharmaciens. La Presse, 20 juin 2015. [En ligne] http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/sante/201506/20/01-4879804-entree-en-vigueur-de-la-loi-41-maux-de-tete-pour-les-pharmaciens.php (page consultée le 4 février 2016).

La législature refuse d’accorder aux pharmaciens le monopole de la vente des médicaments brevetés. La Presse, 15 mai 1964, p. 17.

Lesage refuse de donner satisfaction aux pharmaciens ‘vendeurs de balounes’, La Presse, 15 mai 1964, p. 17.

Payette PE. J’ai vécu quelques-unes des péripéties de notre bill! Bulletin de l’APDM-PQ 1964 (juin);no115 : 7-9.

Québec. Règlement sur les conditions et modalités de vente des médicaments, chapitre P-10, r. 12, à jour au 1er avril 2017, [Québec], Éditeur officiel du Québec, c2017. [en ligne] : http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cr/P-10,%20r.%2012 (page consultée le 30 mai 2017). 

Auteurs :
Pierre-André Savard
Nancy Marando

Création : 4 février 2016
Mise à jour : 1er juin 2017
Publication : 2 juin 2017

Les économiquement faibles et nous (Bulletin de l’APDM, janvier 1966)

TABLEAU

Contexte
De nombreuses réformes menant l’État à jouer un rôle beaucoup plus interventionniste dans la prestation de soins et services de santé sont entreprises au Québec dans les années 1960. Le financement et la gestion du système de santé sont alors graduellement pris en charge par le gouvernement après que la Commission royale sur les services de santé au Canada (Commission Hall), créée en 1961, en soit venue à la conclusion que « l’État doit agir à titre de pourvoyeur et de gestionnaire d’un programme de services et de santé accessible à tous ». (Source : Histoire de la pharmacie au Québec, p. 265). Selon la Commission, à l’époque, près de la moitié de la population canadienne ne bénéficiait d’aucune assurance en matière de soins de santé, et ce faisant, d’aucun filet de sécurité médicale.

Dans la foulée de ces recommandations, le gouvernement du Québec adopte, en 1966, la Loi sur l’assistance médicale qui assure une couverture pour les soins médicaux des assistés sociaux. Puis, afin d’entreprendre une étude en profondeur de son système de santé, le gouvernement met sur pied la Commission d’enquête sur la santé et le bien-être social en 1966. Cette dernière en vient à recommander l’implantation au Québec d’un régime de santé universel.

La Loi sur l’assistance médicale, adoptée en 1966, se voulait en quelque sorte la première étape vers la mise sur pied de ce régime de santé universel. En vertu de cette loi, le gouvernement remboursait les honoraires des médecins offrant des soins médicaux et chirurgicaux ainsi que les coûts des examens diagnostics réalisés sous ordonnances médicales dans les services externes des hôpitaux pour les bénéficiaires de l’assistance sociale.

Il était aussi question d’étendre la couverture aux médicaments fournis à cette clientèle. Il semble que la mesure n’ait pas été adoptée dans la Loi sur l’assistance médicale, mais dès 1967, des discussions s’amorcent pour mettre en place un programme permettant de distribuer gratuitement les médicaments aux plus démunis. Dans ce contexte, certains pharmaciens craignent, à l’époque, qu’une partie de leurs revenus soient amputés. De houleuses négociations se mettent en branle entre le gouvernement et les représentants de l’Association des pharmaciens détaillants de Montréal et de la province de Québec (APDM-PQ). L’éditorial de Gilles Lemoine est rédigé alors que les discussions s’amorcent au sujet de la couverture des médicaments pour les plus démunis.

Résumé
L’éditorial de Gilles Lemoine présente le point de vue des dirigeants de l’APDM-PQ alors que s’amorcent les discussions entourant la distribution des médicaments aux bénéficiaires de l’assistance sociale, dans le cadre de la Loi sur l’assistance médicale. Prétextant que les pharmaciens ne sont déjà pas les professionnels les mieux rémunérés, il s’oppose à ce que les revenus des pharmaciens soient affectés par une mesure venant en aide aux plus démunis. Selon lui, les pharmaciens sont des citoyens à part entière, qui paient déjà leurs impôts, et qui ne devraient être touchés de surcroît afin que soient offerts gratuitement les médicaments aux assistés sociaux. L’APDM-PQ clame d’ailleurs qu’il est injuste, voire même discriminatoire, de demander aux pharmaciens de sacrifier une partie de leurs profits pour aider à solutionner un problème dont la responsabilité incombe à la société en général. Selon l’éditorialiste, le devoir social d’offrir à tous un minimum de soins de santé doit être réparti également entre tous les membres de la société et non retomber davantage sur un groupe en particulier.

Et aujourd’hui …
Les négociations entamées en 1966 entre les dirigeants de l’APDM-PQ, qui devient l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) en 1970, et le ministère des Affaires sociales (MAS) se poursuivent pendant plusieurs années. Ce n’est qu’en 1972 que les deux parties concluent une entente qui permet aux pharmaciens de recevoir des honoraires professionnels, en plus du remboursement du coût des médicaments, dans le cadre du programme assurant la couverture médicamenteuse des assistés sociaux. Ces éléments font partie d’une convention de travail signée par l’AQPP et le MAS et qui reconnaît la rémunération à l’acte des pharmaciens du secteur communautaire.

Depuis cette époque, le gouvernement a continué à rembourser les honoraires des pharmaciens pour le traitement des prescriptions des bénéficiaires de l’aide sociale et des personnes âgées. La négociation de certaines ententes entre le gouvernement et les pharmaciens propriétaires s’est cependant révélée plus difficile. Par exemple, au début des années 1990, les membres de l’AQPP exercent des moyens de pression afin que leurs honoraires soient indexés. Une entente est ratifiée en février 1992 et prévoit une hausse de tarifs de l’ordre de 19,4% pour une période allant de 1989 à 1993, en plus du remboursement du coût des médicaments aux pharmaciens selon le prix réel d’acquisition.

En 1997, le gouvernement met en place le régime général d’assurance médicaments (RGAM) qui assure la couverture pour les frais liés aux médicaments pour toutes les personnes n’étant pas assurées par un régime d’assurance privé. L’entrée en vigueur de ce programme, combinée au virage ambulatoire, a augmenté la tâche des pharmaciens du secteur communautaire en plus d’exercer une pression à la hausse sur les salaires et les frais d’administration des pharmacies. La négociation d’une nouvelle entente entre l’AQPP et le gouvernement en 1998 a mené à nouveau à des affrontements alors que les pharmaciens, qui réclamaient une hausse des honoraires, menaçaient de se retirer du RGAM en cas d’échec des négociations. Les négociations se concluent en février 2001 avec l’adoption d’une loi spéciale par le gouvernement qui interdit aux pharmaciens de se retirer du RGAM.

Enfin, l’adoption de la Loi 41, dans le contexte d’austérité budgétaire, a mené à un nouveau bras de fer entre le gouvernement et l’AQPP. Adoptée en 2011, la Loi 41, qui reconnaît sept nouveaux actes aux pharmaciens, devait entrer en vigueur en 2014. Mais, en adoptant le projet de loi 28 en avril 2015, le gouvernement décrète unilatéralement les conditions de rémunération des nouveaux actes en plus d’imposer des coupures d’honoraires de près de 150 millions de dollars aux pharmaciens. Une entente conclue quelques heures avant l’entrée en vigueur de la Loi 41, le 20 juin 2015, a permis de déterminer les honoraires liés quatre des nouveaux actes identifiés dans la loi, en échange du déplafonnement des allocations professionnelles. Cette entente a par la suite été répudiée par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, et l’AQPP a porté la cause en arbitrage. Ce n’est qu’en avril 2017 qu’une entente a été entérinée. Selon celle-ci, le ministère de la Santé et des Services sociaux met fin aux prélèvements sur les honoraires des pharmaciens et rétablit à 15% la limite du taux des allocations professionnelles que peut recevoir un pharmacien.

Références :
AQPP. Les membres de l’AQPP entérinent l’entente de principe intervenue avec le MSSS relativement au litige qui les opposait. Communiqué de presse, 12 avril 2017. [en ligne] : http://www.monpharmacien.ca/wp-content/uploads/2017/04/Communiqu%C3%A9_acceptation-de-lentente-MSSS.pdf (page consultée le 17 mai 2017).

Boissinot D. Assurance médicaments : l’iniquité du point de vue d’un pharmacien propriétaire. Le Soleil, 24 juin 2015. [en ligne] : http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/carrefour/201506/22/01-4880173-assurance-medicaments-liniquite-du-point-de-vue-dun-pharmacien-proprietaire.php (page consultée le 11 février 2016).

Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec. Montréal : Musée d’histoire de la pharmacie, 1994, 333 p.

Daoust-Boisvert A. Québec impose ses conditions aux pharmaciens. Le Devoir, 27 novembre 2014.

Gaumer B. Le Système de santé et des services sociaux du Québec. Une histoire récente et tourmentée : 1921-2006. Québec : Les Presses de l’Université Laval, 2008.

Honoraires professionnels. Le Soleil, 7 décembre 2000, A12.

Les pharmaciens propriétaires ratifient l’entente de principe avec le gouvernement. Le Soleil, 22 février 1992, A5.

Pelchat P. Assurance médicaments : Ottawa élabore un régime universel, croit Barrette. Le Soleil, 27 janvier 2015. [en ligne]: http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/sante/201501/26/01-4838708-assurance-medicaments-ottawa-elabore-un-regime-universel-croit-barrette.php (page consultée le 11 février 2016).

Auteurs :
Alexandre Meunier-Sirois
Nancy Marando

Création : 11 février 2016
Mise à jour : 18 mai 2017
Publication : 19 mai 2017

Techniquement parlant – Québec Pharmacie (Mai 1990)

tableau

Contexte
L’éditorial de Raymond Chevalier fait renaître un débat récurrent depuis les années 1960 dans le milieu pharmaceutique, soit la pertinence d’une classe de personnel auxiliaire qualifié pour soutenir les pharmaciens et ses répercussions sur la pratique de ces derniers.  Ce débat prend naissance dans les années 1960 et se poursuit dans les décennies suivantes au fil des transformations touchant la pratique des pharmaciens.

Jusqu’en 1973, une disposition de la Loi de pharmacie permettait à des étudiants en pharmacie ayant complété leurs études, mais n’ayant jamais obtenu leur licence de pratique, de travailler dans une pharmacie en portant le titre d’assistant-pharmacien. Ce système, bien que contesté vivement par les dirigeants des écoles de pharmacie et considéré dangereux pour la santé publique, permettait néanmoins aux pharmaciens de bénéficier d’une main-d’œuvre à bon marché.  La volonté de redorer l’image de la profession dans le contexte de la mise sur pied du régime de santé universel et les changements inhérents à l’introduction du concept de pharmacie clinique ont rapidement mis en évidence l’importance de se doter d’un personnel de soutien mieux qualifié.

Au début des années 1970, des discussions ont cours en vue de créer une classe de personnel auxiliaire et de mettre sur pied un programme de formation de niveau collégial. Les besoins en personnel de soutien étant grandement différents d’un milieu à l’autre, les pharmaciens demeurent divisés à ce sujet. Alors que les pharmaciens d’hôpitaux considèrent que le recours à du personnel technique dûment qualifié est une occasion inouïe de délaisser les tâches cliniques au profit d’activités où leur jugement professionnel est requis, les pharmaciens propriétaires craignent plutôt que l’existence d’une classe d’assistants ne dévalorise leur profession, quitte à mener à la disparition complète du pharmacien. Ces inquiétudes cachent aussi une crainte de devoir consentir des salaires plus élevés à du personnel qui pourrait devoir acquérir une formation supplémentaire et ainsi revendiquer un meilleur statut. Dans ce contexte, le Collège des pharmaciens abandonne l’idée de créer une classe de personnel de soutien ainsi qu’un programme de formation.

Lorsque la nouvelle Loi sur la pharmacie est sanctionnée en 1973, aucune disposition n’est donc prévue pour octroyer un statut légal au personnel auxiliaire en pharmacie. Par contre, le Collège des pharmaciens, devenu l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) en 1973, peut « déterminer parmi les actes visés à l’article 17 ceux qui, suivant certaines conditions prescrites, peuvent être posés par des classes de personnes autres que des pharmaciens ». Les représentants de tous les secteurs pharmaceutiques saisissent alors l’occasion pour définir les tâches relevant du pharmacien et celles relevant du personnel auxiliaire et le Règlement déterminant les actes visés à l’article 17 de la Loi sur la pharmacie pouvant être exécutés par des classes de personnes autres que des pharmaciens (le Règlement) est finalement adopté en 1974. Ce règlement prévoit qu’une personne peut, sous la surveillance d’un pharmacien, vendre des médicaments et poisons et constituer le dossier-patient, en plus d’exécuter des tâches techniques reliées à la préparation des médicaments, en exécution ou non d’une ordonnance.

Face au refus de la profession de se doter d’une classe de personnel de soutien, les pharmaciens d’hôpitaux vont tout de même utiliser les dispositions du Règlement pour développer, dans la décennie suivante, leurs propres programmes de formation en cours d’emploi en plus de devenir des précurseurs de la délégation d’actes. Dans plusieurs établissements, le rôle des assistants techniques en pharmacie (ATP) s’élargit pour englober, par exemple, le conditionnement des médicaments intraveineux, l’addition aux solutés ou la vérification contenant-contenu, ce qui permet aux pharmaciens de se consacrer à des activités plus cliniques. Malgré cela, les pharmaciens d’hôpitaux jugent que le Règlement est trop vague et qu’il nuit à l’application du concept de pharmacie clinique. Ils accentuent alors leurs pressions sur l’OPQ pour que soit précisée l’étendue des actes pouvant être délégués en plus de réclamer la mise sur pied d’un programme de formation uniforme pour les ATP.

En 1984, l’OPQ prend position en faveur de la formation des assistants-techniques, ce qui rend possible la création du diplôme d’études professionnelles (DEP) d’assistance technique en pharmacie. Mis sur pied par le ministère de l’Éducation en 1987, le cours est offert pour la première fois à la Commission scolaire de Châteauguay en février 1988. Ce programme de 900 heures compte un tronc commun de 450 heures et deux blocs de 225 heures chacun, l’un pour le secteur communautaire et l’autre pour le secteur des établissements de santé. En 1989, une décision arbitrale vient confirmer la pertinence de resserrer les exigences à l’embauche des assistants techniques dans les établissements de santé, et d’y ajouter notamment le diplôme d’études professionnelles en assistance en pharmacie, ce qui confirme la reconnaissance du DEP à l’embauche.

Finalement, après plusieurs années de discussions, l’OPQ adopte, en décembre 1989, la norme 90.01 qui sanctionne des pratiques déjà implantées en milieu hospitalier. Cette norme décrit les 55 tâches pouvant être confiées à un non-pharmacien sous la surveillance d’un pharmacien autant en pharmacie communautaire qu’en pharmacie d’établissement de santé tout en précisant la nature des tâches et le type de surveillance qui peut y être associée.

La mise sur pied d’un cours d’assistance technique en pharmacie confère une certaine reconnaissance aux ATP et favorise leur organisation professionnelle. Certaines des ATP de l’Hôpital Royal Victoria, dont Josie Caporelli, Marie-France Moquin, Jocelyne Perron et Ginette Lavoie, qui comptent parmi les premières diplômées du nouveau DEP, se regroupent en 1986 pour fonder l’Association québécoise des assistants techniques en pharmacie (AQATP), un chapitre indépendant de la Canadian Association of Pharmacy Technicians, formée en 1983. Fondée pour promouvoir l’intérêt et la formation des ATP du Québec, l’AQATP a pour objectif d’encourager ses membres à obtenir le DEP en assistance technique et de favoriser leur développement professionnel par la mise sur pied de journées de formation continue et la publication d’une revue, le Techni-Pharm.

Résumé de l’éditorial
L’éditorial de Raymond Chevalier illustre bien l’opinion de bon nombre de pharmaciens à l’époque au sujet de la création d’une classe d’auxiliaires et les craintes suscitées par les éventuelles revendications de ces derniers. Comme plusieurs de ses collègues du secteur communautaire, il considère inutile de concevoir un programme de formation unique pour les ATP étant donné que la meilleure formation ne peut être obtenue qu’en milieu de travail, d’autant plus que les outils, ressources et équipements varient grandement d’un milieu à l’autre. En prenant connaissance des objectifs de l’AQATP, monsieur Chevalier craint que cette dernière n’élargisse le spectre de ses revendications pour un jour devenir un syndicat, ou encore pour réclamer des privilèges qui empièteraient sur ceux des pharmaciens.

Et aujourd’hui …
Depuis le début des années 2000, le programme de formation en assistance technique en pharmacie a été bonifié et la norme 90.01 a été mise à jour afin de mieux répondre aux besoins des pharmaciens. Touchés par une forte pénurie d’effectif, de l’ordre d’environ 20%, les pharmaciens d’hôpitaux devaient recourir à du personnel de soutien mieux qualifié pour assurer une prestation adéquate de soins et services pharmaceutiques. Ils ont donc réclamé une amélioration de la formation des ATP afin de leur déléguer un plus grand nombre de tâches. Un groupe de travail regroupant les  représentants de l’Association des pharmaciens des établissements de santé (A.P.E.S.), de l’OPQ, de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) et de l’Association des bannières et des chaînes de pharmacie du Québec (ABCPQ) est formé en 2002 pour étudier la possibilité de rehausser la formation au niveau collégial. En l’absence de consensus sur cette question, il est plutôt décidé de bonifier le programme en vigueur en augmentant le nombre d’heures de stages en hôpital, faisant ainsi passer la formation de 1200 à 1230 heures. Un projet-pilote est tout de même mis sur pied au cégep de Rivière-du-Loup en 2004 avec l’appui de l’A.P.E.S. et de l’AQATP. Menant à une attestation d’études collégiales, le programme offre 1410 heures de cours et accueille une seule cohorte de 18 étudiants en 2005, le ministère de l’Éducation refusant à trois reprises d’agréer un programme trop similaire à celui offert au niveau secondaire. Finalement, l’élargissement du champ de pratique des pharmaciens dans les années 2000 amène l’OPQ à revoir le cadre normatif entourant la délégation d’actes et à adopter, en 2010, la norme sur la délégation en pharmacie (norme 2010.01) qui définit à nouveau les tâches pouvant être confiées à des non-pharmaciens, tant en établissement de santé qu’en officine.

La complexification des thérapies médicamenteuses, le vieillissement de la population et l’entrée en vigueur des nouvelles activités prévues à la Loi 41 ont amené l’OPQ à former un groupe de travail réunissant des représentants de l’A.P.E.S., l’AQPP, l’ABCPQ et l’AQATP pour réviser le rôle de l’assistant technique en pharmacie. Formé en 2011, le groupe de travail a élaboré des standards de pratique et des profils de compétences pour deux catégories d’emploi : le personnel de soutien technique et le personnel technique, ce qui permet assure une plus grande flexibilité aux pharmaciens qui peuvent recourir à la catégorie de personnel répondant le mieux à leurs besoins. Par ailleurs, dans le contexte où d’autres provinces canadiennes ont reconnu le statut juridique du technicien en pharmacie, le groupe de travail avait aussi pour mandat d’étudier le cadre réglementaire et normatif régissant les ATP. Ce dernier a privilégié l’encadrement réglementaire plutôt que de faire des ATP un groupe de professionnels. L’OPQ doit maintenant rédiger le projet de règlement qui ne pourra voir le jour que lorsque les ministères impliqués auront statué sur la création d’un programme de formation de niveau supérieur.

Références :
Bussières JF, Marando N. De l’apothicaire au spécialiste : Histoire de la pharmacie au Québec, APES, Montréal, 2011, 549 p.

Liste des écoles offrant la formation d’assistant technique en pharmacie. Site de l’AQATP. [en ligne] : http://www.aqatp.ca/fr/centres-formation  (page consultée le 16 février 2016).

Projet de révision du rôle des assistants techniques en pharmacie. Un premier pas est franchi. L’Interaction 2013 (mars-avril);2(3) :6-9. [en ligne] : http://www.myvirtualpaper.com/doc/odp/interaction_vol2no3/2013021901/#6 (page consultée le 8 mai 2017).

Projet de révision du rôle des assistants techniques en pharmacie. Vers un encadrement réglementaire. L’Interaction 2016 (printemps);5(3) :11-12. [en ligne] : http://www.myvirtualpaper.com/doc/odp/linteraction_vol5_no3/2016022203/#10 (page consultée le 8 mai 2017).

Auteurs :
Pierre-André Savard
Nancy Marando

Création : 12 février 2016
Mise à jour : 9 mai 2017
Publication : 12 mai 2017