Poulenc inc.

Dans le cadre du 400ème anniversaire de l’arrivée de Louis Hébert, l’URPP a entrepris des travaux de recherche sur le patrimoine pharmaceutique de la ville de Montréal. Dans cette section, il sera question de présenter un bâtiment ayant fait partie de l’histoire de la pharmacie métropolitaine.

Si vous détenez des renseignements complémentaires ou d’autres photos, n’hésitez pas à nous contacter pour bonifier la fiche de ce bâtiment à jeanfrancois.bussieres@gmail.com.

Pour voir ce bâtiment sur la carte, cliquez ici.

Sommaire du bâtiment:

Variables Données
Adresse civique 8580, rue Esplanade
Ville/Arrondissement/Quartier Montréal/Villeray-Parc-Extension
Bâtiment toujours existant Oui
Année de construction 1956
Propriétaire Gestion Multi-Services 2003 inc.
Style architectural
Nombre d’étages 2
Superficie 7 800,90 m2
Évaluation foncière 4 264 000 $
Historique des fonctions Locaux de compagnies pharmaceutiques
Fonction actuelle Bureaux de Pharmascience inc.
Nom de la pharmacie/institution/ compagnie Poulenc inc.
Période d’occupation en lien avec la pharmacie Années 1960 à aujourd’hui
Changements de propriétaires
Lien avec l’histoire de la pharmacie Bureaux de Poulenc inc.

Bureaux de Pharmascience inc.

Histoire du bâtiment:

Dans les années 1960, le bâtiment est utilisé par la compagnie Poulenc Inc., filiale canadienne du groupe français Rhone-Poulenc (maintenant Sanofi). Aujourd’hui, le bâtiment est occupé par la compagnie pharmaceutique montréalaise Pharmascience.

Poulen inc.

Ancien locaux de la compagnie Poulenc inc. Aujourd’hui, l’immeuble est occupé par Pharmascience. Source : Google map.

Auteurs: Catherine Raymond
Pierre-André Savard

Date de rédaction: 2016/08/05
Date de publication: 2018/09/18

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Pharmacie Gilles Cloutier

Dans le cadre du 400ème anniversaire de l’arrivée de Louis Hébert, l’URPP a entrepris des travaux de recherche sur le patrimoine pharmaceutique de la ville de Montréal. Dans cette section, il sera question de présenter un bâtiment ayant fait partie de l’histoire de la pharmacie métropolitaine.

Si vous détenez des renseignements complémentaires ou d’autres photos, n’hésitez pas à nous contacter pour bonifier la fiche de ce bâtiment à jeanfrancois.bussieres@gmail.com.

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Sommaire du bâtiment:

Variables Données
Adresse civique 1499 Fleury Est
Ville/Arrondissement/Quartier Montréal/Ahuntsic
Bâtiment toujours existant Oui
Année de construction 1954
Propriétaire Teresa Papasodaro
Style architectural
Nombre d’étages 2
Superficie 1344,60 m2
Évaluation foncière 1 855 100 $
Historique des fonctions Pharmacie d’officine
Fonction actuelle Commerce
Nom de la pharmacie/institution/ compagnie Pharmacie Gilles Cloutier
Période d’occupation en lien avec la pharmacie 1956 à ?
Changements de propriétaires
Lien avec l’histoire de la pharmacie Pharmacie d’officine

Histoire du bâtiment:

Dans les années 1950, le pharmacien Gilles Cloutier ouvre une pharmacie au 1499 Fleury Est. Aujourd’hui, un magasin de vêtements occupe les locaux.

Pharma Gilles Cloutier

Emplacement de l’ancienne pharmacie Gilles Cloutier, Source : Google map

Auteurs: Catherine Raymond
Pierre-André Savard

Date de rédaction: 2016/08/16
Date de publication: 2018/09/11

Montreal College of Pharmacy

Dans le cadre du 400ème anniversaire de l’arrivée de Louis Hébert, l’URPP a entrepris des travaux de recherche sur le patrimoine pharmaceutique de la ville de Montréal. Dans cette section, il sera question de présenter un bâtiment ayant fait partie de l’histoire de la pharmacie métropolitaine.

Si vous détenez des renseignements complémentaires ou d’autres photos, n’hésitez pas à nous contacter pour bonifier la fiche de ce bâtiment à jeanfrancois.bussieres@gmail.com.

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Sommaire du bâtiment:

Variables Données
Adresse civique 163, Ontario Ouest
Ville/Arrondissement/Quartier Ville-Marie
Bâtiment toujours existant Non
Année de construction
Propriétaire
Style architectural
Nombre d’étages 3
Superficie
Évaluation foncière
Historique des fonctions Établissement d’enseignement de la pharmacie au Québec
Fonction actuelle
Nom de la pharmacie/institution/ compagnie Montréal College of Pharmacy
Période d’occupation en lien avec la pharmacie 1907-?
Changements de propriétaires
Lien avec l’histoire de la pharmacie Premier établissement d’enseignement de la pharmacie

Histoire du bâtiment:

Le Montreal College of Pharmacy est fondé en 1868 par un groupe de pharmaciens de la région métropolitaine. Dans un premier temps, l’école occupe des locaux dans des immeubles sur la rue De La Gauchetière. À l’époque, le Collège décerne un certificat qui permet aux diplômés d’accéder à l’examen final de l’Association pharmaceutique de la Province de Québec (ancêtre de l’Ordre des pharmaciens du Québec). Bien que l’institution dispense ses cours en anglais, les francophones représentent 20 à 30% de la clientèle estudiantine dès le début des années 1870. Ils deviennent majoritaires dès 1888 et, au début du XXe siècle, ils formeront 70% des effectifs.

Les importantes cohortes d’étudiants francophones vont réclamer à l’administration une offre de cours en français. Après plusieurs refus de la direction, les étudiants obtiendront la dispensation en français des cours de chimie et de matière médicale. Au fil des ans, les étudiants réclameront un élargissement de la politique de bilinguisme.

En 1906, la création de l’École de pharmacie Laval à Montréal cause préjudice au Montreal College of Pharmacy. Le College perd en effet la moitié de ses étudiants et une partie de son corps professoral. De plus, l’institution a perdu son pouvoir d’attraction auprès de la clientèle francophone et le recrutement est de plus en plus difficile. En outre, le Montreal College of Pharmacy n’offre pas de diplôme universitaire contrairement à sa nouvelle rivale.

En 1907, les administrateurs du Montreal College of Pharmacy achètent un immeuble sur la rue Ontario pour y déménager l’école. À partir de 1912, l’institution entreprend des négociations afin de s’affilier à l’Université McGill. L’annexion de l’école par l’université Mcgill sera officialisée en 1917. Le Montreal College of Pharmacy devient dès lors un département de pharmacie au sein de la Faculté de médecine. Malgré l’annexion par l’Université McGill, les problèmes persistent et le département de pharmacie ferme ses portes en 1930.

Auteurs: Catherine Raymond
Pierre-André Savard

Date de rédaction: 2016/08/08
Date de publication: 2018/09/04

Sources:

  1. Johanne Collin et Denis Béliveau, Histoire de la pharmacie au Québec, Montréal, Musée de la pharmacie du Québec, p. 158-167, 178-182.
  2. Histoire pharmacie. https://histoirepharmacie.files.wordpress.com/2016/08/montreal-college-of-pharmacy.jpeg [En ligne]. (Site visité le 20160808).

Petite histoire de bâtiments associés à l’histoire de la pharmacie au Québec

Au printemps 2018, nous avons terminé la publication de nos blogues entourant le contenu de différents éditoriaux publiés dans Québec Pharmacie au cours des 50 dernières années.

À partir de l’automne 2018, nous nous intéresserons à la petite histoire de bâtiments associés à l’histoire de la pharmacie au Québec.  Ce projet a été réalisé avec la contribution de Catherine Raymond, Pierre-André Savard et Sarah Pelletier.  Initié dans la foulée du 350ème anniversaire de Montréal, nous avions l’ambition de créer une application mobile disponible gratuitement aux visiteurs de Montréal et du Québec, intéressé à repérer des bâtiments ayant contribué à la vie « pharmaceutique », tant en milieu communautaire (pharmacie d’officine), qu’en milieu hospitalier (hôpital et département de pharmacie) qu’en milieu industriel, académique ou réglementaire.

Le projet nous est rapidement apparu plus complexe que prévu ; les coûts de développement d’une application mobile pour Android et IOS sont très élevés.  La recherche documentaire sur les bâtiments s’est également avérée plus difficile que prévu.  Bien que nous ne renoncions pas au développement d’une telle application, nous avons choisi de publier le fruit actuel de nos travaux au cours de la prochaine année.  Parions que ce partage contribuera à des échanges nous permettant de bonifier le contenu et d’éventuellement publier un ouvrage sur les bâtiments pharmaceutiques ayant marqué l’histoire du Québec.

Bonne lecture au fil de la prochaine année, avec la reprise de petits articles hebdomadaires.

CHU Sainte-Justine, Montréal, Qc, Canada – lieu où est basée l’Unité de recherche en pratique pharmaceutique qui alimente ce blogue depuis 2013.

Jean-François Bussières, pharmacien

Les pharmaciens et la publicité (Québec Pharmacie, avril 1984)

Contexte
Avant les années 1970, la publicité était un moyen privilégié par les pharmaciens pour attirer les consommateurs dans leur officine. Cette publicité reposait sur la notoriété du pharmacien afin de vendre tous les produits disponibles en officine, autant les médicaments et articles de soins et d’hygiène que les produits n’ayant aucun lien avec le rôle professionnel du pharmacien. Plusieurs pharmaciens offraient des rabais et primes à l’achat de médicaments et publicisaient leurs prix réduits pour des services professionnels offerts, comme l’honoraire pour l’exécution d’une ordonnance.

Selon le Collège des pharmaciens, de telles activités nuisaient à l’image professionnelle du pharmacien. Un premier règlement interdisant toute publicité portant sur les actes professionnels liés aux ordonnances est donc sanctionné par le Collège des pharmaciens en 1969, mais est rapidement contesté par un groupe de pharmaciens. Ces derniers remettent en question la légitimité du Conseil des gouverneurs du Collège des pharmaciens dans l’élaboration de ces règlements et arguent que le règlement interdit une activité légitime, soit la vente d’autres produits que des médicaments. Se disant des professionnels et des commerçants, les pharmaciens de ce groupe, menés par Louis Michaud et Jean Coutu, croient que l’utilisation de techniques modernes de vente, qui incluent la publicité, est un moyen d’augmenter le volume de ventes pour mener éventuellement à une diminution des prix. Dans un mémoire présenté à la Commission permanente des Affaires sociales en 1971, les deux pharmaciens se demandent aussi « en quoi la santé du public serait menacée si on nous permettait d’informer ce [le] public du prix que nous lui chargeons pour remplir une ordonnance médicale. » (Dutrisac : Janvier 1971)

Puis, dans la foulée de la refonte de la Loi de pharmacie en 1973, l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) élabore un nouveau règlement sur la publicité. Dans sa nouvelle mouture, le règlement permet seulement l’utilisation du nom, des titres professionnels, de l’adresse et des heures d’ouverture dans la publicité faite par un pharmacien. Toute publicité à caractère commercial visant à encourager la consommation de médicaments ainsi que les escomptes, cadeaux, ristournes ou autres récompenses aux consommateurs sont prohibés par le règlement.

Ce projet de règlement suscite de vives réactions et amène l’Office des professions à tenir des audiences publiques pour permettre aux opposants de s’exprimer. À la suite de ces audiences, l’Office des professions recommande l’adoption intégrale du règlement sur la publicité. L’OPQ adopte son Code de déontologie en 1981, lequel comprend une section intitulée « Conditions, obligations et restrictions relatives à la publicité professionnelle ». Un des règlements de ce Code de déontologie spécifie qu’un « pharmacien ou une société de pharmaciens ne peut se désigner comme tel dans sa publicité concernant les biens offerts en vente en dehors de sa pharmacie ». (Code de déontologie des pharmaciens, 1981) Le règlemen sur la publcité est dès lors contesté et considéré comme une entrave à la liberté de commerce. Des procédures judiciaires sont entamées par une centaine de propriétaires de pharmacies de grandes surfaces faisant partie du groupe Jean Coutu, et vont se poursuivre jusqu’au milieu des années 1990.

C’est dans ce contexte que se situe l’éditorial de Diane Lamarre en 1984.

Résumé de l’éditorial 

L’éditorial de Diane Lamarre, en avril 1984, traite de l’amendement du règlement de l’OPQ sur la publicité des pharmaciens. Elle s’insurge contre le fait que des pharmaciens profitent de leur statut de professionnels de la santé à des fins commerciales. Le rôle de l’OPQ étant de protéger le public, il se doit d’intervenir et d’adopter un règlement pour mettre fin à cette situation. Par contre, Diane Lamarre doute que l’amendement au règlement sur la publicité ait l’effet escompté. Elle croit que le règlement pourra encore être contesté et que l’OPQ aurait dû le peaufiner avant de le proposer pour éviter des procédures judiciaires onéreuses.

Et aujourd’hui …
En 2008, l’OPQ se dote d’un nouveau Code de déontologie des pharmaciens dont les articles 94 à 107 portent sur la publicité professionnelle. En plus de circronscrire le type de publicité à laquelle peut s’adonner un pharmacien et de décrire les responsabilités de ce dernier en ce qui conerne l’utilisation de son titre, une portion du règlement concerne les liens des pharmaciens avec des entreprises commerciales. Un pharmacien ne peut être identifié comme tel dans une publicité à des fins commerciales et le pharmacien doit faire preuve de transparence et mentionner, dans une publicité concernant les activités qui lui sont réservées, l’entreprise avec laquelle il est affilié. Enfin, à propos de l’utilisation du titre professionnel dans une publicité, le Code de déontologie est explicite : « Le pharmacien doit s’abstenir d’utiliser ou de permettre que l’on utilise son titre professionnel, une abréviation de ce titre ou toute mention indiquant qu’il est pharmacien dans une publicité concernant des biens offerts en vente à l’extérieur de sa pharmacie.» (Québec, Code de déontologie des pharmaciens, 1er janvier 2016).

Au fil des ans, l’OPQ, plusieurs poursuites ont été intentées par l’OPQ pour faire respecter le règlement sur la publicité. L’un des plus connus est celui de la pharmacienne Michèle Boisvert. Après avoir été blâmée dans les 1970, en 2005 et en 2010 pour des manquements en matière de publicité, ce n’est qu’en 2014 qu’elle est finalement exclue de l’OPQ. Madame Boisvert reconnaît entre autres qu’elle avait permis à son entreprise d’utiliser son statut de pharmacienne pour faire la promotion de ses produits (La Presse, 16 décembre 2014).

Références :
Code de déontologie des pharmaciens, RRQ 1981, c P-10, r 5 [en ligne]: https://www.canlii.org/fr/qc/legis/regl/rrq-1981-c-p-10-r-5/derniere/rrq-1981-c-p-10-r-5.html (page consultée le 12 février 2018).

Code de déontologie des pharmaciens. R.Q., c. P-10, r. 16. [En ligne] http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=%2F%2FP_10%2FP10R7.htm (page consultée le 10 février 2016).

Demande d’injonction présentée contre les Pharm’escomptes Coutu. La Presse, 22 février 2016, B13.

Demi-victoire des pharmacies Coutu. La Presse, 14 janvier 1982, A9.

Dutrisac C. La publicité, en pharmacie, est-elle recommandable? La Presse, 23 avril 1971, A5.

La Cour d’appel suspend l’injonction. La Presse, 26 mai 1979, p. A2.

Larouche V. La reine de l’homéopathie chassée de l’Ordre des pharmaciens. La Presse, 16 décembre 2014. [en ligne] http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201412/15/01-4828571-la-reine-de-lhomeopathie-chassee-de-lordre-des-pharmaciens.php (page consultée le 10 février 2016).

Lizotte L. La Cour ordonne de s’en tenir à la publicité « professionnelle ». La Presse, 17 mai 1979, A1.

Auteurs :
Pierre-André Savard
Nancy Marando

Création : 11 février 2016
Mise à jour : 18 février 2018
Publication : 3 avril 2018

 

 

 

De choses et d’autres (Québec Pharmacie, septembre 1994)

Contexte
Dès les années 1970, les pharmaciens indépendants s’inquiètent pour leur survie face à la percée des chaînes de pharmacies à grande surface comme Jean Coutu, Pharmaprix et Cumberland. En effet, la part de marché des pharmacies à grande surface au Québec explose et passe de 4,4% en 1970 à 40% en 1976 (Source : Collin et Béliveau, 1994). Vingt ans plus tard, les chaînes de pharmacie à grande surface sont bien établies au Québec, mais l’arrivée d’un nouveau concurrent, Wal-Mart, en 1994, qui compte établir des pharmacies dans chacun de ses magasins, suscite bien des craintes dans le milieu pharmaceutique.

En 1994, Wal-Mart faisait l’acquisition des magasins Woolco au Canada. La compagnie comptait ouvrir 122 magasins au Canada, dont 22 au Québec, tous munis d’un comptoir pharmaceutique. Pour se conformer à la Loi sur la pharmacie au Québec, qui prévoit que tout établissement pharmaceutique doit être la propriété d’un pharmacien, Wal-Mart conclut des ententes avec 20 pharmaciens qui installeront leur comptoir dans les magasins.

Plusieurs de ces magasins Wal-Mart avec pharmacie se trouvent dans des centres commerciaux et livrent alors une concurrence directe aux pharmacies du Groupe Jean Coutu qui y étaient déjà établies. Ces pharmacies disposaient d’une clause d’exclusivité dans leur bail, interdisant l’établissement d’un concurrent dans le mail, mais la clause ne peut s’appliquer aux Wal-Mart. Ces magasins signent un bail avec le propriétaire du centre commercial mais peuvent ensuite louer leurs espaces à qui bon leur semble.

Au moment où l’éditorial de Manon Lambert est publié, on compte 21 magasins Wal-Mart au Québec, dont dix avec pharmacie.

Résumé de l’éditorial
À l’approche de l’arrivée de Walmart au Québec, Manon Lambert constate que les pharmaciens propriétaires de pharmacies de grandes surfaces ont récupéré les arguments que propriétaires de pharmacies de quartiers utilisaient jadis contre eux en vantant la qualité de leurs services face aux prix réduits et aux heures d’ouverture prolongées des superchaînes. Désormais, les pharmacies grandes surfaces, telles Jean-Coutu, Pharmaprix et Uniprix entre autres, mettent de l’avant leurs « petites surfaces » et leur service personnalisé pour attirer la clientèle. Manon Lambert voit dans ce changement de discours un paradoxe ironique.

Et aujourd’hui …
À l’époque de l’arrivée des Wal-Mart, nombreux sont ceux qui croient que la bataille face à ce géant du commerce au détail est déjà perdue. Pour certains, cependant, les pharmacies peuvent livrer bataille en redéfinissant rapidement leur modèle d’affaires pour miser davantage sur le service personnalisé et la proximité avec la clientèle. D’ailleurs, face à cette concurrence de Wal-Mart, le Groupe Jean Coutu procède rapidement à des ajustements : rafraîchissement de succursales, meilleure présentation des produits, amélioration des relations avec les clients.

Finalement, l’arrivée des Wal-Mart a eu de moins grandes répercussions que prévu. Des difficultés techniques, l’incompréhension des clients face à la politique de prix de la chaîne et les problèmes de recrutement de pharmaciens ont nui à l’établissement des pharmacies Wal-Mart dans le paysage commercial québécois. Alors que la compagnie prévoyait installer des pharmacies dans chacun de ses magasins, seulement la moitié en comptait une en avril 1995. Puis, en cinq ans, les ventes des pharmacies de Wal-Mart ont progressé de 171%. Elles sont devenues les plus performantes au Québec en termes de ventes au pied carré et toutes les franchises étaient rentables en 1999. En 2000, on compte 29 pharmacies dans les Wal-Mart.

Malgré la présence dans les magasins Wal-Mart, les pharmacies à grande surface ont plutôt poursuivi leur développement dans les années 2000. Elles ont ainsi mieux résisté à l’arrivée de la concurrence américaine en misant sur les faiblesses des géants comme Walmart, qui sont le manque de proximité avec la clientèle et leur absence en dehors des grands centres (La Presse : 16 mai 2002).Certaines chaînes de pharmacie ont aussi élargi la gamme de produits offerts alors que d’autres se sont positionnées agressivement sur le marché des cosmétiques et produits de santé (Les Affaires, 6 mars 2010).

Dernièrement, différentes avenues sont explorées par les chaînes de pharmacies pour mieux faire face à la concurrence. D’un côté, on assiste à une consolidation du marché des pharmacies et celui de l’alimentation notamment avec l’achat du Groupe Jean Coutu par l’épicier Métro, qui possédait déjà la chaîne Brunet, ou l’acquisition de Pharmaprix par le groupe ontarien Loblaws. De l’autre côté, d’autres chaînes, comme Uniprix et Familiprix, misent plutôt sur de nouveaux concepts centrés sur les services professionnels et les médicaments exclusivement pour se distinguer dans le secteur pharmaceutique.

Références :
Angers G. Wal-Mart alimente la controverse avec l’ouverture d’une nouvelle pharmacie. Le Soleil, 11 mars 1995, A11.

Cloutier L. Wal-Mart s’associe à vingt pharmaciens du Québec. La Presse, 10 novembre 1994, C3.

Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec. Montréal : Musée d’histoire de la pharmacie, 1994, 333 p.

Dansereau S. Le comptoir santé Wal-Mart, un concept de Jean Bourcier. Les Affaires, 8 avril 2000, p. 24.

Fournier ME. Uniprix prend le virage santé. Lapresse.ca, 15 août 2017 [en ligne] : https://www.affaires.lapresse.ca/economie/sante/201708/14/01-5124613-uniprix-prend-le-virage-sante.php+&cd=5&hl=fr&ct=clnk&gl=ca (page consultée le 29 septembre 2017).

Leduc G. Familiprix : dehors le chocolat et les croustilles. Le Soleil, 15 mars 2017 [en ligne] : https://www.lesoleil.com/affaires/familiprix-dehors-le-chocolat-et-les-croustilles-924a337c7ee1f0d398bd6ead4f9515ac (page consultée le 29 septembre 2017).

Lefebvre L. L’arrivée des grandes surfaces : la fin des pharmacies de quartier? Québec Pharmacie 1995 (octobre); 42(9) : 799-801.

Rolland S. Jean Coutu-Metro : pas de mariage forcé, mais… Les Affaires, 15 juillet 2013. [en ligne] : http://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/commerce-de-detail/jean-coutu-metro–pas-de-mariage-force-mais/559633 (page consultée le 3 février 2016).

Shoppers Drug Mart ouvrira 25 pharmacies de grande surface en 2002. La Presse, 16 mai 2002, D18.

Turenne M. Les pharmacies en guerre pour conquérir le marché des cosmétiques. Les Affaires, 6 mars 2010. [en ligne] : https://www.lesaffaires.com/archives/generale/les-pharmacies-en-guerre-pour-conquerir-le-marche-des-cosmetiques/511414 (page consultée le 3 février 2016).

Vailles F. Les concurrents de Wal-Mart s’ajustent. Les Affaires, 8 avril 1995, p. 3.

Vailles F. Wal-Mart : un an après son arrivée, la société n’a pas connu les succès prévus. Les Affaires, 8 avril 1995, p. 2.

Auteurs :
Pierre-André Savard
Nancy Marando

Création : 3 février 2016
Mise à jour : 29 septembre 2017
Publication :

 

 

 

Magasins à chaînes VS magasins indépendants (Québec Pharmacie, juillet 1964)

Contexte
Au début des années 1960, les pharmaciens détaillants doivent de plus en plus faire face à la concurrence des chaînes de magasins (épiceries, magasins à escomptes, etc.) qui s’établissent à travers la province. Ces dernières bénéficient d’un pouvoir d’achat supérieur et peuvent donc livrer une concurrence indue aux pharmaciens, qui sont souvent des propriétaires indépendants. En effet, depuis le 19e siècle, le modèle pharmaceutique québécois était principalement constitué de pharmacies ayant pignon sur rue et tenues par un pharmacien propriétaire. En 1917, le Québec comptait 400 pharmacies tenues par 362 propriétaires. La grande majorité était établie en milieu urbain, soit à Montréal et à Québec, dont la moitié à Montréal seulement. Puis, en 1945, on compte 600 établissements pharmaceutiques au Québec détenus par 541 pharmaciens (Source : Histoire de la pharmacie au Québec, p. 227-230).

Pendant plusieurs décennies, ces pharmaciens propriétaires ont dû faire face à la concurrence des épiciers et vendeurs ambulants qui distribuaient les médicaments brevetés – aujourd’hui appelés médicaments en vente libre –, aussi disponibles en pharmacie. La disponibilité de ce type de médicaments ailleurs que dans les pharmacies justifiait, pour plusieurs pharmaciens, la nécessité de vendre une multitude d’articles n’ayant parfois aucun lien avec les soins de santé ou l’hygiène personnelle.

À partir des années 1960, un nouveau concurrent fait son apparition : les chaînes de magasins. Les pharmaciens ont alors pour réflexe d’offrir de « couper les prix » pour faire concurrence à ces nouveaux rivaux, qui souvent bénéficient de ressources beaucoup plus importantes pour attirer les clients.

Plus globalement, le défi d’adaptation des pharmacies indépendantes s’insère dans la révolution commerciale de la société de consommation d’après-guerre en Amérique du Nord et en Europe. Le développement rapide des grandes surfaces dès la fin des années 1950 marque la fin du modèle d’affaires archaïque des commerces indépendants. Un appareil de distribution figé, des circuits commerciaux trop longs et des techniques de ventes dépassées mettront à mal les commerces indépendants (Daumas : 2006). Ce ne sont donc pas seulement les pharmacies de quartier qui éprouvent des difficultés d’adaptation. Les épiciers indépendants doivent faire face aux mêmes défis à cette époque.

Résumé de l’éditorial
Le rédacteur en chef du Bulletin de l’APDM-PQ, Georges Chalifoux, traite de l’implantation des grandes chaînes de magasins au Québec et des stratégies que les pharmaciens indépendants devraient adopter pour y faire face. Selon lui, plutôt que d’attaquer les concurrents avec des prix coupés, les pharmaciens indépendants devraient plutôt miser sur leurs atouts pour attirer la clientèle, c’est-à-dire le service personnalisé, la compétence, les heures d’ouverture, la planification et la publicité.

Chalifoux constate plutôt que les pharmaciens optent pour les « prix coupés » sans avoir établi un plan d’action précis et grugent ainsi une importante part de leurs profits. Les grandes chaînes de magasins comptent pour leur part sur des équipes importantes qui négocient les prix et élaborent les stratégies de vente. Il est donc inutile d’attaquer les concurrents sur les prix seulement. Les pharmaciens indépendants auraient plutôt avantage, selon lui, à bien planifier leurs actions pour accaparer un marché qui leur est ouvert.

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Et aujourd’hui …
Aujourd’hui, les pharmacies indépendantes sont plutôt rares au Québec et ont été éclipsées par les chaînes et bannières. L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) répertoriait, en 2014, 1757 pharmacies faisant partie de bannières et 33 pharmacies indépendantes (AQPP : 2014).

L’essor des chaînes de pharmacies s’est amorcé au Québec au début des années 1970. Leur part de marché est passée de 4,4% en 1970 à 40% en 1976, alors que le nombre de leurs succursales compte pour 14% seulement des pharmacies du Québec (Source : Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie…, p. 308).  Plusieurs pharmaciens propriétaires indépendants craignent alors pour leur survie et proposent divers projets pour éviter la disparition des indépendants, dont un regroupement coopératif (Pharmanagement), en 1975, et la création d’une centrale d’achats, en 1980.

Au cours des dernières décennies, ce sont les pharmaciens propriétaires de bannières qui ont dû faire face à la concurrence des pharmacies établies dans des magasins à grandes surfaces tels Walmart ou Costco. Dans ce contexte, bon nombre de bannières misent aujourd’hui sur les services professionnels offerts par leurs pharmaciens et prennent un virage santé pour attirer leur clientèle… tout comme le recommandait M. Chalifoux il y a plus de 50 ans! En effet, Familiprix et Uniprix ont inauguré de nouveaux concepts axés sur les services professionnels en 2017. Chez Familiprix, les croustilles, bonbons et boissons sucrées, dans les succursales adhérant au nouveau concept, font place à des produits santé et à plus de services professionnels. Sans retirer de ses tablettes tous les produits qui ne sont pas liés à la santé, Uniprix choisit quand même d’introduire un concept misant davantage sur la crédibilité et l’expertise du pharmacien où sont offerts de nouveaux services comme des ateliers, conférences et écrans informatifs.

Références :
Association québécoise des pharmaciens propriétaires. Portrait de la pharmacie au Québec 2014. [en ligne] : http://www.vdocshop.com/doc/aqpp2/portrait_pharmacie_qc_2014_aqpp/2014060501/12.html#0 (page consultée le 15 septembre 2017).

Cousineau JM.  Un conflit moral avec sa clientèle a précipité l’échec de Target Canada, Les Affaires, 15 août 2015, [En ligne] http://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/commerce-de-detail/un-conflit-moral-avec-sa-clientele–a-precipite-lechec-de-target-canada/580877 (page consultée le 4 février 2016).

Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec. Montréal :Musée d’histoire de la pharmacie, 1994, 333 p.

Daumas JC. Consommation de masse et grande distribution : Une révolution permanente (1957-2005). Vingtième Siècle. Revue d’histoire 2006 (no 91) :57-76.

Familiprix veut bannir les gourmandises de ses tablettes. Journal de Montréal, 15 mars 2017. [en ligne] : http://www.journaldemontreal.com/2017/03/15/familiprix-veut-bannir-les-gourmandises-de-ses-tablettes (page consultée le 15 septembre 2017).

Fournier ME. Uniprix prend le virage santé. Site de La Presse.ca, 15 août 2017. [en ligne] : http://affaires.lapresse.ca/economie/sante/201708/14/01-5124613-uniprix-prend-le-virage-sante.php (page consultée le 15 septembre 2017).

Auteurs :
Pierre-André Savard
Nancy Marando

Création : 4 février 2015
Mise à jour : 15 septembre 2017
Publication :

 

Ordonnances et prescriptions (Québec Pharmacie, février 2003)

Contexte
Au début des années 2000, une vaste refonte du Code des professions du domaine de la santé est entreprise afin « de mieux répondre aux besoins actuels de la population en matière de soins de santé » (OPQ, Notre profession sous un autre angle : 2004). Le projet de loi 90 constitue la première réforme visant à redéfinir l’exercice des professions médicales depuis l’entrée en vigueur du Code des professions en 1973. En effet, trente ans après sa création, ce dernier ne reflétait plus les pratiques sur le terrain des divers professionnels du domaine de la santé et le projet de loi 90 permet de légaliser des pratiques déjà en place. Cette réforme avait pour objectif d’accroître l’interdisciplinarité, d’améliorer l’accès aux soins et de favoriser une utilisation optimale des ressources humaines et matérielles disponibles dans le réseau de la santé.

Adoptée en juin 2002 et entrée en vigueur le 30 janvier 2003, la Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions législatives dans le domaine de la santé, communément appelée loi 90, modifie considérablement les champs d’exercice de 11 professions du secteur de la santé, dont la pharmacie. Dès le début des discussions, les pharmaciens réclamaient une meilleure reconnaissance de leur rôle dans le système de santé et une participation accrue dans l’équipe soignante. La Loi 90 a donc permis de répondre aux doléances des pharmaciens. Ainsi, en modifiant l’article 17 de la Loi sur la pharmacie, la Loi 90 permettait de reconnaître six activités réservées aux pharmaciens, dont deux nouvelles, soit l’initiation ou l’ajustement d’une thérapie médicamenteuse, selon une ordonnance, et la prescription de médicaments à des fins de contraception orale d’urgence.

Selon Paul Fernet, ancien président de l’OPQ et avocat spécialisé en droit pharmaceutique, le changement principal pour les pharmaciens est la reconnaissance de la compétence d’évaluer un patient sur le plan clinique (Le Devoir, 12 octobre 2002).

Résumé de l’éditorial,
Selon Hélène Blanchette, la Loi 90 modifie en profondeur l’exercice de la pharmacie, notamment en faisant en sorte que les pharmaciens deviennent des prescripteurs. Elle s’interroge cependant à savoir si les pharmaciens sont prêts à relever le défi et si leurs collègues du secteur médical sauront bien composer avec les nouvelles responsabilités conférées aux pharmaciens.

La nouvelle loi trace cependant la voie de la pharmacie pour les années à venir. Hélène Blanchette invite donc ses collègues pharmaciens à avoir confiance en leurs capacités afin qu’ils occupent la place qui leur revient au sein des équipes de santé.

Et aujourd’hui …
C’est avec l’adoption de la Loi 41 en 2014 que le cadre des activités réservées aux pharmaciens a été élargi pour la première fois depuis l’adoption de la Loi 90. En plus d’octroyer le droit aux pharmaciens d’initier ou ajuster la pharmacothérapie et de prescrire un médicament pour la contraception orale d’urgence en 2003, la Loi sur la pharmacie reconnaît maintenant sept nouvelles activités réservées aux pharmaciens, soit :

  • la prolongation des ordonnances médicales;
  • l’ajustement d’une ordonnance;
  • la substitution d’un médicament prescrit lors de rupture d’approvisionnement;
  • l’administration d’un médicament afin d’en démontrer l’usage approprié;
  • la prescription et l’interprétation des analyses de laboratoire pour suivi de la thérapie (pour les pharmaciens en établissements de santé);
  • la prescription des analyses de laboratoire à des fins de surveillance (en pharmacie communautaire);
  • la prescription d’un médicament lorsqu’aucun diagnostic n’est requis;
  • la prescription de médicaments pour certaines conditions mineures dont le diagnostic et le traitement sont connus.

(Source : Ordre des pharmaciens, Nouvelles activités)

Références :
Application de la loi 41 : Nouvelles activités, Site de l’Ordre des pharmaciens du Québec [en ligne] : http://www.opq.org/fr-CA/pharmaciens/application-de-la-loi-41/nouvelles-activites/ (page consultée le 4 février 2016).

Landry J. Les pharmaciens – Pharmacies sans ordonnance. Le Devoir, 12 octobre 2002. [en ligne] : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/10988/les-pharmaciens-pharmacies-sans-ordonnance (page consultée le 5 février 2016).

Ordre des pharmaciens du Québec. Notre profession sous un autre angle : Guide d’interprétation des nouvelles dispositions de la loi sur la pharmacie et du Code des professions, 2004.  Disponible en ligne : http://www.opq.org/cms/Media/588_38_fr-CA_0_guide_interpretation_nouvelles_dispositions_loi.pdf (page consultée le 5 février 2016).

Vallée P. La loi 90 : Refonte en profondeur du système de santé. Le Devoir, 12 octobre 2002. [en ligne] :  http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/10995/la-loi-90-refonte-en-profondeur-du-systeme-de-sante (page consultée le 5 février 2016).

Auteurs :
Pierre-André Savard
Nancy Marando

Création : 5 février 2016
Mise à jour : 12 novembre 2017
Publication : 20 février 2018

Le monstre d’Halloween (Québec Pharmacie, novembre 2010)

Contexte
Dès le début des années 1990, le gouvernement du Québec envisage d’informatiser les dossiers médicaux afin de les rendre accessibles aux différents intervenants en santé. Un des premiers projets mis de l’avant consistait à consigner les renseignements médicaux des patients à l’aide d’une carte à puce. Au début 2000, la Commission Clair recommande d’ailleurs l’implantation de ce système. Le ministre de la Santé de l’époque, Rémy Trudel, disait avoir bon espoir de doter la majorité des Québécois d’une carte d’assurance maladie à puce d’ici 2003. Le projet est toutefois abandonné deux ans plus tard par son successeur, François Legault.

Ce n’est qu’en 2006 que le gouvernement Charest lance le projet du Dossier Santé Québec (DSQ). La réalisation de cette imposante banque de données contenant les informations cliniques (médication, résultats de laboratoires et d’imageries etc.) devait être complétée d’ici 2010 et coûter  près de 563 millions. Quatre ans plus tard, soit au moment où Hélène Blanchette écrit son éditorial, le gouvernement du Québec est forcé de repousser le déploiement du DSQ à 2015. Le ministre Bolduc reconnait à l’époque qu’après des dépenses de 418 millions, seulement le tiers du travail nécessaire à l’implantation du projet est réalisé. Quelques mois plus tôt, le Vérificateur général du Québec avait également publié un rapport dans lequel il se disait « grandement préoccupé par la façon dont le ministère gère ce projet et les conséquences sur sa mise en place qui en découlent. […] Bien que les coûts du projet aient été révisés, nous notons que certaines des hypothèses utilisées n’apparaissent pas réalistes et que le risque de ne pas respecter ces coûts demeure».  (Source : Vérificateur général, 2010) 

Résumé
La rédactrice en chef de Québec Pharmacie, Hélène Blanchette, revient sur la chaotique histoire de l’informatisation des dossiers médicaux aux Québec. Elle se rappelle pourtant qu’au début des années 1990, les professionnels de la santé avaient déjà espoir d’une nouvelle ère de partage de données. L’informatisation des dossiers patients se présentait comme un outil inouï permettant de réaliser de meilleurs suivis et favoriser une plus grande collaboration entre les professionnels de la santé.

Dans son éditorial, elle déplore toutefois les différentes embuches qui ont retardé le projet. Que ce soit la technologie qui n’était pas à la hauteur des ambitions de l’époque, les différentes chicanes de clocher entre intervenants ou les questions de confidentialité des dossiers et de consentement des patients, ces embuches ont empêché, selon elle, les décideurs d’en arriver à un consensus. Elle déplore qu’encore aujourd’hui, elle perd un temps fou à exécuter certaines tâches que la technologie actuellement disponible permettrait de réaliser en un instant. Devant la hausse des coûts et les reports successifs de la mise en fonction du DSQ, Mme Blanchette urge finalement les décideurs à soit couper court au projet, et ainsi limiter les dépenses des contribuables, ou de retourner à la planche à dessin et aboutir sur un projet à la hauteur des attentes.

Et aujourd’hui …
Le DSQ demeure encore aujourd’hui un sujet d’actualité. En début d’année 2015, Joanne Beauvais, l’attachée de presse du ministre de la Santé Gaétan Barrette, révélait que «malgré les erreurs du passé, la situation est en voie de se corriger, et le déploiement s’accélère. D’ici la fin de l’année 2015, 95% des professionnels auront accès à 95% des outils disponibles. Ceux qui l’utilisent sont encore trop peu nombreux, mais ils sont satisfaits du résultat et affirment que ces outils sauvent du temps et évitent des erreurs ». Encore en 2017, le DSQ est en déploiement  progressif dans toutes les régions du Québec, selon le site officiel de l’outil. De plus, il est prévu accroître les données accessibles dans les prochaines années pour y inclure notamment les médicaments prescrits dans les établissements de santé.

Malgré les dépassements de coûts et les nombreux retards dans la mise en fonction du DSQ, l’informatisation des dossiers patients et l’accessibilité des renseignements à l’ensemble des intervenants en santé demeurent une avancée importante dans la prestation de soins. Il serait désolant qu’en vertu de son passé trouble, le DSQ soit implanté dans l’indifférence. À nous d’optimiser son utilisation au point de (presque?) rentabiliser l’investissement!

Références :
Allard S. Dossiers médicaux : une occasion ratée. La Presse, 20 juillet 2015. [en ligne] : http://plus.lapresse.ca/screens/178579ed-e6e9-4307-9c39-d9941aee0382|BSQW9cCq2RAQ.html (page consultée le 10 février 2016).

Le déploiement. Site Dossier Santé Québec : http://www.dossierdesante.gouv.qc.ca/population/Qu-est-ce-que-le-DSQ/index.php?Le_deploiement#h3_etat_deploiement (page consultée le 30 octobre 2017).

Duchaine G. Le bureau de Barrette admet des erreurs dans l’implantation du DSQ. La Presse, 24 février 2015. [en ligne] : http://plus.lapresse.ca/screens/5f2ad822-9083-46be-91f0-c13bbee70055|WoTfQdPL-N8F.html (page consultée le 10 février 2016).

Lacoursière  A. Dossier clinique informatisé : Barrette choisit un modèle unique. La Presse, 18 décembre 2015. [en ligne] : http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201512/17/01-4932465-dossier-clinique-informatise-barrette-choisit-un-modele-unique.php (page consultée le 10 février 2016).

Lessard D. Pas de réseau informatisé avant 2015. La Presse, 30 octobre 2010,  p. A24.

Vérificateur Général du Québec. Rapport du Vérificateur général du Québec à l’Assemblée nationale pour l’année 2010-2011. Tome I. Vigie relative au projet Dossier Santé du Québec. Mai 2010. [en ligne] : http://www.vgq.gouv.qc.ca/fr/fr_publications/fr_rapport-annuel/fr_2010-2011-T1/fr_Rapport2010-2011-T1-Chap05.pdf (page consultée le 10 février 2016).

Auteur :
Alexandre Sirois

Révision :
Nancy Marando

Création : 10 février 2016
Mise à jour : 30 octobre 2017
Publication : 31 octobre 2017

Heureux qui comme Ulysse, a fait un long voyage (Québec Pharmacie, juin 1972)

Contexte
En 1966, le gouvernement du Québec adopte la Loi d’assistance-médicale qui permet aux bénéficiaires de l’aide sociale d’obtenir gratuitement des soins médicaux et chirurgicaux ainsi que des examens diagnostics dans les services externes des hôpitaux. Cependant, pour plusieurs de ces bénéficiaires, il devenait impossible de défrayer les coûts associés aux médicaments prescrits par le médecin. Un comité interministériel est donc mis en place en 1967 pour évaluer les modalités de mise sur pied d’un régime d’assistance-médicaments pour ces derniers.

Après de nombreux délais, le projet de loi 69, qui assure la gratuité des soins dentaires et des médicaments aux bénéficiaires de l’aide sociale, est déposé en novembre 1970 et sanctionné en juin 1971. Son entrée en vigueur est cependant retardée en raison des délais d’élaboration d’une liste de médicaments par le Conseil consultatif en pharmacologie et de l’absence d’une entente préalable avec les pharmaciens. Les dirigeants de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) ont déposé un mémoire à la Commission parlementaire des affaires sociales en février 1971 et son comité de négociation a tenu plus de 50 rencontres avec les représentants du gouvernement afin d’établir le mode de rémunération des pharmaciens pour les services associés au régime d’assistance-médicaments.

Une entente entre le ministère des Affaires sociales et l’AQPP est finalement conclue le 9 juin 1972. D’une durée d’un an, cette entente s’applique à tous les pharmaciens communautaires ainsi qu’aux 54 médecins exerçant en région éloignée, où aucun pharmacien n’est présent. L’assistance-médicaments entre donc en vigueur le 1er août 1972. Ce programme permet le remboursement aux pharmaciens du prix coûtant d’un médicament parmi la liste de 3000 produits établie par Conseil consultatif de pharmacologie, en plus d’un honoraire pour chaque service rendu.

C’est à la suite de la conclusion de cette entente que le président de l’AQPP rédige son éditorial.

Résumé de l’éditorial
Selon le président de l’AQPP, Yves Comtois, l’entente conclue entre le MAS et l’AQPP reconnaît sans ambiguïté du rôle professionnel du pharmacien dans l’équipe de santé. En effet, cette entente établit une distinction nette entre le bien (le médicament) et le service pharmaceutique, en assurant le remboursement du médicament au prix coûtant et le paiement d’un honoraire pour l’exécution ou le refus d’exécution d’une ordonnance. Selon Yves Comtois, ces gains auront des répercussions sur tous les autres secteurs où évoluent des pharmaciens (universitaire, industrie, hôpitaux, gouvernement, Collège des pharmaciens, pharmaciens salariés). Il incite finalement ses collègues à lutter contre le projet de loi 255 (refonte de la Loi de pharmacie) dans sa forme actuelle et à faire front commun afin que les gains réalisés par l’AQPP avec cette entente historique soient intégrés dans la nouvelle loi sur la pharmacie.

Et aujourd’hui …
Jusqu’à la fin des années 1990, les médicaments étaient fournis gratuitement aux bénéficiaires de l’aide sociale et aux personnes de 65 ans et plus. De plus, les patients atteints de certaines maladies dont le coût des traitements était très élevé pouvaient se procurer leurs médicaments gratuitement, ou en échange d’une légère contribution, dans les hôpitaux de la province en vertu de la circulaire « Malades sur pied ». Ces programmes sont abolis en 1997 et remplacés par le Régime général d’assurance médicaments, qui rend obligatoire pour tous les Québécois l’adhésion à un régime d’assurance médicaments, qu’il soit privé ou public.

Un tel changement nécessitait la conclusion d’une entente avec les pharmaciens propriétaires. À l’automne 1996, l’AQPP s’entend avec le gouvernement pour que les pharmaciens propriétaires fournissent  10 millions de dollars pour financer l’assurance médicaments, en plus d’assumer une partie des frais d’administration associés au nouveau régime. Or, dans un contexte de coupures budgétaires, les pharmaciens propriétaires sont touchés par le projet de loi 104 déposé par le gouvernement de Lucien Bouchard en mars 1997. Visant à réduire les coûts de la main-d’œuvre dans le secteur public, ce projet de loi, qui fera l’objet d’une loi spéciale, impose des coupures de 6% des honoraires des pharmaciens pour les services rendus dans le cadre du régime d’assurance médicaments.

Chaque fois que la couverture pour les médicaments est étendue à de nouveaux bénéficiaires ou que les services rendus par les pharmaciens sont augmentés, des négociations doivent être entreprises entre le gouvernement et l’AQPP afin de déterminer les modalités de rémunération des pharmaciens propriétaires. Le plus récent exemple est celui des négociations entourant les nouveaux actes pouvant être posés par les pharmaciens dans le cadre de la loi 41. Près de 4 ans après l’adoption de la loi, l’AQPP et le ministère de la Santé et des Services sociaux concluent finalement une entente, le 20 juin 2015 – soit quelques heures avant l’entrée en vigueur de la loi –sur les modalités et la rémunération de quatre nouvelles activités cliniques conférées aux pharmaciens. Si cette entente n’est pas aussi « historique » pour l’AQPP que celle de 1972, elle confirme néanmoins le virage clinique entrepris par la profession. Les concessions monétaires faites par les pharmaciens ne plaisent évidemment pas à tous, mais elles mettent la table pour une refonte du mode de rémunération axé sur la prestation de services cliniques à valeur ajoutée et la prise en charge de la pharmacothérapie des patients, au détriment de la distribution et des produits eux-mêmes.

La population n’a d’ailleurs pas tardé à recourir aux nouveaux services offerts, confirmant l’importance du pharmacien comme clinicien de première ligne. En effet, en l’espace de quatre mois, soit du 20 juin au 25 octobre 2015, 63 000 patients du Régime public d’assurance médicaments ont bénéficié des nouvelles activités offertes par les pharmaciens depuis l’entrée en vigueur de la Loi 41. Bertrand Bolduc, président de l’Ordre des pharmaciens du Québec, se réjouit également de l’entrée en vigueur de ces nouveaux actes : « Même s’il est difficile d’interpréter des données après seulement quelques mois d’application, on peut néanmoins voir que les pharmaciens ont pleinement embarqué dans la mise en place des nouvelles activités cliniques ». L’engouement de la population pour ces services cliniques pourrait faire oublier bien rapidement les concessions faites.

Références :
Chalvin S. Le Conseil consultatif de pharmacologie à la défense de la liste de médicaments. L e Devoir, 16 août 1971, p. 11.

Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec. Montréal : Musée d’histoire de la pharmacie du Québec, 1994, 333 p.

Dutrisac C. Plan d’assurance-médicaments universel pour certains malades. La Presse, 15 juin 1973, A1.

Gaumer B. Le système de santé et des services sociaux du Québec. Une histoire récente et tourmentée : 1921-2006. Québec : Les Presses de l’Université Laval, 2008, 282 p.

Leduc C. Nouvelles activités de la loi 41 : 63 000 patients ont bénéficiés des services des pharmaciens. Profession santé, 26 novembre 2015. [en ligne] : http://www.professionsante.ca/pharmaciens/interprofessions/actualites/nouvelles-activites-de-la-loi-41-63-000-patients-ont-beneficie-des-services-des-pharmaciens-33080 (page consultée le 12 février 2016).

Lesage G. Québec s’en  tient à 3000 médicaments. Le Devoir, 13 juin 1972, p. 1-2.

O’Neill PL. Assurance-médicaments et soins dentaires pour assistés sociaux. Le Devoir, 28 novembre 1970, p. 1, 6.

Paré I. Les pharmaciens pourraient aller jusqu’au boycottage. Le Devoir, 6 avril 1997, A1, A10.

 Auteurs :
Alexandre Meunier-Sirois
Nancy Marando

Création : 12 février 2016
Mise à jour : 15 mai 201
Publication : 22 juin 2017