2017 et Louis-Hébert …. une occasion de souligner le 400e anniversaire de son installation à Québec

L’année 2017 marque le 400e anniversaire de l’installation de Louis-Hébert à Québec. Nous profitons de cette année 2017 pour mettre en évidence quelques communications et documents relatifs à son arrivée en Nouvelle-France.

Titre original : Louis Hébert [graphic material]. 

Source : Bibliothèque et Archives Canada

Bonne fête Louis Hébert !

Auteur:
JF Bussières

Création: 18 février 2017
Publication: 21 février 2017

Un monde sans fumée… avant l’an 2000? (Québec Pharmacie,février 1995)

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Chronologie des événements:

  • 1984: Début des discussions à l’OPQ sur la vente de tabac en pharmacie
  • 1991: Dépôt par l’OPQ d’un projet de règlement modifiant le Code de déontologie pour interdire la vente de tabac en pharmacie
  • 18 février 1991: Adoption du libellé final du règlement modifiant le Code de déontologie par les membres de l’OPQ
  • 15 octobre 1994: Entrée en vigueur de la loi modifiant le Code des professions
  • Décembre 1994: Dépôt par le syndic de l’OPQ d’une plainte contre une pharmacie Jean-Coutu
  • 1er décembre 1994: Adoption d’une loi anti-tabac en Ontario qui interdit la vente de tabac en pharmacie
  • Octobre 1996: Rejet de la plainte contre le Groupe Jean-Coutu par le Comité de discipline de l’OPQ
  • 17 juin 1998: Sanction du projet de loi antitabac par le gouvernement du Québec
  • 22 juin 1998: Jugement du Tribunal des professions interdisant la vente de tabac en pharmacie
  • 4 septembre 1998 : Jugement de la Cour supérieure rendant illégale la vente de cigarettes dans les pharmacies 

Contexte
Dès 1984, des discussions s’amorcent à l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) afin d’interdire la vente de produits du tabac dans les pharmacies, une activité qui est jugée incompatible avec le rôle de protection de la santé publique que doit assumer le pharmacien. Ce n’est qu’en 1989 que l’organisme prend position et juge « qu’il va à l’encontre du rôle du pharmacien, comme protecteur de la santé publique, de vendre […] des produits du tabac. » (Source : Position de l’Ordre des pharmaciens du Québec sur la vente de tabac…). Un projet de règlement pour modifier le Code de déontologie des pharmaciens est dès lors élaboré et sa version finale obtient l’appui de 70% des membres de l’OPQ en février 1991. Cette prise de position des membres de l’OPQ fait écho aux sentiments dans le public. En effet, un sondage mené en 1991 démontre que 77% des Québécois considèrent que le commerce du tabac est incompatible avec la profession et 50% des répondants estiment que l’interdiction du commerce du tabac en pharmacie contribuerait au rehaussement de l’image de la profession auprès du public. (Source : La Presse, 19 février 1991).

Même si le règlement modifiant le Code de déontologie des pharmaciens est adopté par une forte majorité des membres de l’OPQ, il reste contesté par une partie des 1200 pharmaciens propriétaires qui sont membres de l’OPQ à l’époque. Il faut rappeler qu’au début des années 1990, le commerce du tabac constitue une part non négligeable des activités commerciales dans les pharmacies : le quart des produits du tabac est vendu en pharmacie au Canada et, au Québec, les ventes de tabac dans les pharmacies totalisent 250 millions de dollars en 1990 et génèrent des profits de l’ordre de 25%. (Source : La Presse, 18 octobre 1990) Malgré cela, déjà 300 des 1400 pharmacies que compte le Québec en 1990 ont cessé de vendre des cigarettes.

Les propriétaires de pharmacies qui s’opposent au règlement de l’OPQ craignent des baisses de revenus de l’ordre de 10% qui entraîneraient des pertes d’emploi, voire même la fermeture de certaines pharmacies. Même s’ils reconnaissent les dangers de la cigarette pour la santé des Québécois, ils prétendent que l’OPQ outrepasse ses pouvoirs puisque l’organisme, selon eux, n’a aucune juridiction dans la partie commerciale de la pharmacie, comme le fait valoir François Coutu, du Groupe Jean Coutu :

« La vente du tabac est légalement permise et aucun pharmacien n’aurait le culot d’affirmer que fumer est bon pour la santé […]. De plus, il n’existe aucune sorte de complicité, à ce chapitre-là, entre le fumeur et le pharmacien, qui ne les vend pas lui-même de toute façon, ces tabacs. Il arrive même que, dans un même établissement, le comptoir des tabacs n’appartienne pas au pharmacien. L’OPQ n’a pas les pouvoirs de décider des accommodations administratives ou locatives d’une pharmacie. […] C’est de l’ingérence abusive dans la direction des pharmacies, et, légalement, ça ne tient pas. » (Source : La Presse, 19 février 1991).

Enfin, le groupe de contestataires fait valoir que mettre fin à la vente de tabac dans les pharmacies aura un effet négligeable sur la lutte au tabagisme. Jacques Nadeau, vice-président aux services professionnels chez Pharmaprix, la chaîne de pharmacies détenue par Imasco, propriétaire aussi de Imperial Tobacco, affirme d’ailleurs que, en ce qui concerne « la dangerosité du tabac, tous les fumeurs en sont informés. Fumer ou ne pas fumer, c’est une affaire personnelle. Que les pharmaciens vendent ou ne vendent plus de tabac, ça ne changera rien, fondamentalement, au problème global du tabagisme. » (Source : La Presse, 19 février 1991).

Les pressions faites par les pharmaciens propriétaires ont pour effet de retarder l’adoption du règlement que l’OPQ a soumis à l’Office des professions en juin 1991. Même si cet organisme avait approuvé le règlement présenté par l’OPQ, le gouvernement multiplie les études par divers ministères pour évaluer l’impact du retrait des produits du tabac en pharmacie, faisant en sorte que le projet de règlement finit par être mis de côté. Il faut attendre l’entrée en vigueur du nouveau Code des professions, en octobre 1994, pour que le débat entourant la vente de tabac en pharmacie reprenne. En modifiant l’article 59.2 du Code des professions, l’Office des professions vise à interdire aux professionnels tout type de commerce incompatible avec l’honneur, la dignité ou l’exercice de leur profession. L’OPQ interprète ce règlement comme une interdiction pour les pharmaciens de vendre du tabac dans leur commerce et demande donc au gouvernement de modifier le Code de déontologie des pharmaciens en conséquence. Dans la foulée des événements, l’OPQ émet un communiqué avertissant ses membres de mettre fin à la vente de tabac dans leur commerce sous peine de sanctions. En 1994, le tiers des pharmacies ne vendent plus de produits du tabac et cette proportion grimpe à 50% à la fin de 1995. Ainsi, bon nombre de pharmaciens sont encore réticents à retirer les cigarettes des tablettes de leur commerce. Un pharmacien choisit d’ailleurs de contester juridiquement l’interprétation que l’OPQ fait de l’article 59.2 du Code des professions.

Résumé de l’éditorial
L’éditorial de Diane Blais, rédactrice en chef de Québec Pharmacie, est rédigé quelque temps après l’entrée en vigueur du nouveau Code des professions et de l’émission d’une directive par l’OPQ sommant les pharmaciens de retirer les produits du tabac de leurs tablettes. Une grande partie des pharmaciens ont obtempéré lorsque l’éditorial de Mme Blais est publié, mais il reste encore des pharmaciens récalcitrants. La rédactrice en chef pose la question : est-ce logique de retrouver des cigarettes dans une pharmacie? Selon elle, la réponse est évidente puisque le pharmacien est un professionnel du réseau de la santé évoluant dans un système qui subit continuellement des pressions. Elle reconnaît que les pressions économiques liées à cette question, comme les pertes de revenus ou une baisse de l’achalandage, sont énormes et peuvent susciter des craintes légitimes chez les pharmaciens propriétaires. Elle implore cependant les pharmaciens récalcitrants de saisir l’occasion qui se présente à eux et de jouer le rôle qui leur est assigné : à titre de professionnels de la santé chargés de faire la promotion de saines habitudes de vie, il leur serait beaucoup plus bénéfique à long terme d’investir dans la lutte au tabagisme plutôt que la vente de cigarettes. Ce virage signalerait clairement à la population et au gouvernement que le pharmacien est un professionnel qui, en jouant pleinement son rôle de conseiller, peut devenir un atout important pour diminuer le coût des soins de santé.

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Et aujourd’hui …
Entre 1994 et 1998, une bataille juridique oppose l’OPQ au Groupe Jean Coutu au sujet de la vente de produits du tabac en pharmacie. En décembre 1994, le syndic de l’OPQ intente une poursuite contre une pharmacie du Groupe Jean Coutu, propriété du pharmacien Jean Coutu, où des cigarettes étaient encore vendues. Après audition de la cause, le comité de discipline de l’OPQ donne raison au Groupe Jean Coutu, jugeant que la vente des cigarettes se faisait dans la partie commerciale de la pharmacie où l’OPQ n’a pas juridiction. Cette décision rendue en 1996 est portée en appel par l’OPQ, qui obtient gain de cause auprès du Tribunal des professions le 22 juin 1998. Le jugement, effectif dans toute la province, fait en sorte que la vente de cigarettes en pharmacie devient une activité illégale et incompatible avec le rôle de professionnel du pharmacien. Dès lors, l’OPQ ordonne à tous les pharmaciens de retirer les cigarettes de leurs commerces sous peine de sanctions disciplinaires ou poursuites. Ce jugement est par la suite confirmé en Cour supérieure en septembre 1998, ce qui entraîne le retrait des cigarettes de toutes les franchises du Groupe Jean Coutu ainsi que chez Uniprix.

Le débat entourant la vente de cigarettes en pharmacie se déroule dans un contexte où la lutte contre le tabagisme devient un enjeu fondamental en santé publique. En Ontario, une loi anti-tabac est entrée en vigueur le 1er janvier 1995 et inspire le gouvernement québécois à adopter une telle mesure. C’est ainsi que la loi anti-tabac est sanctionnée par le gouvernement québécois le 17 juin 1998. En plus de restreindre le droit de fumer dans les endroits publics, cette loi interdit la vente de tabac dans les pharmacies, mais accorde un délai de deux ans aux pharmacies pour se conformer à la nouvelle législation. Dans son appel du jugement du Tribunal des professions, le Groupe Jean Coutu prétendait que la loi anti-tabac avait préséance sur le jugement du Tribunal, mais cet argument a été rejeté par la juge Rayle selon laquelle rien n’empêche l’OPQ de prendre des mesures rapidement et sévèrement pour que les cigarettes soient bannies des pharmacies.

La saga entourant la vente de tabac dans les pharmacies fait maintenant partie d’un passé qui nous semble bien lointain! Aujourd’hui, il va de soi que la vente de tabac est incompatible avec l’exercice de la pharmacie. Les pharmaciens ont un rôle à jouer dans la protection de la santé publique et ils se consacrent désormais sans ambiguïté à la lutte contre le tabagisme. Avec l’entrée en vigueur de la loi 41 en juin 2015, le rôle des pharmaciens dans la cessation tabagique est d’emblée reconnu puisqu’il leur est maintenant possible de prescrire d’emblée un médicament aux patients souhaitant cesser de fumer.

Références :
Bernier C. L’Ordre des pharmaciens veut interdire la vente des cigarettes dans les pharmacies dès le 23 avril. La Presse, 19 février 1991, A8.

Boisvert Y. La vente du tabac interdite en pharmacie par le Tribunal des professions. La Presse, 23 juin 1998, p. A4.

Boisvert Y. Jean Coutu renonce aux cigarettes. La Presse, 5 septembre 1998, p. A4.

Gagnon K. Pas de « clause pharmacien » dans le projet de loi sur le tabagisme. La Presse, 17 octobre 1996, p. B7.

Gingras P. La vente de cigarettes sera interdite dans les pharmacies d’ici quelques mois. La Presse, 18 octobre 1990.

Hachey I. Quelques pharmacies ne vendent plus de cigarettes. La Presse, 20 août 1998, p. C11.

Noël A. L’Interdiction de vendre du tabac : l’Ordre des pharmaciens gagne la première manche. La Presse, 28 janvier 1995.

Noël A. Québec veut interdire le tabac dans les pharmacies. La Presse, 10 décembre 1994.

Noël A. Québec veut interdire le tabac dans les pharmacies. La Presse, 10 décembre 1994, p. A1.

Normand G. Il faudra attendre à la mi-juin avant de voir disparaître tabac et cigarettes des pharmacies. La Presse, 2 mars 1991.

Office des professions du Québec. «Article 59.2 du Code des professions» Disponible en ligne : http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/C_26/C26.htm

Paré I. Fini le tabac chez Coutu. Le Devoir, 5 septembre 1998, p. A1.

Parent R. Un comité de discipline entend la plainte contre le pharmacien Jean Coutu. La Presse, 8 novembre 1995.

Position de l’Ordre des pharmaciens du Québec sur la vente de tabac dans les aires commerciales adjacentes à celles où les pharmaciens exercent leur profession.», Québec Pharmacie (avril 1989);36 :193.

Samson JJ. Apothicaire ou entrepreneur. Le Soleil, 30 juin 1998, p. B7.

Trottier E. Les Pharmacies Jean-Coutu contestent le jugement qui leur interdit de vendre des cigarettes. La Presse, 25 juin 1998, p. A17.

Auteurs :
Alexandre Meunier-Sirois
Nancy Marando

Création : 16 février 2016
Mise à jour : 31 janvier 2017
Publication : 8 février 2017

Le temps des nouveaux actes (Québec Pharmacie, janvier 2012)

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Contexte
En mars 2011, l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) entreprend des démarches auprès du gouvernement pour faire reconnaître de nouveaux actes pouvant être exécutés par les pharmaciens et ce, afin de permettre aux pharmaciens de contribuer plus efficacement au système de santé. Diane Lamarre, alors présidente de l’OPQ, faisait remarquer que « tous les jours, les compétences [du pharmacien, pourtant un] professionnel de la santé hautement formé, sont mal utilisées.  Les patients demandent de l’aide aux pharmaciens, ceux-ci voudraient et pourraient en faire plus, mais les lois actuelles les en empêchent. » (Source: Communiqué de presse de l’OPQ, 14 mars 2011) Un sondage CROP réalisé pour l’OPQ en janvier 2010 démontrait d’ailleurs clairement que le public était prêt à voir les pharmaciens jouer un plus grand rôle : 92% des répondants étaient d’accord pour que les pharmaciens renouvellent ou prolongent temporairement les ordonnances et 91% d’entre eux disaient faire totalement ou assez confiance au pharmacien pour les aider régler des problèmes de santé simples. (Source: Communiqué de presse de l’OPQ, 14 mars 2011) Une campagne de sensibilisation est aussi entreprise par l’intermédiaire d’un site Web afin d’illustrer les limites du système et de démontrer comment les pharmaciens pourraient remédier à certains problèmes en élargissant leur champs d’activités.

Les efforts de l’OPQ portent fruits puisque le projet de loi 41 modifiant la Loi sur la pharmacie est adopté le 8 décembre 2011. À ce moment, six nouveaux actes sont reconnus aux pharmaciens, soit :

  • La prolongation des ordonnances pour éviter les interruptions de traitement;
  • L’ajustement des ordonnances de médecin;
  • La substitution d’un médicament à un autre en cas de rupture d’approvisionnement;
  • L’administration d’un médicament pour en démontrer l’usage approprié;
  • La prescription d’un médicament lorsqu’aucun diagnostic n’est requis;
  • La prescription et l’interprétation des analyses de laboratoire pour les pharmaciens œuvrant en établissement de santé.

Un septième acte, le droit de prescrire un médicament pour certaines conditions mineures, lorsque le diagnostic et le traitement sont connus, est ajouté à la liste par la suite.

Malgré l’adoption du projet de loi, la population doit attendre la rédaction des règlements découlant de la Loi sur la pharmacie  et de la Loi médicale afin de pouvoir bénéficier des nouveaux services. Les travaux de rédaction de ces règlements sont entrepris rapidement par l’OPQ et le Collège des médecins du Québec et l’entrée en vigueur de la nouvelle loi est d’abord prévue pour le mois de septembre 2013.

Si plusieurs crient victoire, certains, comme la rédactrice en chef de Québec Pharmacie, Hélène Blanchette, se posent toutefois des questions sur l’implantation et sur la rémunération de ces nouvelles tâches. Les pharmaciens, souvent surchargés, seront-ils en mesure de faire face à ces nouvelles responsabilités?

Résumé de l’éditorial
Après avoir été interrogé par un de ses patients, Hélène Blanchette amorce une réflexion sur l’impact des nouveaux actes sur la gestion du temps et la chaîne de travail en officine. Elle constate que dans certains cas, le pharmacien gagnera du temps. En effet, au lieu de courir après le médecin pour prolonger une ordonnance ou ajuster une thérapie médicamenteuse, le pharmacien pourra dorénavant intervenir directement et sauver ainsi du temps précieux. Par contre, la pharmacienne avoue ne pas consacrer beaucoup de temps à la prévention et cet aspect de la pratique, plutôt nouveau, demandera un ajustement de la part des pharmaciens, tout comme l’analyse des tests de laboratoire. Ils devront donc trouver des solutions pour accomplir ces nouvelles tâches sans perturber la chaîne de travail en pharmacie. Malgré cela, il reste que, grâce aux nouveaux actes, les pharmaciens auront en main tous les outils pour offrir de meilleurs services aux patients.

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Et aujourd’hui …
Malgré l’adoption du projet de loi 41 en décembre 2011, ce n’est qu’à partir du 20 juin 2015 que les pharmaciens sont autorisés à poser les nouveaux actes qui leur sont reconnus. Alors que l’entrée en vigueur de la loi 41 était d’abord prévue pour le 3 septembre 2013, un différend entre le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) à propos de la rémunération des nouveaux actes en a retardé l’application.

Après un premier report de l’entrée en vigueur de la Loi 41 en septembre 2013, les négociations entre le MSSS et l’AQPP reprennent à la suite des élections provinciales d’avril 2014. L’adoption sous bâillon du projet de loi 28 par le gouvernement en novembre 2014, projet de loi qui vise le retour à l’équilibre budgétaire, met cependant fin aux négociations en décrétant unilatéralement les conditions de rémunération des pharmaciens. Des coupes de 177 millions de dollars dans les honoraires des pharmaciens – et de 400 millions sur une période de trois ans – sont prévues, alors que le gouvernement consent à rémunérer trois des sept nouveaux actes prévus dans la loi, les quatre autres étant considérés comme faisant partie de la pratique normale des pharmaciens (Source : Le Devoir, 27 novembre 2014).

Quelques heures avant l’entrée en vigueur des nouveaux actes le 20 juin 2015, une entente de principe est finalement conclue entre l’AQPP et le MSSS et prévoit la rémunération de quatre des sept actes reconnus dans la loi 41, soit la prolongation de l’ordonnance du médecin pour éviter d’interrompre un traitement prescrit, l’ajustement d’une ordonnance, la prescription d’un médicament quand aucun diagnostic n’est requis et la prescription de médicaments pour des conditions dont le diagnostic et le traitement sont connus. En outre, le gouvernement s’engage à déplafonner pour une période de trois ans les allocations professionnelles payées par les fabricants de médicaments génériques aux pharmaciens. Un règlement entérinant cette entente est signé par le ministre de la Santé en décembre 2015, avant d’être révoqué quelques mois plus tard.

Alors que les nouveaux actes devaient garantir la prestation de meilleurs soins et services pharmaceutiques aux patients, les coupures dans la rémunération des honoraires des pharmaciens ont plutôt eu pour effet de diminuer les services rendus à la population. En effet, selon un sondage Léger mené dans les pharmacies du Québec, le report du déplafonnement des allocations professionnelles a entraîné une diminution des heures d’ouverture et de la présence de pharmaciens,  assistants-techniques et infirmières, en plus de provoquer la perte de près de 1000 emplois dans les pharmacies du Québec (Source : Communiqué de presse de l’AQPP, 9 mars 2016).

L’OPQ avait pourtant, de son côté, mis en œuvre un plan d’action visant à bien préparer les pharmaciens pour atténuer l’impact des nouvelles activités sur leur pratique et ainsi éviter de perturber la chaîne de travail en officine. En plus d’offrir une formation réglementaire pour soutenir les pharmaciens, l’OPQ a développé, conjointement avec le Collège des médecins du Québec, le Guide d’exercice sur les activités réservées aux pharmaciens, qui constitue un outil d’apprentissage permettant de mieux comprendre la portée des nouvelles activités et de faciliter leur intégration dans la pratique quotidienne. L’OPQ met aussi à la disposition des pharmaciens des formulaires de communication et de prescription uniformisés afin de réduire le temps consacré à la prestation de ces nouvelles activités.

Selon l’OPQ, l’entrée en vigueur de la Loi 41 était largement attendue par la population. Signe incontestable de cet engouement, du 20 juin au 25 octobre 2015, plus de 63 000 patients du Régime public d’assurance médicaments du Québec ont bénéficié des nouvelles activités des pharmaciens, démontrant ainsi un véritable engouement des pharmaciens malgré les difficultés pécuniaires encourues. S’il est vrai que ces nouvelles activités peuvent à l’occasion perturber la chaîne de travail et consommer un temps précieux en officine, elles permettent néanmoins de meilleurs services aux patients. Les intégrer à la pratique quotidienne se veut un beau défi.

Références :
AQPP. Sondage Léger dans les pharmacies du Québec : Près de 1000 emplois perdus et 3 545 heures d’ouverture hebdomadaires coupées depuis septembre. Communiqué de presse, 9 mars 2016. [en ligne] : http://www.monpharmacien.ca/wp-content/uploads/2016/03/Communique-sondage-Leger_vf.pdf (page consultée le 18 janvier 2017).

Daoust-Boisvert A. Québec impose ses conditions aux pharmaciens. Le Devoir, 27 novembre 2014 [en ligne] : http://www.ledevoir.com/societe/sante/425099/quebec-impose-ses-conditions-aux-pharmaciens (page consultée le 18 janvier 2017).

Guay C, Ferreira E. Loi 41 : où en sommes-nous? Profession Santé, 5 octobre 2012 [en ligne] : http://www.professionsante.ca/files/2013/04/QP02_042913_santePublique.pdf (page consultée le 15 février 2016).

Leduc C. Nouvelles activités de la loi 41 : 63 000 patients ont bénéficiés des services des pharmaciens. Profession Santé, 26 novembre 2015 [en ligne] : http://www.professionsante.ca/pharmaciens/interprofessions/actualites/nouvelles-activites-de-la-loi-41-63-000-patients-ont-beneficie-des-services-des-pharmaciens-33080  (page consultée le 15 février 2016).

OPQ. Guide d’exercice sur les activités réservées aux pharmaciens. [en ligne] : http://www.opq.org/fr-CA/pharmaciens/application-de-la-loi-41/guide-d-exercice/ (page consultée le 15 février 2016).

OPQ. Formulaires de communication et de prescription [en ligne] : http://www.opq.org/fr-CA/pharmaciens/application-de-la-loi-41/formulaires-de-communication-et-de-prescription/ (page consultée le 15 février 2016).

OPQ. Pour diminuer la congestion du système de santé – l’Ordre des pharmaciens du Québec demande des changements législatifs avant la fin 2011. Communiqué de presse, 14 mars 2011. [en ligne] : http://www.opq.org/fr-CA/presse/communiques-de-presse/communiques-2011/2011-03-14-l-ordre-demande-des-changements-legislatifs-avant-la-fin-2011/ (page consultée le 15 février 2016).

Auteurs :
Alexandre Meunier-Sirois
Nancy Marando

Création : 15 février 2016
Mise à jour : 23 janvier 2017
Publication : 24 janvier 2017

 

Le dossier pharmaceutique est-il vraiment nécessaire? (Québec Pharmacie, février 1971)

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Contexte
Depuis le début des années 1960, un groupe de dirigeants au sein du Collège des pharmaciens tente d’inculquer une orientation plus clinique à la profession par l’adoption de divers règlements et la promotion de pratiques visant à renseigner les patients et à mieux contrôler la distribution de médicaments. La surveillance de la thérapie médicamenteuse des patients grâce au dossier pharmacologique constitue la pierre d’assise de cette nouvelle conception de la pratique. La tenue d’un dossier pharmacologique doit ainsi permettre aux pharmaciens de déceler les risques d’interactions médicamenteuses et prévenir les dangers de surconsommation.

L’utilisation du dossier pharmacologique tarde cependant à s’implanter chez les pharmaciens. Selon Johanne Collin, « faire preuve de vigilance à l’égard de la consommation médicamenteuse du public s’avère toutefois difficilement compatible avec le contexte très commercial dans lequel opèrent [à l’époque] la plupart des pharmaciens communautaires ». Ainsi, malgré les efforts du Collège des pharmaciens et d’associations professionnelles telles l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires de nombreux obstacles subsistent dans la voie pour professionnaliser l’exercice de la pharmacie.

L’éditorial présenté ici se veut un plaidoyer pour une utilisation répandue, et surtout adéquate, du dossier pharmacologique par un plus grand nombre de pharmaciens d’officine. Le texte se veut une réponse aux pharmaciens récalcitrants face à ce nouvel outil et illustre en ce sens le clivage qui persiste entre mercantilisme et professionnalisme parmi les pharmaciens à l’époque.

Résumé de l’éditorial
Le rédacteur en chef de Québec Pharmacie, Georges Chalifoux, réitère l’importance de tenir un dossier pharmacologique adéquat en pharmacie d’officine. Selon lui, la question n’est plus de savoir si ces dossiers ont une raison d’être, mais plutôt comment les pharmaciens devront s’organiser pour offrir ce service de manière adéquate à leur patient. M. Chalifoux conçoit que la mise en place d’un tel système pourrait en décourager plusieurs, mais il témoigne également de confrères qui, bien que réticents au départ, éprouvent désormais une grande satisfaction à la tenue de ces dossiers. Il rappelle que l’AQPP met à la disposition de ses membres un formulaire uniforme de dossier pharmaceutique qui a suscité beaucoup d’engouement chez les pharmaciens, si bien que 500 000 copies ont été distribuées à travers la province. Même si ce dossier pharmaceutique a été adopté par la majorité des pharmaciens d’officine, selon M. Chalifoux, il demeure nécessaire d’en faire une utilisation appropriée afin de mieux renseigner et protéger les clients. C’est de cette manière que les pharmaciens pourront arriver à revaloriser leur image auprès du public.

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Et aujourd’hui …
Les efforts entrepris par les dirigeants du Collège des pharmaciens à partir du début des années 1960 pour revaloriser et redéfinir la profession portent fruits alors que la Loi sur la pharmacie, qui reconnaît le rôle clinique du pharmacien, est adoptée en 1973. En plus de définir l’acte pharmaceutique comme la préparation ou la vente d’un médicament en exécution ou non d’une ordonnance, la loi confère dorénavant la responsabilité aux pharmaciens de la distribution et du contrôle de la consommation médicamenteuse dans la population. Le pharmacien doit donc tenir un dossier pour chaque patient recevant un médicament d’ordonnance. Ce n’est cependant que dans les années 1980 que l’utilisation du dossier-patient se répand dans les pharmacies communautaires.

Aujourd’hui le dossier pharmacologique des patients constitue un outil de travail essentiel pour les pharmaciens. Les informations qu’il contient permettent une analyse adéquate de la thérapie d’un patient. Il minimise le risque d’interactions médicamenteuses, de duplication thérapeutique et de surconsommation de médicaments. L’apport du dossier pharmacologique à l’optimisation des soins de santé d’un patient est si important qu’il est désormais informatisé et accessible à l’ensemble des intervenants. L’information sur les médicaments prescrits et obtenus en pharmacies est en effet l’un des piliers du Dossier santé Québec (DSQ) et ce, avec les résultats d’analyses en laboratoire, les résultats d’imageries médicales et les sommaires rédigés suite à une hospitalisation. Malgré les dépassements de coûts et les nombreux retards dans la mise en fonction du DSQ, l’informatisation des dossiers-patients et l’accessibilité de ces renseignements à l’ensemble des intervenants en santé demeurent une avancée importante dans la prestation de soins. Il serait désolant qu’en vertu de son passé trouble, le DSQ soit implanté dans l’indifférence. À nous d’optimiser son utilisation au point de (presque?) rentabiliser l’investissement.

Références :
Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec. Montréal : Musée d’histoire de la pharmacie, 1994, 333 p.

Auteurs :
Alexandre Meunier-Sirois
Nancy Marando

Création : 18 février 2016
Mise à jour : 10 janvier 2016
Publication : 17 janvier 2017

 

L’homéopassivité (Québec Pharmacie, juillet 1989)

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Contexte
À la fin des années 1980, les produits homéopathiques gagnent en popularité au Québec et sont de plus en plus présents sur les tablettes des pharmacies. L’homéopathie consiste à soigner les patients à partir de remèdes comprenant des doses infinitésimales d’un ingrédient actif dilué à répétition dans un solvant et injecté ensuite dans des granules de sucre. Une fois administré, le produit vise à améliorer le système de défense naturelle pour tuer la bactérie responsable d’une maladie.

L’homéopathie est encore peu connue au Québec jusque dans les années 1980, mais la publication d’un article dans la réputée revue scientifique britannique Nature en 1988 lance un débat sur la valeur thérapeutique des remèdes homéopathiques et contribue à accroître leur notoriété auprès du public. L’article controversé de Jacques Benveniste, intitulé Human basophil degranulation triggered by very dilute anti-serum against IgE, prétend démontrer la validité du principe de l’action de la dilution en homéopathie.  Cette publication a l’effet d’une bombe dans les médias grand public, mais est accueillie avec scepticisme par la communauté scientifique[1]. Quelque temps après la publication de l’article initial, la revue se rétracte et fait état des vices méthodologiques importants dans les expériences de Benveniste.

À la fin des années 1980, le marché des produits homéopathiques est en pleine expansion au Québec. La popularité grandissante de ces produits, et probablement le désir de ne pas perdre un marché lucratif, incite un grand nombre de pharmaciens à les introduire dans leur officine. L’absence de réglementation entourant les produits homéopathiques suscite cependant l’inquiétude chez certains pharmaciens en ce qui concerne la protection du public. En effet, plusieurs de ces produits ont obtenu auprès de Santé Canada un numéro d’identification, appelé DIN (Drug Identification Number), qui en accroît la notoriété aux yeux du public. Or, à l’époque, ce DIN est accordé à toute compagnie qui en fait la demande et qui démontre l’innocuité du produit, sans avoir à faire la preuve de son efficacité.

Dans ce contexte, des pharmaciens demandent que l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) dicte une ligne de conduite à ses membres. À l’époque, l’organisme considère que « le fait de distribuer un médicament homéopathique est compatible avec l’exercice de la pharmacie» et les pharmaciens sont invités à mieux se documenter sur l’homéopathie et les remèdes disponibles (Québec Pharmacie, novembre 1989). Alain Boisvert, alors directeur général et secrétaire de l’OPQ, considère que cette position «ne constitue pas une reconnaissance formelle et scientifique de l’efficacité des médicaments homéopathiques. La seule conclusion que l’Ordre puisse tirer à propos de ceux-ci est que plus de données scientifiques, obtenues via méthodologie acceptable, seront nécessaires» (Québec Pharmacie, novembre 1989). Selon M. Boisvert, si les pharmaciens rejettent l’homéopathie, les clients intéressés par ces remèdes se tourneront vers d’autres commerçants ne possédant pas la formation professionnelle nécessaire pour les conseiller adéquatement.

Cette position n’est toutefois par partagée par l’ensemble des pharmaciens. Certains jugent plutôt que la vente de produits homéopathiques dans les pharmacies est contraire au code d’éthique des pharmaciens. Raymond Chevalier est l’un des pourfendeurs de cette pratique et est largement sollicité à ce sujet par les médias dans les années 1990.

Résumé de l’éditorial
Raymond Chevalier, rédacteur en chef de Québec Pharmacie et pharmacien-propriétaire, s’oppose farouchement à la vente par des pharmaciens de produits homéopathiques. Dans son éditorial, il se dit surpris de voir comment les produits homéopathiques ont fait leur entrée dans les pharmacies sans qu’un débat de fond sur le sujet n’ait été lancé dans un milieu où sont habituellement très prisés les principes cliniques et scientifiques. Ainsi, les remèdes homéopathiques se sont imposés sur les tablettes des pharmacies communautaires partout en province sans pour autant que des études sérieuses aient fait la preuve de leur valeur thérapeutique et sous le regard complaisant des organismes tels l’Ordre des pharmaciens du Québec, les facultés de pharmacie ou l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires. Il presse donc ses collègues d’entamer rapidement une réflexion sur la présence des produits homéopathiques dans leurs établissements et de clarifier leur rôle face à cette industrie pour protéger la santé publique et aussi, pour ne pas discréditer la profession.

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Et aujourd’hui …
La popularité et les ventes de produits homéopathiques ont continué de croître tout au long des années 1990. Au début de la décennie, le marché connaît une croissance de 15 à 20% (Les Affaires, 20 mars 1993). Une enquête sur les thérapies alternatives réalisée en 1992 à la demande du ministère de la Santé et des Services sociaux révèle que plus de quatre Québécois sur cinq perçoivent l’homéopathie comme une thérapeutique très efficace ou assez efficace (La Presse, 31 mai 1998). Le pourcentage de personnes qui ont eu recours au moins une fois aux plantes médicinales a par ailleurs triplé de 1995 à 1999, passant de 15 à 45%. En 1999, les ventes de produits à base de plantes ont totalisé 500 millions de dollars au Canada, dont le quart au Québec, et deux milliards de dollars si on inclut les plantes médicinales et les suppléments de vitamines et minéraux (L’Actualité, 1er décembre 2000).

 Face à la croissance de ce marché et pour répondre aux nombreux questionnements entourant la réglementation, l’innocuité et l’accès aux produits de santé naturels (PSN), Santé Canada crée un comité consultatif en 1997 chargé d’étudier le cadre réglementaire touchant ces produits. Ce comité recommande que les PSN soient assujettis à une réglementation distincte. Ainsi, le Règlement sur les produits de santé naturels entre en vigueur le 1er janvier 2004. Dorénavant, une licence de mise en marché est nécessaire pour autoriser la vente de PSN. De plus, un établissement chargé de la fabrication, de l’emballage et de l’étiquetage de ces produits doit obtenir une licence d’exploitation en faisant la preuve de leur innocuité et efficacité en plus de démontrer qu’ils ont été produits en respectant les bonnes pratiques de fabrication.

Malgré l’adoption de ce règlement, les réflexions proposées par Raymond Chevalier sont encore d’actualité aujourd’hui, les remèdes homéopathiques étant encore présents sur les tablettes de pharmacies. En effet, déjà à la fin des années 1990, ces produits sont en vente dans presque toutes les pharmacies de la province. Ce marché représente des marges de profit intéressantes pour les pharmaciens, soit de 30 à 50%, et pour certains, peut compenser les pertes encourues par l’interdiction de vente de tabac dans les pharmacies en vigueur depuis 1998. Par ailleurs, afin de répondre aux besoins de ses membres, l’OPQ publiait, en 1992, une norme encadrant la vente de ces produits en pharmacie. Selon l’OPQ, la vente de médicaments homéopathiques, sur ordonnance ou non, fait partie de l’exercice de la profession. Des consignes contradictoires sont cependant transmises aux pharmaciens avec cette norme. Ces derniers sont invités à rappeler aux clients que l’homéopathie ne repose sur aucun constat scientifique, à veiller à ce que le patient n’interrompe pas sa médication conventionnelle pour un produit homéopathique et à conseiller tout de même le patient dans sa recherche d’un médicament homéopathique.

Malgré cette prise de position plutôt modérée, l’OPQ intente des poursuites contre l’une de ses membres, Michèle Boisvert, surnommée la reine de l’homéopathie au Québec. Pharmacienne depuis 1965, madame Boisvert était reconnue comme la première représentante de la profession à avoir proposé des remèdes homéopathiques en magasin. En 1987, elle fonde l’entreprise Homéocan qui fabrique et distribue des produits homéopathiques en Amérique du Nord. Au début de l’année 2015, l’OPQ réclame la démission de madame Boisvert. Si certains médias ont interprété cette réprimande comme une attaque de l’OPQ contre la pseudoscience de l’homéopathie, une lecture attentive du jugement permet une compréhension tout autre du litige. En effet, ce sont plutôt les manquements au Code de déontologie des pharmaciens qui sont reprochés à madame Boisvert. Le litige entre l’OPQ et madame Boisvert prenait racine dans le fait qu’elle s’identifiait comme «pharmacienne» afin de non seulement légitimer ses produits homéopathiques, mais également d’en faire la promotion dans des publicités destinées au grand public. L’article 101 du Code de déontologie des pharmaciens interdit pourtant à un pharmacien d’utiliser son titre à des fins mercantiles. L’OPQ reprochait également à madame Boisvert d’avoir fait la publicité d’un «produit de santé naturel» sans l’accompagner des montions d’usages sur les risques reliés à son utilisation (art. 96).

Il est important de réfléchir sur l’avenir que nous voulons pour notre profession. Tranquillement, l’opinion publique cesse de nous percevoir comme des commerçants, parfois sans scrupules, et prêt à jouer avec la santé de nos patients devant l’appât du gain. Si nous voulons être perçus comme des professionnels de la santé que l’on peut consulter en toute confiance, devrions-nous nous abstenir de vendre des produits homéopathiques en pharmacie? Chose certaine, nous devons conseiller nos patients à l’aide de données probantes qui ne sont malheureusement pas coutume avec les remèdes homéopathiques.

Alors M. Chevalier, même après plus de 25 ans d’homéopassivité, nous sommes malheureusement toujours en réflexion!

 

[1] Le rédacteur en chef de la revue à l’époque, Sir John Maddox, avait posé une condition à la publication de l’article de Benveniste : qu’une équipe indépendante ait accès à ses laboratoires afin d’évaluer sa méthode de recherche. Sous la supervision de l’équipe indépendante, Benveniste répète l’expérience et, cette fois-ci, les résultats sont non concluants. La communauté scientifique n’est toujours pas convaincue par les conclusions du chercheur. Voir Homeopathy : The test. BBC. Science and Nature Homepage. [en ligne ] : http://www.bbc.co.uk/science/horizon/2002/homeopathy.shtml (page consultée le 12 décembre 2016); Hirst SJ, Hayes NA, Burridge J. Human basophil degranulation is not triggered by very dilute antiserum against human IgE. Nature (9 December 1993);366:525-7.

Références :
Boisvert A. Le débat sur l’homéopathie. Québec Pharmacie 1989 (novembre);36.

Code de déontologie des pharmaciens, RLRQ c P-10, r 7. [en ligne] : https://www.canlii.org/fr/qc/legis/regl/rlrq-c-p-10-r-7/derniere/rlrq-c-p-10-r-7.html (page consultée le 3 février 2016).

Homeopathy : The test. BBC. Science and Nature Homepage. [en ligne ] : http://www.bbc.co.uk/science/horizon/2002/homeopathy.shtml (page consultée le 12 décembre 2016).

Larouche V. La reine de l’homéopathie chassée de l’Ordre des pharmaciens. La Presse, 4 février 2015. [en ligne] : http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201412/15/01-4828571-la-reine-de-lhomeopathie-chassee-de-lordre-des-pharmaciens.php (page consultée le 3 février 2016).

Les pharmaciens [du Québec] veulent être mieux connus. La Presse, 13 juin 1988, A6.

Les produits de santé naturels au Canada – Un historique. Santé Canada. [en ligne] : http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/prodnatur/about-apropos/history-historique-fra.php (page consultée le 12 décembre 2016).

Ordre professionnel des pharmaciens contre Boisvert. Décision rendue le 4 février 2015. [en ligne] : https://www.canlii.org/fr/qc/qccdopq/doc/2015/2015canlii10010/2015canlii10010.html?searchUrlHash=AAAAAQAgT3JkcmUgZGVzIHBoYXJtYWNpZW5zIGR1IHF1w6liZWMAAAAAAQ&resultIndex=1 (page consultée le 3 février 2016).

Règlement sur les produits de santé naturels au Canada. Santé Canada [en ligne] : http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/prodnatur/about-apropos/index-fra.php (page consultée le 12 décembre 2016).

Robitaille A. Tromperie et placébo. Le Devoir, 17 décembre 2014 [en ligne] : http://www.ledevoir.com/societe/sante/426887/ordre-des-pharmaciens-et-homeopathie-tromperie-et-placebo (page consultée le 3 février 2016).

Stanton D. La folie des herbes. L’Actualité 2000 (1er décembre); 25(19) :28.

Thibaudeau C. Les pharmaciens vendent l’homéopathie sans y croire. La Presse, 31 mai 1998, C3.

Vallières M. Homéocan : quand une pharmacienne devient entrepreneure industrielle. Les Affaires, 20 mars 1993, p. 19.

Auteurs :
Alexandre Meunier-Sirois
Nancy Marando

Création : 3 février 2016
Mise à jour : 12 décembre 2016
Publication : 14 décembre 2016

 

 

Le congrès de la FIP: Un rendez-vous avec l’inédit (Québec Pharmacie, juillet 1985)

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Contexte
En 1985, le 45e congrès international des sciences pharmaceutiques de la Fédération internationale pharmaceutique (FIP) se tient pour la première fois en sol canadien, à Montréal. Organisé conjointement avec l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), le congrès, qui a pour thème « À la poursuite de l’excellence », attire environ 2800 participants provenant d’une centaine de pays. Pour marquer l’événement historique, un timbre commémoratif à l’effigie de Louis Hébert est dévoilé par Postes Canada afin de souligner les réalisations du premier apothicaire de Nouvelle-France.

La tenue de ce congrès à Montréal souligne les liens étroits qui se sont développés entre la FIP et les pharmaciens québécois au fil des ans. Les percées pharmaceutiques nombreuses dans la période de l’après-guerre ont rendu nécessaire la participation à des activités de formation continue pour assurer la mise à jour des connaissances. Cependant, l’offre d’activités en français est plutôt restreinte au Canada à l’époque et plusieurs pharmaciens du Québec se tournent vers le programme d’activités mis sur pied par la FIP, qui est accessible en français. En participant aux congrès annuels de la FIP, ces pharmaciens ont pu rencontrer des collègues étrangers et être informés des dernières tendances en pharmacothérapie, pour ensuite transmettre les connaissances acquises à leurs collègues et contribuer ainsi à l’avancement de la pratique dans la province.

Jusque dans les années 1960, le développement professionnel était laissé à la discrétion des pharmaciens. Si bon nombre de pharmaciens élargissaient leur champ d’expertise par intérêt professionnel ou personnel en participant à diverses activités, le Collège des pharmaciens du Québec reconnaît, dans son nouveau code d’éthique adopté en 1969, l’importance pour tous les pharmaciens de consacrer une partie de leur temps à des activités de formation continue. Un programme est dès lors mis sur pied et permet d’accumuler des crédits de formation continue. Bien qu’aucun seuil minimal de crédits ne soit fixé pour conserver le droit de pratique, le développement professionnel demeure une responsabilité des pharmaciens. En effet, l’article 13 du Code de déontologie précise que « le pharmacien doit, dans la mesure de ses possibilités, aider au développement de la pharmacie par le partage de ses connaissances et de son expérience, notamment avec les autres pharmaciens, les étudiants et les stagiaires en pharmacie, ainsi que par sa participation à des activités et des cours de formation continue ainsi qu’à des stages ». De plus, l’article 34 du Code spécifie que « le pharmacien doit exercer la pharmacie avec compétence et selon les données scientifiquement acceptables et les normes professionnelles reconnues. À cette fin, il doit notamment développer, parfaire et tenir à jour ses connaissances et habilités. »

Malgré cette obligation, plusieurs contraintes limitent la participation des pharmaciens à un plus grand nombre d’activités. Dans les établissements de santé, ce n’est qu’en 1985 qu’une clause est intégrée à l’entente de travail afin que soient rémunérées les journées de formation continue. Même si des sommes sont consenties pour le perfectionnement des pharmaciens, elles varient selon les objectifs budgétaires fixés par le gouvernement et sont souvent insuffisantes, limitant ainsi l’accès une plus grande diversité d’activités de formation, tout particulièrement celles se déroulant à l’étranger. En milieu communautaire, le financement et les déplacements associés aux activités de perfectionnement se font aux frais des pharmaciens propriétaires, alors que les pharmaciens salariés sont tributaires de la volonté de leur employeur pour assurer leur développement professionnel.

Donc, la tenue du congrès de la FIP à Montréal en 1985 a constitué une occasion sans pareille pour les pharmaciens du Québec d’entrer en contact avec des collègues de l’étranger et de mettre en valeur les pratiques implantées au Québec.

Résumé de l’éditorial
La rédactrice en chef de Québec Pharmacie, Diane Lamarre, se réjouit de la tenue du congrès de la FIP à Montréal auquel peuvent finalement assister les pharmaciens québécois qui n’ont pas toujours l’occasion de se déplacer à l’étranger pour assister à un événement de cette envergure. Avec plus de 200 conférences et séances d’affichage au programme, ce congrès permet de découvrir ce qui se prépare en pharmacie au Canada, aux États-Unis et en Europe, et de rencontrer des experts de divers pays pour échanger et partager les expériences et résultats de recherche. La chronodépendance de certaines classes médicamenteuses, les nouveautés concernant l’insuline  ainsi que l’influence et les variations des nouvelles formes pharmaceutiques permettant la libération contrôlée de médicaments administrés par voie orale ou rectale sont quelques-uns des sujets abordés pendant l’événement.

Le congrès de la FIP constitue donc une occasion de découvrir les nouvelles tendances, mais aussi de faire rayonner la pharmacie québécoise. Plusieurs pharmaciens y représentent le Québec et peuvent ainsi mettre en valeur les éléments d’avant-garde dans leur pratique. Québec Pharmacie souligne d’ailleurs la contribution des chercheurs et pharmaciens du Québec à l’événement en  publiant un encart à ce sujet dans les pages centrales de son numéro de juillet 1985.

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Et aujourd’hui …
Fondée en 1912, la FIP est une organisation mondiale regroupant les associations nationales de pharmaciens et de scientifiques du médicament. En 2016, elle compte 139 organisations membres représentant plus de trois millions de pharmaciens et chercheurs à travers le monde. La FIP a pour mission d’« améliorer la santé mondiale, en faisant progresser la pratique et les sciences pharmaceutiques afin d’améliorer dans le monde entier la découverte, le développement, l’accessibilité et l’usage rationnel de médicaments appropriés, de qualité et présentant un rapport coût-efficacité favorable. » (FIP, Vision 2020).

Les pharmaciens québécois ont maintenu leurs liens avec la FIP au fil des ans. Certains pharmaciens dont Julien Braun, doyen de la Faculté de pharmacie de l’Université de Montréal de 1970 à 1982, Yves Gariépy, François Schubert et Régis Vaillancourt, ont fait partie de divers groupes de travail ou de l’exécutif de l’organisation. D’autres pharmaciens continuent d’assister aux activités de la FIP. En 2012, Hélène Blanchette, Chantal Pharand, Pierre Moreau et Jean Lefebvre ont d’ailleurs participé au congrès célébrant le centenaire de la FIP qui avait lieu aux Pays-Bas. L’organisation organise toujours un congrès annuel qui attire les participants de tous les continents, le dernier ayant eu lieu à Genève en 2016.

Par ailleurs, le perfectionnement et la participation à des activités de formation continue, particulièrement quand elles se déroulent à l’étranger, sont les aspects de la pratique qui sont le plus souvent touchés par les compressions budgétaires imposées dans le réseau de la santé depuis plusieurs années.  Faisant l’objet de coupures budgétaires récurrentes depuis des décennies, les établissements de santé ont encore une fois été soumis à un effort de réduction des dépenses avec l’adoption du projet de la 100 (Loi mettant en œuvre certaines dispositions du discours sur le budget du 30 mars 2010 et visant le retour à l’équilibre budgétaire en 2013-2014 et la réduction de la dette), qui exige notamment la mise en place de mesures pour diminuer les dépenses associées à la formation du personnel afin d’atteindre l’équilibre budgétaire. Les pharmaciens du secteur communautaire ont pour leur part été particulièrement touchés par les dispositions du projet de loi 28 qui prévoit d’importantes coupures dans les revenus des pharmaciens et des pertes importantes pour les pharmacies. En plus de limiter les embauches et de diminuer l’offre de services, ce projet de loi aura des répercussions certaines sur la participation des pharmaciens du secteur communautaire à des activités de formation continue. Dans un contexte où les pharmaciens sont appelés à fournir de nouveaux services à la population en vertu du projet de loi 41 et où la pharmacothérapie se complexifie, on peut se questionner sur l’impact de ces coupures sur la qualité des soins et services pharmaceutiques qui seront offerts à la population dans les années à venir.

Références :
Bussières JF, Marando N. De l’apothicaire au spécialiste. Histoire de la pharmacie hospitalière au Québec. Montréal : Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec, 2011, 549 p.

Canadian Pharmacists Association. 1907-2007. 100 Years of Leadership in Pharmacy. Ottawa: Canadian Pharmacists Association, 2007.

Code de déontologie des pharmaciens. Code des professions, (L.R.Q. c. C-26).

« Congresses ans Conferences », Fédération internationale pharmaceutique. [en ligne] : http://www.fip.org/congresses (page consultée le 16 février 2016).

« Le congrès de la FIP : Montréal accueille 2,800 pharmaciens des cinq continents ». Québec Pharmacie (novembre 1985);32(9) : 481-3.

Fédération internationale pharmaceutique. Vision 2020 : La vision, la mission et le plan stratégique. [en ligne] : http://www.fip.org/files/fip/StrategicPlanNoAnnexesFR.pdf (page consultée le 16 février 2016).

QUÉBEC. Loi concernant principalement la mise en œuvre de certaines dispositions du discours sur le budget du 4 juin 2014 et visant le retour à l’équilibre budgétaire en 2015-2016, R.L.Q., chapitre 8, 21 avril 2015. [Québec], Éditeur officiel du Québec, 2015.

QUÉBEC. Loi mettant en œuvre certaines dispositions du discours sur le budget du 30 mars 2010 et visant le retour à l’équilibre budgétaire en 2013-2014 et la réduction de la dette, R.L.Q. chapitre 20, 12 juin 2010. [Québec], Éditeur officiel du Québec, 2010.

Thiffault J. Projet de loi 28 : des pertes de 100 000 $ par pharmacie au Québec. Site Mon pharmacien, 28 novembre 2014. [en ligne] : https://www.monpharmacien.ca/projet-de-loi-28-des-pertes-de-100-000-par-pharmacie-au-quebec (page consultée le 6 décembre 2016).

Auteurs :
Pierre-André Savard
Nancy Marando

Création : 16 février 2016
Mise à jour : 6 décembre 2016
Publication : 7 décembre 2016

Bonnes vacances? (Québec Pharmacie, juillet 1999)

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Contexte
L’éditorial de Judith Choquette fait état d’un phénomène qui, à la fin des années 1990, commence à frapper le monde pharmaceutique : une pénurie d’effectifs qui affecte les secteurs communautaire et hospitalier et touche autant les grandes villes que les régions éloignées. À l’époque, la profession est en pleine mutation. Un nouveau concept, celui des soins pharmaceutiques, s’implante progressivement dans la pratique et exige du pharmacien une prise en charge plus grande de chaque patient. Au même moment, le réseau de la santé subit des transformations majeures. D’une part, l’implantation du régime général d’assurance médicaments en 1997 entraîne une hausse du nombre d’ordonnances dans le secteur communautaire. D’autre part, le virage ambulatoire entrepris afin de réduire les dépenses dans le réseau de la santé a un effet direct sur les pharmaciens du secteur communautaire en augmentant la demande pour des soins et services pharmaceutiques. Le vieillissement de la population, la féminisation de la profession, qui se traduit par une augmentation du travail à temps partiel, la multiplication des débouchés pour les gradués, principalement dans l’industrie pharmaceutique, l’ouverture d’un grand nombre de succursales notamment dans les épiceries et grands magasin ainsi que l’extension des heures d’ouverture des pharmacies, sont d’autres facteurs qui contribuent à augmenter les besoins de main-d’œuvre dans le secteur communautaire. Un sondage réalisé par l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) fait d’ailleurs état d’une pénurie de 203 pharmaciens dans le réseau privé en 1999 (De l’apothicaire au spécialiste…, p. 258).

Si le manque d’effectifs est important dans les pharmacies communautaires, la situation est critique dans les établissements de santé. En effet, la pénurie de pharmaciens dans le secteur communautaire crée un contexte compétitif où les pharmaciens des établissements de santé sont courtisés et se voient offrir des conditions de travail et des salaires avantageux et attrayants. Plusieurs quittent pour occuper un poste dans les officines, dans les firmes de consultants, ou dans l’industrie pharmaceutique. En plus des départs vers ces milieux, bon nombre de pharmaciens d’établissements de santé profitent du programme de départs volontaires instauré par le gouvernement en 1997 afin de profiter d’un départ hâtif à la retraite. Ainsi, en 1999, 43 postes de pharmaciens d’établissements de santé sont vacants et 48 sont temporairement dépourvus de leur titulaire depuis moyenne huit mois, soit 17% des effectifs (De l’apothicaire au spécialiste, p. 259). Cette situation provoque des coupures de services – voire même une rupture complète des services dans certains établissements – et compromet grandement la qualité des soins et services pharmaceutiques offerts dans les hôpitaux. De plus, les conditions de travail et les salaires offerts dans le réseau de la santé ne facilitent pas le recrutement de nouveaux diplômés qui permettrait de combler les postes vacants. En effet, un candidat intéressé à œuvrer en établissement de santé doit compléter un programme de deuxième cycle d’une durée de 18 mois au terme duquel il obtient un salaire d’entrée inférieur à ce qui est offert dans les autres secteurs pharmaceutiques.

Au début des années 2000, la pénurie d’effectifs s’accentue et selon l’OPQ, il manque 261 pharmaciens dans les établissements de santé et 400, dans le secteur communautaire (La Presse, 6 juillet 2002). En 2003, la pénurie oscille entre 800 et 1000 pharmaciens, soit 17% de l’effectif total (Le Devoir, 13 août 2003). Cette situation a pour effet d’augmenter le recours à des pharmaciens remplaçants dont les salaires font augmenter les dépenses dans le réseau de la santé et créent une pression à la hausse sur la rémunération en pharmacie. Le ministère de la Santé et des services sociaux (MSSS) reconnaît alors la pénurie d’effectifs en pharmacie et met sur pied un groupe de travail dont les recommandations sont présentées dans le rapport Planification de la main-d’œuvre en pharmacie publié en 2001. La majoration de la bourse offerte aux résidents en pharmacie hospitalière, l’augmentation du nombre d’admissions dans les programmes de pharmacie de premier et de deuxième cycles et la mise en place d’un programme d’intéressement à la pratique en milieu hospitalier sont quelques-unes des recommandations mises en œuvre par le MSSS pour résorber la pénurie d’effectifs principalement dans les établissements de santé. Le groupe de travail suggère aussi d’assouplir les conditions d’admission à la pratique de pharmaciens étrangers et de revoir les processus pour faire une plus grande place aux assistants techniques en pharmacie et intégrer les technologies afin de libérer les pharmaciens de certaines tâches.

De son côté, l’OPQ forme aussi un groupe de travail pour étudier la question et trouver des pistes de solution. Ainsi, une entente est conclue en 2003 avec l’Ordre des pharmaciens de l’Ontario pour autoriser le déplacement des pharmaciens d’une province à l’autre. Puis, en 2008, un accord est signé entre l’OPQ et l’Ordre national des pharmaciens de France afin d’assurer la reconnaissance mutuelle des qualifications des pharmaciens français et québécois, ce qui permet aux pharmaciens migrants d’accéder à la pratique plus rapidement. Enfin, l’Université de Montréal met sur pied, en 2011, un programme d’appoint pour les pharmaciens étrangers. D’une durée de 16 mois, le programme, qui accueille 25 candidats par cohorte, fournit une formation complémentaire aux pharmaciens étrangers afin qu’ils soient aptes à prodiguer des soins pharmaceutiques de qualité au Québec.

Résumé de l’éditorial
La rédactrice en chef de Québec Pharmacie, Judith Choquette, constate que la pénurie d’effectifs en pharmacie s’aggrave et que plusieurs de ses collègues sont à risque d’épuisement à force de prolonger leur semaine de travail pour offrir le même niveau de service aux patients. Bien consciente que la pénurie est une conséquence d’une mutation du marché, elle n’arrive cependant pas à déterminer quelle mesure viendrait résoudre le problème. En effet, les débouchés pour les pharmaciens sont maintenant nombreux et ils ne sont plus limités à œuvrer en officine ou en hôpital. Beaucoup de pharmaciens choisissent d’œuvrer dans l’industrie pharmaceutique, les sièges sociaux de chaînes et bannières ou pour des firmes de consultants, ce qui accentue la concurrence et éloigne un grand nombre de pharmaciens des secteurs communautaire et hospitalier où la pénurie est criante. De plus, bon nombre de travailleurs choisissent désormais un horaire à temps partiel afin d’améliorer la conciliation travail-famille.

Selon madame Choquette, il est possible que cette mutation ne soit que transitoire. C’est pourquoi il est si difficile de trouver les solutions adéquates au problème d’effectifs. Bien qu’elle propose d’augmenter le nombre d’admission dans les programmes de pharmacie des facultés de pharmacie, elle est bien consciente que cette solution pourrait provoquer un surplus de main-d’œuvre dans les années subséquentes, advenant un ajustement du marché.

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Et aujourd’hui …
La pénurie de pharmaciens a perduré pendant plus d’une décennie. En milieu communautaire, la pénurie semble maintenant s’atténuer, particulièrement à Montréal et à Québec, en raison de l’adoption du projet de loi 28 qui a créé un climat d’incertitude économique dans les pharmacies, forçant ainsi les pharmaciens-propriétaires à mettre un frein aux embauches, voire même à diminuer les heures de service de leurs employés. De plus, le recours aux services de pharmaciens remplaçants a nettement diminué au cours des dernières années, ce qui témoigne d’une certaine stagnation de la demande en main-d’œuvre pharmaceutique.

En milieu hospitalier, la pénurie d’effectifs persiste malgré la conclusion d’une entente de travail en 2012 qui a permis de rehausser les salaires afin de mieux concurrencer le secteur privé et l’augmentation du nombre d’admission à la maîtrise en pratique pharmaceutique. Selon les données colligées par l’Association des pharmaciens des établissements de santé (A.P.E.S.) en 2016, plus de 250 postes ne sont toujours pas comblés dans les établissements de santé de la province et la pénurie se situe à 18,2% des effectifs, un recul de seulement 0,9% par rapport à 2015 (Leduc C. La pénurie de pharmaciens…).

Références :
Bussières JF, Marando N. De l’apothicaire au spécialiste. Histoire de la pharmacie hospitalière au Québec, 2011, 549 p.

Castonguay A. Grave pénurie de pharmaciens au Québec. Le Devoir, 13 août 2003, A3.

Cortes F. Pharmacie : on change, on recrute, on féminise. La Presse, 6 juillet 2002, p. I8.

Dubuc A. Le Québec ouvrira la porte aux pharmaciens français. Les Affaires, 15 juin 2002.

Leduc C. Pénurie de pharmaciens : un phénomène en voie de disparition, constatent plusieurs propriétaires. Profession Santé, 5 février 2016.

Leduc C. Pharmaciens : y a-t-il encore une pénurie de main-d’œuvre? Profession Santé, 26 Janvier 2016.

Leduc C. La pénurie de pharmaciens ne se résorbe pas assez rapidement, estime l’A.P.E.S. Profession Santé, 23 septembre 2016.

Programme d’appoint pour les pharmaciens étrangers. Site de l’Ordre des pharmaciens du Québec. [en ligne] : http://www.opq.org/fr-CA/diplomes-hors-quebec/programme-d-appoint-pour-les-pharmaciens-formes-a-l-etranger/ (page consultée le 9 février 2016).

Proulx MH. Recherche pharmaciens désespérément. L’Actualité (31 mars 2004);29(5):40.

Auteurs :
Alexandre Meunier-Sirois
Nancy Marando

Création : 9 février 2016
Mise à jour : 29 novembre 2016
Publication : 1er décembre 2016

L’intégration des stages dans le curriculum académique (Québec Pharmacie, mars 1983)

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Contexte
Jusque dans les années 1970, la formation pratique des étudiants en pharmacie de premier cycle consistait en un stage d’une durée de 2000 heures, réalisé en cours d’étude, suivi d’un internat de 1500 heures, soit l’équivalent d’un an, complété après le baccalauréat. Cette formation est remise en question à la suite de la tenue de la Commission Castonguay-Nepveu à la fin des années 1960 qui recommande une réforme du système professionnel pour que les corporations se chargent du développement de leurs membres par la mise sur pied de stages multidisciplinaires permettant aux différents professionnels du secteur de la santé de se côtoyer.

Le Collège des pharmaciens entreprend alors une réflexion sur la refonte du stage professionnel menant à l’adoption d’un règlement en 1972, qui sera officiellement adopté en 1975 et qui entre en vigueur le 1er janvier 1976. Ce dernier fixe la durée du stage de premier cycle à 480 heures, soit quatre stages de 120 heures réalisés en officine ou en hôpital, et celle de l’internat, à quatre mois. À compter de la fin des années 1970, la Faculté  de pharmacie de l’Université de Montréal et l’École de pharmacie de l’Université Laval souhaitent le transfert des stages dans leur milieu, à condition de recevoir les sommes nécessaires pour la rémunération des milieux de stages. Les discussions à ce sujet se poursuivent pendant plusieurs années entre l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ), l’Office des professions et les universités. Il est de l’avis général que le transfert des stages à ces dernières est la solution logique pour améliorer la formation des pharmaciens. Les participants aux Congrès des étudiants en pharmacie du Québec en 1983 concluent d’ailleurs que l’université «serait en mesure de compléter par les stages pratiques la formation théorique qu’elle dispense. L’université sait mieux que quiconque le programme académique couvert, les lacunes à combler par la formation pratique, tout en connaissant les besoins propres à chaque année.» (Bally M. Intégration du stage…)

Malgré les recommandations de l’Office des professions en faveur du transfert des stages aux universités et de la prolongation de l’internat, la formule des stages demeure relativement la même jusque dans les années 2000, c’est-à-dire que les étudiants doivent toujours compléter quatre stages de 120 heures au  et un internat de 600 heures. Une modification apportée aux règlements de la Loi de pharmacie en 1998 oblige par ailleurs qu’au moins un des stages réalisé en deuxième ou troisième année soit fait en établissement de santé.

Résumé de l’éditorial
Le rédacteur en chef de Québec Pharmacie, Claude Vezeau, a assisté au Congrès des étudiants en pharmacie du Québec où le stage de formation professionnelle a fait l’objet de discussions. Selon lui, les stages doivent être intégrés aux programmes universitaires et se dérouler sous la supervision des universités. De cette façon, un meilleur arrimage entre la théorie et la pratique en milieu de travail serait atteint. Cette intégration ne peut cependant se faire sans une injection de sommes d’argent dans les universités afin d’assurer la rémunération des milieux de stages. Enfin, dans la mesure où la refonte des stages est acceptée, il sera nécessaire de déterminer soigneusement les critères de sélection et le contenu de la formation des maîtres de stage afin de les recruter en nombre suffisant. M. Vezeau incite par ailleurs ses collègues à participer activement à l’enseignement et à jouer un rôle dans le développement des futurs pharmaciens. Il souhaite que la formation de la relève devienne d’abord une valeur prépondérante pour les pharmaciens, ce qui facilitera par la suite la transformation des stages.

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Et aujourd’hui …
La transformation du baccalauréat en doctorat professionnel en pharmacie en 2007 à la Faculté de pharmacie de l’Université de Montréal, et en 2011 à l’Université Laval, a rendu possible l’intégration des stages au cursus universitaire et leur reconnaissance par l’OPQ. À l’Université de Montréal, un neuvième trimestre est ajouté au programme de premier cycle et les stages de formation professionnelle font maintenant partie intégrante du cursus. Le nombre de crédits associés aux stages passe d’ailleurs de 14 au baccalauréat à 40 au doctorat professionnel. Au cours des deux premières années du programme, l’étudiant doit compléter un stage de quatre semaines en milieu communautaire et un autre, en milieu hospitalier. La quatrième année du cursus est presque exclusivement consacrée à la formation pratique avec la réalisation deux stages de huit semaines en milieu communautaire et deux stages de quatre et de huit semaines en milieu hospitalier. À l’Université Laval, le programme passe de 128 crédits au baccalauréat à 164 crédits au doctorat professionnel. La formation pratique est aussi intégrée au parcours universitaire pour un total de 41 semaines de stages de formation.

 

Références :
Marando N, Bussières JF. De L’apothicaire au spécialiste; Histoire de la pharmacie hospitalière au Québec. Montréal : A.P.E.S., 2011. 549 pp.

Bally M, et al. Intégration du stage dans le curriculum académique. Québec Pharmacie 1983 (mars); 30(3).

Auteurs :
Alexandre Meunier-Sirois
Nancy Marando

Création : 15 février 2016
Mise à jour : 14 novembre 2016
Publication :  15 novembre 2016

 

 

Québec Pharmacie, décembre 1974: Qui aurait prédit cela il y a 4 ans?

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Contexte
Le 7 novembre 1974 se produit un événement sans précédent dans le milieu pharmaceutique, qui a été désigné comme la « Journée du siècle en pharmacie ». À cette occasion, environ 1500 pharmaciens de tous les milieux et étudiants en pharmacie se rassemblent à Montréal pour appuyer l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) pendant la présentation d’un mémoire devant l’Office des professions du Québec. Cette manifestation met en évidence la polarisation du milieu pharmaceutique, divisé entre ceux qui sont désignés comme des pharmaciens commerçants et ceux qui privilégient le rôle professionnel du pharmacien pour le plus grand bénéfice du public.

Après l’adoption de la Loi de pharmacie en 1973, l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) entreprend l’élaboration de règlements pour encadrer l’exercice de la profession. Deux de ces règlements, conçus dans l’esprit de la nouvelle loi qui privilégie l’orientation clinique de la pharmacie, suscitent de vives réactions dans le milieu pharmaceutique. Le premier porte sur la publicité et stipule que les pharmaciens ne pourront y faire mention que de leur nom, leurs titres professionnels et l’adresse et les heures d’ouverture de leur commerce. Ainsi, toute publicité visant à encourager la consommation de médicaments est interdite. Le second règlement porte sur la tenue des pharmacies et stipule que l’exercice de la pharmacie doit se faire dans un local clos, distinct du local commercial où sont vendus les produits parapharmaceutiques.

Ce projet de règlements suscite de telles réactions que l’Office des professions est obligé de tenir des audiences publiques pendant quatre jours, en octobre et novembre 1974, pour entendre les arguments des différents groupes concernés, notamment, les pharmaciens dits « commerçants » et ceux qui privilégient l’orientation professionnelle de la pharmacie. D’un côté, les chaînes de pharmacie, dites d’escomptes, s’opposent à ces règlements qui entraîneraient, selon elles, une hausse des prix, une diminution de la qualité des services et la fermeture de nombreuses pharmacies qui ne pourraient faire face au fardeau fiscal liés aux travaux nécessaires pour se conformer au règlement sur la tenue des pharmacies. De l’autre côté, l’AQPP appuie sans réserve le projet de règlements puisque ce dernier est conforme à l’esprit de la nouvelle loi de pharmacie et met de l’avant le rôle du pharmacien en tant que professionnel de la santé.

Dès l’annonce de la tenue d’audiences publiques, les dirigeants de l’AQPP entreprennent la rédaction d’un mémoire pour défendre leur point de vue, lequel est endossé unanimement par les membres présents à l’assemblée générale du 6 octobre 1974. C’est aussi à ce moment que ces derniers appuient une résolution afin d’organiser une manifestation de masse à l’occasion de la présentation du mémoire lors des audiences publiques.

Le 7 novembre 1974, 800 pharmaciens propriétaires – soit 80% des 1015 pharmacies du Québec – ferment leurs pharmacies entre 9 h et 14 h pour se rendre à Montréal où ils sont rejoints par 200 collègues des autres milieux (hôpitaux, industrie pharmaceutique, universités) et par 500 étudiants des deux facultés de pharmacie du Québec venus appuyer l’AQPP dans ses représentations auprès de l’Office des professions. Tout ce monde assiste à l’allocution des représentants des quelque 40 pharmaciens des chaînes de pharmacie dont les propos attirent les huées des manifestants. Constatant le climat tendu et afin d’éviter une explosion de violence, le président de l’AQPP, Yves Comtois, invite les pharmaciens et étudiants à une séance de discussion où sont même présents les journalistes de la radio et de la télévision. Après cette rencontre, les manifestants assistent à la présentation des dirigeants de l’AQPP pendant que les étudiants manifestent sur la rue Sainte-Catherine pour sensibiliser le public au débat en cours.

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Images de la Journée du siècle en pharmacie. Source: Québec Pharmacie 1974 (décembre): 18-9.

Pendant l’audience, le porte-parole de l’AQPP, Gilles LaRocque, fait valoir que « la vraie pharmacie ne se définit pas par un lieu, par des objets, ni selon le goût, la mode ou les coutumes de consommation du public, mais en fonction des services professionnels dispensés à un individu. » (La Presse, 8 novembre 1974, A3) Il rappelle aussi que « si certains pensent qu’il n’est pas rentable de se conformer à la loi, qu’ils sortent donc de leurs magasins les médicaments et poisons, quittent les rangs du professionnalisme et se consacrent à la vente de produits et d’articles payants. La conception que se font certains pharmaciens de leur métier, empêche des centaines de jeunes pharmaciens, dépourvus de moyens financiers suffisants, d’ouvrir des officines, d’œuvrer professionnellement pour répondre adéquatement aux besoins particuliers des citoyens qui désirent acheter des conseils et éventuellement des médicaments. (Bastin R. Professionnalisme vs commerce, p. 11).

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La Une du quotidien La Presse, le 8 novembre 1974.

L’opération de l’AQPP est un succès : pour la première fois, pharmaciens de milieux divers ont fait preuve d’une solidarité exemplaire pour défendre une vision unique de la pharmacie tournée vers l’avenir.

Résumé de l’éditorial
Le président de l’AQPP, Yves Comtois, fait un retour sur les événements du 7 novembre 1974 dans son éditorial paru dans le numéro de décembre 1974 de Québec Pharmacie. Étant donné les divisions qui ont longtemps régné dans le secteur pharmaceutique, soit entre pharmaciens des différents milieux ou entre les membres de diverses associations, M. Comtois est fier de la solidarité dont ont fait preuve les pharmaciens afin de défendre l’orientation professionnelle de la pharmacie. En unissant leurs forces, les pharmaciens ont accru leur crédibilité auprès du législateur et M. Comtois est convaincu que la démonstration du 7 novembre aura un impact sur ce dernier.

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Et aujourd’hui …
Après la tenue des audiences publiques en 1974, l’Office des professions recommande que soit adopté le règlement sur la publicité et suggère des changements au règlement sur la tenue des pharmacies, préconisant plutôt l’érection de murs fixes d’une hauteur minimale de 7 pieds pour délimiter l’espace où sont conservés et vendus les médicaments en pharmacie. Ce règlement ainsi que celui sur la publicité sont contestés par une centaine de pharmaciens propriétaires et membres de franchises qui remettent en question l’autorité de l’OPQ et la légitimité des règlements. Des poursuites judiciaires sont entreprises et se poursuivent jusqu’au milieu des années 1980, même si ces règlements sont officiellement entérinés en 1981. Au début des années 1990, l’OPQ procède à une refonte de ses règlements qui entrent en vigueur en 1994. Dorénavant, les pharmaciens peuvent publiciser les services professionnels qu’ils offrent. En ce qui concerne la tenue des pharmacies, les pharmaciens sont maintenant obligés d’aménager un espace confidentiel pour la consultation de leur clientèle.

Par ailleurs, si les dissensions entre tenants de l’orientation commerciale et tenants de l’orientation professionnelle ont parfois ralenti la mise en place d’une pratique pharmaceutique conforme à l’esprit de la Loi de pharmacie de 1973, les pharmaciens ont à nouveau fait preuve de solidarité dans les dernières années face aux coupures imposées par les mesures d’austérité du gouvernement libéral. En effet, avec son projet de loi 28, le gouvernement du Québec annonçait des coupes dans les honoraires professionnels versés aux pharmaciens afin de récupérer 133 millions de dollars par année. L’AQPP a alors lancé une offensive pour dénoncer les répercussions de cette mesure sur les pharmaciens propriétaires et sur les services à la population. Un mémoire a d’abord été déposé à la Commission des finances publiques. L’AQPP y dénonce le fait que le «le projet de loi n˚ 28 prévoit des dispositions qui ne sont aucunement nécessaires dans le contexte actuel et  annonce une étatisation de la pharmacie sans la nommer et sans compensation.» (Archambault H. En colère contre le projet de loi 28…)

À cette occasion, des centaines de pharmaciens et étudiants en pharmacie ont entrepris une marche symbolique devant le bureau du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, le 26 mars 2015, pour protester contre ce projet de loi. La veille, des centaines de sarraus blancs avaient été acheminés au ministre Barrette par des pharmaciens en signe de solidarité.

Références :
« Pharmacies d’escomptes et “professionnels” s’affrontent devant l’Office des professions. La Presse, 8 novembre 1974, A3.

AQPP. À la recherche de stratégies négociées, porteuses et durables pour le Régime général d’assurance médicaments. Mémoire présenté à la Commission des finances publiques dans le cadre des consultations sur le projet de loi 28. Janvier 2015. Disponible en ligne : http://www.monpharmacien.ca/wp-content/uploads/2015/01/memoire_aqpp_-_pl_28_-_janvier_20152.pdf

Archambault, Héloïse. « En colère contre le projet de loi 28, les pharmaciens postent leur sarrau au ministre Barrette» Le Journal de Montréal, 27 mars 2015 [en ligne] : http://www.journaldemontreal.com/2015/03/27/en-colere-contre-le-projet-de-loi-28-les-pharmaciens-postent-leur-sarrau-au-dr-barrette

Bastin R. « Professionnalisme vs commerce ». Québec Pharmacie 1974 (décembre); 10-12, 17-20.

Bernatchez R. « Jean-Pierre Grégoire veut changer la perception que les Québécois ont de leurs pharmaciens. » La Presse, 23 janvier 1994, C4.

Collin J, Béliveau D. Histoire de la pharmacie au Québec. Montréal : Musée de la pharmacie du Québec, 1994, p. 304-8.

Lacoursière A. Manisfestation contre les projets de loi en santé. La Presse, 27 mars 2015. [en ligne] : http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201503/27/01-4856092-manifestation-contre-les-projets-de-loi-en-sante.php.

Légaré P. « Déroulement des événements qui ont amené la démonstration du siècle en pharmacie ». Québec Pharmacie 1974 (décembre); 7-9.

 Marando N. « Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP). » Site Histoire de la pharmacie au Québec [en ligne] : https://histoirepharmacie.wordpress.com/2015/03/.

Auteurs :
Alexandre Meunier-Sirois
Nancy Marando

Création : 16 février 2015
Mise à jour : 8 novembre 2016
Publication :  10 novembre 2016

Québec Pharmacie, octobre 1986 – La loi sur les brevets pharmaceutiques et l’opinion publique : une interaction possible, mais…

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Contexte
À la fin des années 60, suite à la publication de trois rapports fédéraux révélant que les prix des médicaments au Canada sont parmi les plus élevés au monde, le gouvernement Trudeau adopte le projet de loi C-102 pour amender la Loi sur les brevets. La période d’exclusivité de 17 ans accordée aux détenteurs de brevets est alors contournée par « l’émission d’une licence obligatoire permettant aux compagnies génériques de commercialiser des médicaments mis au point par des compagnies innovatrices en considération d’une redevance de 4% de leurs ventes.1 » Entre juin 1969 à mai 1983, 363 licences obligatoires sont délivrées à des entreprises génériques2. Toutefois, de mai 1983 à juin 1986, alors que le gouvernement rendait publique la possibilité d’amender la Loi sur les brevets en faveur d’une période d’exclusivité aux compagnies novatrices, 262 nouvelles licences obligatoires sont demandées2.

Au début des années 1980, les fabricants de médicaments novateurs, face à la concurrence des firmes de médicaments génériques, demandent des changements au système de licence obligatoire. Le président de l’Association canadienne de l’industrie du médicament, Guy Beauchemin, fait remarquer que même si la Loi sur les brevets avantage le consommateur et est bénéfique pour le système de santé, elle asphyxie l’industrie pharmaceutique innovatrice. À l’époque, de grandes compagnies pharmaceutiques canadiennes, la plupart situées au Québec, déménagent leurs opérations à l’extérieur du pays. Seulement en 1984, Ayerst et Hoffman-Laroche quittent Montréal, privant la métropole de 500 emplois, et Merck-Frosst renonce au projet d’agrandissement de son centre de production à Kirkland. Le vice-président de Merk-Frosst Canada, Hubert Martel, déclarait alors que « la loi sur les brevets était inique puisqu’elle pénalisait celui qui est le plus productif.1»

La Commission d’enquête sur l’industrie pharmaceutique (Commission Eastman) est donc mise sur pied en 1984 et elle conclut que les investissements et la recherche pharmaceutique stagnent au Canada. Durant la campagne électorale fédérale de 1984, le Parti progressiste conservateur, dirigé par Brian Mulroney, promet de revoir la loi sur les brevets de manière à « protéger la propriété intellectuelle et permettre aux sociétés innovatrices de profiter de leurs investissements dans la recherche et le développement, sans pour autant que le consommateur ait à souffrir d’une augmentation exagérée du prix des médicaments1. » Le projet de loi conçu par le gouvernement conservateur reçoit l’appui notamment du président de l’Ordre des pharmaciens de l’époque, M. Jean-Claude Marquis, qui estime qu’il est souhaitable « que les pharmaciens puissent proposer des médicaments équivalents à leurs clients, grâce aux compagnies génériques, mais que l’on devrait instaurer un délai de plusieurs années avant que l’industrie des génériques puisse fabriquer un produit équivalent1. »

Le projet de loi C-22, Loi modifiant la Loi sur les brevets, est adopté en 1986 et sanctionné à la fin de l’année 1987. Il garantit aux titulaires de brevets pharmaceutiques une période de protection contre les licences obligatoires qui varie de sept à dix ans. En contrepartie, les fabricants de médicaments novateurs s’engagent à investir plus d’un milliard de dollars en recherche et développement au Canada jusqu’en 1990, à créer plus de 2500 emplois spécialisés et à limiter la hausse du prix des médicaments au taux d’inflation2. Pour respecter ce dernier engagement et répondre aux opposants du projet de loi, qui craignaient une montée du prix des médicaments, le Conseil d’examen du prix des médicaments brevetés (CEPMB) est créé en décembre 1987 pour «s’assurer que les produits médicamenteux brevetés ne sont pas vendus à des prix excessifs3.» Même si les dépenses globales en médicaments sur ordonnance ont augmenté, la hausse du prix des médicaments brevetés est demeurée inférieure au taux d’inflation moyen depuis 19883.

Résumé de l’éditorial
Dans la foulée de l’amendement à la Loi sur les brevets, un sondage révèle que moins du tiers des répondants croient que les sociétés pharmaceutiques innovatrices devraient bénéficier d’une protection de leurs brevets et que plus de la moitié d’entre eux sont d’avis qu’une version générique doit être disponible dès la mise en marché d’un nouveau médicament.

La rédactrice en chef de Québec Pharmacie à l’époque, Lucie Thibault, déplore la volonté des consommateurs de ne chercher qu’à consommer des médicaments au plus bas prix sans égard à leur qualité. Elle rappelle que les dépenses associées à la recherche, au développement et à la commercialisation d’un nouveau médicament sont colossales. De plus, les sociétés pharmaceutiques, en plus de développer de nouveaux médicaments pour traiter différentes pathologies, s’assurent d’évaluer l’efficacité et l’innocuité d’un médicament, ce qui assure un produit de qualité. L’amendement à la Loi sur les brevets favorisera, selon elle, l’innovation dans les sociétés pharmaceutiques, tout en permettant la fabrication de médicaments génériques après la période de protection des brevets.

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Et aujourd’hui …
Encore aujourd’hui, le prix des médicaments est un sujet d’actualité au Québec dans un contexte où l’équilibre budgétaire est un objectif à atteindre pour tous les gouvernements en place, alors que les dépenses en santé connaissent une croissance constante qui n’est pas étrangère non plus à la hausse des dépenses en médicaments dans le réseau de la santé. Au fil des ans, diverses mesures ont été adoptées soit pour stimuler les investissements en recherche pharmaceutique ou pour contrôler les dépenses en médicaments et il est fascinant de constater que les arguments des protagonistes dans chaque camp sont grandement similaires à ceux invoqués dans les années 1980.

Par exemple, en 1994, le gouvernement du Québec adoptait la « règle de 15 ans » qui obligeait la Régie de l’assurance maladie à rembourser un médicament d’origine pendant 15 ans et ce, même si son brevet était échu ou qu’il existait un équivalent générique moins cher sur le marché. Le gouvernement voulait ainsi inciter les sociétés pharmaceutiques novatrices à s’établir dans la province et à hausser leurs investissements en recherche. Si, en 2005, « la mesure rapportait environ 37 millions à l’État québécois et lui en coûtait 25 millions, sont coût annuel serait passée à 193 millions en 20124. » La mesure est donc abolie en 2012 afin d’assainir les finances publiques et offrir des médicaments à moindre coût aux contribuables. Les entreprises de recherche pharmaceutique du Canada se disaient quant à elles «fortement préoccupées et déconcertées par la façon dont le gouvernement planifie mettre en œuvre les changements proposés, et les conséquences involontaires qui pourraient suivre sur l’investissement en recherche.5 »

Références:
1.Thibodeau C. « La loi sur les brevets pénalise les sociétés les plus productives ». La Presse, 13 janvier 1985.
2.« Une loi qui brime la recherche pharmaceutique ». La Presse, 26 avril 1986.
3.Lexchin J. Industrie pharmaceutique. L’Encyclopédie canadienne [en ligne]: http://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/pharmaceutical-industry/ (page consultée le 2 février 2016).
4.Lacoursière A. « Remboursement des médicaments : fini la «règle des 15 ans». La Presse, 18 janvier 2012.
Cameron D. « Règle des 15 ans : les pharmaceutiques préoccupées. » La Presse, 22 novembre 2012.

Auteur:
Alexandre Meunier-Sirois

Révision :
Nancy Marando

Création : 2 février 2016
Mise à jour : 31 octobre 2016
Publication : 1er novembre 2016